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29/05/2026

Wonder Valley ou le mirage toxique de l’IA dans le désert de l’Utah

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Au cœur du comté de Box Elder, dans le nord-ouest de l’Utah, un projet d’une démesure inédite menace de transformer un paysage désertique en une dystopie industrielle. Baptisé officiellement Stratos Project et présenté au public sous le nom de marque "Wonder Valley", ce complexe de données artificielles (data centers) est poussé par Kevin O’Leary, le célèbre investisseur milliardaire canadien de l’émission Shark Tank.

 

 

L’objectif officiel, martelé par ses promoteurs comme un impératif de sécurité nationale, est de construire le plus grand campus dédié à l’intelligence artificielle au monde. Sur une superficie de plus de 40 000 acres (plus de 160 km²) — soit deux fois la taille K.jpgde l’île de Manhattan — O’Leary promet de fournir une puissance de calcul phénoménale via une capacité électrique de 9 gigawatts (GW), soit plus du double de la consommation annuelle totale de l’État de l’Utah. Justifié par la course à la suprématie technologique face à la Chine, le projet est soutenu par l’État via la Military Installation Development Authority (MIDA), une entité spéciale capable d’outrepasser les régulations locales pour des raisons de défense.

Pourtant, derrière le vernis des promesses de milliers d’emplois et de leadership technologique se cache un monstre écologique, énergétique et civique. Dans un État déjà asphyxié par une sécheresse historique, où le Grand Lac Salé (Great Salt Lake) se meurt, le projet "Stratos" représente un non-sens absolu. Cet article se propose de détailler les menaces concrètes qu’il fait peser sur les ressources naturelles, le climat local et la santé des habitants, tout en évoquant l’hypothèse glaçante, soulevée par une population de plus en plus méfiante, d’un État surveillé via ce mastodonte numérique.


Les résidents du comté de Box Elder se sont réunis pour déposer deux référendums dans l'espoir de mettre fin au projet Stratos, un centre de données qui pourrait atteindre 44 000 acres de terrain dans le nord de l'Utah.

 

Un non-sens écologique dans un désert assoiffé

L’argument le plus irresponsable du projet "Stratos" réside dans sa gestion, ou plutôt sa prédation, de l’eau. L’Utah traverse l’une des crises hydriques les plus graves des États-Unis. Le Grand Lac Salé, joyau écologique de la région, a vu son niveau d’eau chuter de près de 7 mètres (22 pieds) depuis 1986, exposant son lit toxique aux vents violents. Dans ce contexte, construire une infrastructure qui engloutit des millions de litres d’eau relève soit de l’inconscience criminelle, soit d’un cynisme économique sans limite.

Pour faire face à la chaleur intense générée par des centaines de milliers de processeurs graphiques (GPU) nécessaires à l’IA, les data centers ont traditionnellement besoin de systèmes de refroidissement par évaporation très gourmands en eau. Selon une analyse de l’impact environnemental, le projet pourrait nécessiter l’équivalent de plus de 16,6 milliards de gallons d’eau par an (environ 62,8 milliards de litres). C’est un volume suffisant pour couvrir les besoins domestiques de plusieurs dizaines de milliers de familles.

Face à la levée de boucliers des habitants — près de 4 000 objections ont été déposées auprès de la division des droits d’eau de l’Utah — les promoteurs ont reculé stratégiquement. Ils ont retiré une première demande de détournement de 1 900 acre-pieds d’eau provenant de Salt Wells Spring, destinée à l’agriculture, pour la convertir à un usage industriel. Mais attention, il ne s’agit pas d’un abandon, bien au contraire. Comme le rapporte The Guardian, le ranch Bar H (propriétaire des terrains) a clairement indiqué qu’il "envisage pleinement d’aller de l’avant" avec une nouvelle demande. Cette manœuvre est odieuse : elle permet de contourner les milliers d’oppositions citoyennes en réinitialisant le processus administratif, forçant chaque opposant à repayer des frais de dossier pour se faire entendre .

maxresdefault (61).jpgLe directeur exécutif de l’Utah Rivers Council, Zachary Frankel, résume l’aberration : "Ce que nous avons fait en tant qu’État en adoptant le projet de loi HB60, c’est faire un pas de plus vers davantage de tempêtes de poussière en retirant un des outils réglementaires de notre boîte à outils pour garder l’eau dans le Grand Lac Salé." Cette nouvelle loi, votée à la hâte, réduit la capacité de l’ingénieur d’État à refuser un projet pour des raisons de "bien-être public", recentrant le débat uniquement sur la pollution ou la pénurie, et ignorant les impacts écologiques globaux.

Si l’eau est le premier scandale, la gestion de la chaleur est la seconde insulte faite à l’environnement. Les chercheurs de l’Université d’État de l’Utah sont formels : la charge thermique du projet "Stratos" est tout simplement extrême. Le physicien Rob Davies a réalisé des calculs saisissants. La consommation électrique de 9 GW ne sert pas à faire tourner des moteurs, elle finit presque intégralement en chaleur perdue.

Cette chaleur résiduelle est si monumentale qu’elle équivaudrait à l’explosion de 23 bombes atomiques par jour relâchées dans l’atmosphère locale. Les conséquences sur le microclimat de la vallée de Hansel sont terrifiantes : Davies prévoit que les températures diurnes pourraient grimper de 1,1°C à 2,7°C (2°F à 5°F), tandis que les températures nocturnes bondiraient de 4,4°C à 6,6°C (8°F à 12°F). Dans une région déjà désertique, ce réchauffement localisé accélérerait l’assèchement des sols, transformerait durablement l’écosystème et augmenterait la fréquence des vagues de chaleur pour les rares habitants et la faune locale.


 

Et que dire de la pollution atmosphérique ? Pour alimenter ce Léviathan, Kevin O’Leary prévoit de construire ses propres centrales électriques sur site, fonctionnant au gaz naturel. Il ose le qualifier de "propre". C’est une contre-vérité dangereuse. Brûler du gaz fossile pour alimenter l’IA augmenterait les émissions de gaz à effet de serre de l’État de l’Utah d’environ 50 %. Pendant que le monde scientifique hurle à la nécessité de réduire notre empreinte carbone, l’Utah s’apprête à devenir le haut lieu de la consommation énergétique la plus sale pour une technologie dont l’utilité sociale reste à prouver.

Un système de surveillance géant ? L’inquiétude légitime des citoyens

Au-delà des impacts environnementaux objectifs, une inquiétude plus sourde, plus politique, grandit parmi la population. Cette défiance s’enracine dans un terreau particulièrement fertile : celui de l’effondrement silencieux du modèle économique américain. Car pour comprendre la méfiance des habitants du comté de Box Elder à l'égard d'un milliardaire venu de l'extérieur promettre un paradis technologique, il faut d'abord mesurer l’ampleur du désastre économique dans lequel les États-Unis s’enfoncent. Le projet "Wonder Valley" ne naît pas dans un vide social : il émerge au cœur d’une Amérique rongée par la dette, étranglée par l’inflation, désindustrialisée et traversée par une crise de sens sans précédent.

Le premier symptôme de cet effondrement est la dette publique, qui a franchi un seuil historique. Au printemps 2026, le ratio dette/PIB des États-Unis a dépassé les 100 % pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale en temps de paix. Fin mars, la dette détenue par le public s'élevait à 31 270 milliards de dollars, dépassant le PIB nominal de 31 220 milliards . Mais le chiffre le plus vertigineux est ailleurs : la dette brute totale a franchi la barre des 39 000 milliards de dollars en mars 2026 .

Le rythme de cette accumulation est tout simplement inédit hors période de guerre ou de crise financière majeure. Il n’a fallu que cinq mois pour passer de 38 000 à 39 000 milliards de dollars . Selon la Peter G. Peterson Foundation, chaque Américain porte désormais sur ses épaules l’équivalent de 11,4 tonnes de dollars Maya-MacGuineas.jpgde dette publique . Le président du Committee for a Responsible Federal Budget (CRFB), Maya MacGuineas, résume l'absurdité de la situation en ces termes : « La dette nationale dépore désormais la taille de notre économie, soit environ le double de la moyenne historique » .

Cette explosion n'est pas un détail technocratique. Elle signifie concrètement que l'État fédéral consacre une part croissante de ses ressources à servir les intérêts de sa propre dette. En 2026, les seuls intérêts de la dette devraient dépasser les 1 000 milliards de dollars par an . C'est autant d'argent qui n'est plus investi dans les écoles, les hôpitaux, les infrastructures ou les filets sociaux. Pendant que les ménages voient leurs services publics s'éroder, des milliardaires comme Kevin O'Leary viennent réclamer des exemptions fiscales massives (80 % de réduction de taxe foncière, taxe sur l'énergie réduite de 6 % à 0,5 %) . L’indécence saute aux yeux.

Le deuxième front de cette crise est celui de la valeur de la monnaie. Depuis le début de l'année 2025, le dollar américain a perdu environ 10 % de sa valeur sur l'indice des changes, marquant sa plus forte baisse sur six mois depuis un demi-siècle . Ce déclin, qualifié de « déclin silencieux » par les économistes, agit comme une taxe cachée sur le pouvoir d'achat des ménages.

kenneth-rogoff.jpgKenneth Rogoff, économiste à Harvard et ancien chef économiste du FMI, est sans équivoque : « Le dollar était dans un marché haussier depuis quinze ans. Il est encore largement surévalué, et je pense qu'il pourrait perdre encore 15 % supplémentaires dans les cinq à six ans à venir » . Morgan Stanley abonde dans ce sens, prévoyant une chute de 10 % supplémentaires d'ici la fin de l'année 2026 .

Les conséquences sont déjà tangibles dans la vie quotidienne. Le prix du café moulu a bondi à 9,61 dollars la livre en mars 2026, soit une hausse de près de 19 % en un an, sous l'effet conjugué de la chute du dollar face au réal brésilien et des perturbations des chaînes d'approvisionnement . Les prix des produits importés ont augmenté de 2,1 % sur les douze mois se terminant en mars 2026, leur plus forte hausse depuis décembre 2024 . Partir en vacances au Mexique, première destination des Américains, coûte désormais 16 % plus cher qu'au début de l'année 2025 .

Cette dépréciation monétaire n'est pas un accident de parcours. Elle reflète une perte de confiance structurelle dans la gestion américaine, exacerbée par des guerres commerciales et une planche à billets toujours plus active. Pendant que la valeur de leur épargne et de leur travail s'érode, les résidents de l'Utah voient arriver un projet qui engloutira l'équivalent de 23 bombes atomiques en chaleur perdue par jour . Le contraste est saisissant : l'argent se dévalue, mais les milliardaires trouvent toujours des fonds pour bâtir des cathédrales technologiques dont la nécessité sociale n’est pas démontrée.

Le troisième cercle de l'enfer économique américain, celui qui touche le plus durement les classes populaires et moyennes, est la destruction massive d'emplois industriels. Là encore, les chiffres donnent le vertige.

Entre avril 2025 et février 2026, plus de 89 000 emplois manufacturiers ont été supprimés aux États-Unis, soit une moyenne de 9 000 pertes par mois . Les secteurs les plus durement touchés sont la métallurgie primaire (hausse de 17,4 % du prix des intrants importés), la fabrication de matériel électrique et l'habillement . Les conséquences humaines sont brutales. Chez John Deere, 238 travailleurs ont été licenciés dans trois usines en août 2025, la direction invoquant explicitement la hausse des droits de douane .

Au total, sur l'ensemble des secteurs « cols bleus » (manufacture, construction, transport, services publics, etc.), ce sont près de 190 000 emplois qui ont disparu depuis l'annonce des droits de douane réciproques en avril 2025 . Et les perspectives ne sont guère meilleures. Le Bureau of Labor Statistics a révisé à la baisse les chiffres de l'emploi pour 2025 : sur l'ensemble de l'année, seulement 181 000 emplois ont été créés, soit une moyenne mensuelle de 15 000 emplois, un niveau habituellement réservé aux périodes de récession .

Pour les habitants du comté de Box Elder, ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des voisins, des membres de la famille, qui ont perdu leur emploi dans les usines de l'Utah, dans les mines, dans les ateliers de fabrication. Et c'est dans ce contexte de détresse économique que débarque Kevin O'Leary avec son projet « Wonder Valley ». Les promoteurs promettent des milliers d'emplois - un chiffre très vague, évalué à environ 2 000 emplois permanents pour un investissement de 100 milliards de dollars, soit un coût par emploi astronomique. Mais les habitants savent, par expérience, que ces promesses d'emplois technologiques sont souvent décevantes : les data centers automatisés créent peu de postes par rapport à leur taille, et les compétences requises ne correspondent pas à celles d'un ancien ouvrier sidérurgiste.

L'équation économique américaine est d'autant plus inquiétante qu'elle cumule les maux. On ne parle pas seulement de récession, mais de stagflation : une croissance anémique couplée à une inflation persistante. Les chiffres sont implacables. La croissance du PIB au quatrième trimestre 2025 a été révisée à la baisse pour n'atteurer que 0,5 %, une performance très en deçà des attentes .

Dans le même temps, l'inflation repart à la hausse. L'indice des prix à la consommation (CPI) a bondi à 3,3 % en mars 2026 sur un an, dopé par une flambée des prix de l'énergie de 10,9 % sur un seul mois . Cette poussée est en grande partie liée au conflit iranien qui a fait grimper les prix du pétrole au-dessus de 110 dollars le baril .

La Réserve fédérale est prise dans une paralysie stratégique sans précédent . Si elle baisse ses taux pour relancer la croissance, elle risque d'alimenter encore davantage l'inflation. Si elle maintient des taux élevés, elle asphyxie définitivement les secteurs du logement et de la manufacture. Résultat : les banques centrales sont impuissantes, les ménages subissent de plein fouet la hausse du coût de la vie, et la confiance dans les institutions s'effondre.

Le coût humain : suicides, désespoir et défiance

Les conséquences de cette crise économique multidimensionnelle ne se mesurent pas seulement en chiffres. Elles se mesurent en vies humaines brisées. Aux États-Unis, le taux de suicide a augmenté de façon constante depuis les années 2000, avec une accélération dans les zones rurales et désindustrialisées. Les « morts de désespoir » (suicides, overdoses, maladies liées à l'alcool) sont devenues un marqueur tragique de l'effondrement du rêve américain.

Face à cette détresse, l'arrivée d'un projet comme « Wonder Valley » suscite une défiance compréhensible. Ce n'est pas un hasard si les habitants ont crié « Honte ! Honte ! » et « Les gens avant les profits » lors du vote des commissaires le 4 mai. Ce n'est pas un hasard si l'activiste Natalie Clark a déclaré que les résidents refusent de « subventionner leur propre mort ». Cette colère est le reflet d'une Amérique abandonnée par ses élites, livrée aux appétits des milliardaires de la tech pendant que ses ressources s'épuisent, que son pouvoir d'achat s'effondre et que ses emplois disparaissent.

Dans ce contexte, l'hypothèse d'un système de surveillance géant n'a plus rien d'une paranoïa. Elle devient, pour une population qui a tout perdu, la dernière étape logique d'une prédation : après avoir pris l'eau, pris l'air, pris l'argent, l'État technocratique et ses alliés milliardaires voudraient-ils aussi prendre la liberté, la pensée, l'identité ? C'est cette angoisse existentielle qui rend la bataille contre « Wonder Valley » bien plus qu'une simple lutte environnementale. C'est une lutte pour l'âme même de l'Amérique, d’une Amérique rongée par la dette, étranglée par l’inflation, désindustrialisée et traversée par une crise de sens sans précédent.

 

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22/05/2026

RTX 5060 la carte graphique 2026

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Quand on construit ou améliore son PC, le choix de la carte graphique reste la décision la plus stratégique. Celle qui déterminera si l'on pourra lancer les jeux du moment en 2026, si l'on devra baisser les détails dans un an, et surtout, si l'on fait un achat avisé ou un placement discutable. Dans cette quête, deux modèles reviennent souvent dans les discussions : la RTX 5060 et la RX 6750 XT, autrefois rivales sur le papier. Mais les prix de 2026 ont tout changé. Et si la RTX 5060 s'imposait comme le choix évident du joueur malin ?

 

 

 

 

asus-geforce-rtx-5060-prime-oc (1).jpgSous son capot, la GeForce RTX 5060 embarque la nouvelle architecture Blackwell de NVIDIA, gravée en 5 nm — un progrès technique qui se traduit directement par une efficacité énergétique remarquable. Le GPU GB206 intègre 3840 cœurs CUDA, 30 cœurs RT dédiés au ray tracing et 120 cœurs Tensor pour l'IA, avec un cache L2 de 32 Mo. Ces chiffres pourraient sembler abstraits sans mise en perspective. Sachez qu'en 1080p ultra, la carte dépasse la RTX 4070 dans la majorité des jeux. Une prouesse qui en dit long sur l'efficacité de l'architecture Blackwell face à l'ancienne génération.

La mémoire mérite une attention particulière. NVIDIA a choisi 8 Go de GDDR7, la toute nouvelle génération de VRAM, cadencée à 28 Gbps sur un bus 128 bits. Sa bande passante atteint 448 Go/s, soit plus que celle de la RX 6750 XT et ses 432 Go/s, malgré un bus plus étroit. En clair, les 8 Go de GDDR7 sont plus rapides que les 12 Go de GDDR6 de sa concurrente. Cela ne compense pas totalement la différence de capacité, mais cela permet à la RTX 5060 d'exploiter ses 8 Go avec une efficacité maximale.

Un appétit mesuré : 145 W seulement

L'un des atouts majeurs de la RTX 5060 réside dans sa sobriété énergétique. Avec un TDP de seulement 145 W, elle consomme bien moins que les 250 W de la RX 6750 XT. Cela se traduit par une chaleur dégagée réduite — en jeu, les températures plafonnent autour de 61 °C sur les modèles bien conçus — et une facture électrique plus légère à l'usage. Pour les joueurs qui laissent tourner leur machine plusieurs heures par jour, l'écart devient significatif sur une année.

asus-geforce-rtx-5060-prime-oc (2).jpgAutre conséquence directe : l'alimentation requise n'est que de 550 W, une recommandation très accessible. La RTX 5060 se glisse donc sans difficulté dans la plupart des configurations existantes, sans avoir à changer l'alimentation, à condition de disposer d'une connectique 8 broches standard. C'est un confort non négligeable, surtout pour ceux qui réalisent une mise à niveau progressive.

Passons maintenant à l'essentiel : combien de FPS la RTX 5060 délivre-t-elle vraiment ? Les benchmarks confirment des performances très solides pour sa catégorie.

En 1080p, son terrain de jeu naturel, la carte atteint sans peine 144 FPS+ dans les AAA récents, et dépasse les 240 FPS dans les jeux compétitifs. C'est précisément ce qu'il faut pour exploiter pleinement un écran 1080p à 144 Hz ou 240 Hz, sans aucun compromis sur les réglages. Dans Forza Horizon 5 en Ultra, les résultats parlent d'eux-mêmes avec 129 FPS. Les jeux exigeants comme Cyberpunk 2077 tournent autour de 83 FPS en natif, avec des réglages élevés, tandis que God of War Ragnarök atteint 112 FPS.

En 1440p, la carte montre encore de belles dispositions, surtout lorsque l'on active le DLSS. Dans ARC Raiders avec DLSS en mode performance, la RTX 5060 délivre 120 FPS. Counter-Strike 2 et Alan Wake 2 restent parfaitement jouables. On observe quelques FPS supplémentaires par rapport à la génération précédente : la RTX 5060 surpasse la RTX 4060 de 40 % environ, et talonne la RTX 4070 sur de nombreux titres.

 

Tableau des performances moyennes en 1080p Ultra
Jeu RTX 5060 (FPS) RX 6750 XT (FPS)
God of War Ragnarök 112 100
Forza Horizon 5 125 119
The Last of Us Part II 95 84
S.T.A.L.K.E.R. 2 61 54
Kingdom Come Deliverance 2 59 49
Cyberpunk 2077 83 82

Données issues des tests comparatifs menés avec un Ryzen 7 9800X3D

 

La véritable arme secrète de la RTX 5060 réside dans DLSS 4 et sa Multi Frame Generation (MFG) qui permet de multiplier les images affichées par 4. C'est un bond technologique considérable par rapport à la génération précédente. Le principe est simple : plutôt que de calculer chaque image à la puissance brute, l'IA génère des images intermédiaires, libérant ainsi la carte pour d'autres calculs.

Les résultats sont saisissants. Dans Star Wars Outlaws en 1440p avec path tracing activé, le rendu natif donne 90 FPS — déjà très honorable. Avec DLSS 4 et MFG x4, on atteint 194 FPS, sans artefacts visibles. Dans Hogwarts Legacy, toujours en 1440p avec ray tracing poussé au maximum, la carte passe de 62 FPS en natif à 161 FPS avec DLSS 4. Alan Wake 2 bénéficie d'une transformation encore plus spectaculaire : de 19 FPS à 102 FPS, de quoi rendre le path tracing enfin jouable sur une carte milieu de gamme.

Attention tout de même, la MFG a ses limites. Pour un ressenti optimal, il est recommandé d'avoir une base d'au moins 50 à 70 FPS en rendu natif, sans quoi l'expérience peut devenir moins agréable en raison des latences. Mais sur la RTX 5060, ce cas de figure reste rare lorsqu'on utilise les réglages adaptés — typiquement en 1080p, où la carte excelle de toute façon.

Le ray tracing enfin accessible

Autre domaine où la RTX 5060 brille : le ray tracing. Avec ses 30 cœurs RT de quatrième génération et une puissance de calcul dédiée de 58 TFLOPS, la carte ouvre les portes d'un éclairage réaliste sans faire fondre les performances. Associé au DLSS 4, le ray tracing devient confortable, même en 1440p. Des jeux comme Doom: The Dark Ages tirent pleinement parti de cette synergie, avec un rendu fluide et des effets lumineux d'une qualité inédite pour une carte de cette gamme.

Bien sûr, il ne faut pas s'attendre à une expérience de path tracing intégral en 1440p — c'est le domaine des cartes bien plus chères. Mais pour du ray tracing classique, la RTX 5060 fait largement le travail, là où la RX 6750 XT, avec ses cœurs RT de première génération, peine souvent à suivre. AMD a beaucoup progressé sur ce terrain depuis, mais la génération RDNA 2 commence à montrer ses limites.

Les revendeurs partenaires peuvent également proposer des offres, et ASUS inclut généralement sa suite logicielle GPU Tweak III, permettant d'overclocker, de surveiller les températures et de personnaliser le ventilateur. Un petit plus qui apporte une réelle valeur ajoutée pour les utilisateurs souhaitant tirer le meilleur de leur matériel.

Pilotes NVIDIA : le suivi professionnel

asus-geforce-rtx-5060-prime-oc (3).jpgAu-delà des performances brutes, NVIDIA bénéficie d'un des meilleurs soutiens logiciels du marché. Les GeForce Game Ready Drivers sont mis à jour régulièrement, avec des optimisations spécifiques pour les nouvelles sorties. C'est un luxe parfois sous-estimé, mais crucial pour ceux qui jouent aux titres dès leur lancement. Pour les créateurs de contenu, les Studio Drivers offrent une stabilité renforcée sur les logiciels de montage vidéo, de modélisation 3D ou de streaming.

En 2026, ce support s'avère plus important que jamais. AMD n'est pas en reste, mais la réactivité et la couverture des pilotes NVIDIA restent une référence dans l'industrie.

Revenons sur ce qui était autrefois un dilemme cornélien. La RX 6750 XT, malgré son âge (architecture RDNA 2 de 2021), conserve des qualités indéniables. Ses 12 Go de VRAM offrent une marge appréciable pour le 1440p, et ses performances brutes restent honorables. Mais en 2026, la donne a radicalement changé. Le modèle XFX Speedster MERC319, recommandé par de nombreux guides jusqu'à récemment, s'affiche désormais à des prix dépassant les 580 € sur les places de marché. Sur Amazon France, on le trouve parfois à plus de 640 €.

Pendant ce temps, la RTX 5060 ASUS Prime OC est disponible à 330 € sur Amazon France. L'écart atteint presque 250 €. C'est une somme qui change tout : pour le prix d'une seule RX 6750 XT, on pourrait presque s'offrir deux RTX 5060 — ou une RTX 5060 et un excellent écran. À performances équivalentes, la RTX 5060 est tout simplement moins chère, plus récente, plus sobre et mieux soutenue. Un choix devenu évident.

Les performances en 1080p sont quasi identiques

Il faut le dire clairement : en 1080p, les deux cartes se valent. Sur les dix jeux testés, la RTX 5060 l'emporte dans six titres, la RX 6750 XT dans quatre. La marge est inférieure à 10 % dans presque tous les cas. Mais quand la RTX 5060 coûte près de 250 € de moins, cette quasi-égalité devient une victoire écrasante pour la carte de NVIDIA. Les tests synthétiques confirment : la RTX 5060 est 0,3 % plus rapide que la RX 6750 XT, soit une différence parfaitement indétectable en jeu, mais à un prix de vente inférieur de près de 9 % en moyenne. Sur Amazon, l'avantage prix de la RTX 5060 est bien plus marqué encore.

Il serait malhonnête d'éluder la question de la VRAM. 8 Go, c'est le strict minimum en 2026. Certains jeux très exigeants en 1440p commencent à saturer cette capacité, comme le montrent les tests de Doom: The Dark Ages en WQHD, où la RTX 5060 voit ses performances limitées par le manque de mémoire vive. C'est un constat partagé par de nombreux testeurs : "8 Go de VRAM sont trop justes pour le 1440p".

Pourtant, cette limitation a une explication claire : le prix de la mémoire GDDR7 explose. Pour maintenir un tarif accessible à 330 €, NVIDIA a dû faire un choix assumé. Mettre 12 ou 16 Go de GDDR7 aurait fait grimper le prix de 100 à 150 € supplémentaires, plaçant la carte dans une gamme de prix bien différente, où elle aurait dû affronter des concurrentes autrement plus puissantes. Dans une période marquée par une pénurie mondiale de mémoire et une flambée des coûts, NVIDIA a fait le choix de privilégier l'accessibilité plutôt que la surabondance. C'est un pari compréhensible, surtout pour une carte destinée au 1080p, où 8 Go restent amplement suffisants pour l'immense majorité des titres.

Pour ceux qui jouent exclusivement en 1080p, le problème ne se pose quasiment jamais. Et pour ceux qui souhaitent s'aventurer en 1440p de manière occasionnelle, le DLSS 4 compense une partie du déficit de VRAM en allégeant la charge mémoire. La RTX 5060 n'est pas une carte pour le 1440p hardcore — ce n'est pas son positionnement. C'est une carte 1080p haut de gamme, et à ce jeu-là, elle excelle.

La RTX 5060 ASUS Prime OC : le modèle recommandé

Notre modèle de prédilection, la ASUS GeForce RTX 5060 Prime OC, se distingue par plusieurs atouts. Son système de refroidissement triple ventilateur Axial-tech et son format 2,5 slots assurent un refroidissement efficace tout en restant compatible avec les boîtiers compacts (certification SFF-Ready Enthusiast). La carte mesure 268,3 mm de long, ce qui lui permet de s'adapter à la plupart des boîtiers du marché, même les plus compacts.

Les fréquences sont généreuses : le mode OC pousse le boost jusqu'à 2.595 MHz (contre 2.565 MHz en mode par défaut). Trois DisplayPort 2.1b et un HDMI 2.1b offrent une connectivité complète, avec prise en charge du 8K à 60 Hz. À 330 € sur Amazon France, elle représente le meilleur rapport qualité-prix de sa catégorie.

La RTX 5060 est taillée pour plusieurs profils de joueurs. D'abord, ceux qui jouent en 1080p — la très grande majorité des joueurs sur PC — et qui souhaitent un débit d'images maximal dans tous les jeux, y compris les plus gourmands. Ensuite, les joueurs sensibles à la consommation et à la chaleur, qui veulent une configuration silencieuse et économe. Également, ceux qui privilégient les technologies : le DLSS 4, le ray tracing, le streaming avec l'encodeur AV1, et la suite logicielle NVIDIA.

Enfin, et surtout, la RTX 5060 s'adresse aux acheteurs avisés qui regardent le rapport qualité-prix plutôt que les fiches techniques absolues. À 330 €, elle surclasse sa concurrente AMD qui, à près de 250 € de plus, n'offre qu'un avantage marginal en VRAM. Un choix économique plus que justifié, surtout quand on sait que cette différence de prix permet d'investir dans un meilleur processeur, plus de RAM ou un écran plus performant.

Au terme de cette analyse, la RTX 5060 s'impose comme la carte graphique la plus intelligente à acheter en 2026. Non pas parce qu'elle est parfaite — les 8 Go de VRAM sont un regret compréhensible — mais parce qu'à 330 €, elle offre le meilleur compromis du marché. Performante, sobre, technologiquement avancée, et surtout, disponible à un prix qui rend caduque toute concurrence.

La RX 6750 XT a été une excellente carte en son temps. Mais en 2026, à près de 580 €, elle ne peut plus rivaliser. La RTX 5060 incarne la nouvelle donne : une carte qui mise sur l'efficacité et les technologies logicielles plutôt que sur la surenchère matérielle. Et c'est exactement ce qu'attendent la plupart des joueurs : une expérience fluide, belle et durable, sans exploser leur budget.

ASUS GeForce RTX 5060 Prime OC — 330 € sur Amazon France — la carte qu'il vous faut pour 2026.

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15/05/2026

L'agir communicationnel de Habermas est-il possible sur les plateformes numériques ?

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Les réseaux sociaux devaient tenir une promesse : celle d'une parole enfin libérée, d'un débat ouvert à tous, d'une démocratie rendue à elle-même par la technique. Cette promesse avait quelque chose de philosophiquement séduisant — elle semblait prolonger, dans l'espace numérique, le vieux rêve d'une délibération rationnelle entre citoyens égaux. Pourtant, à mesure que les plateformes se sont imposées comme les infrastructures dominantes de notre vie publique, quelque chose s'est dérobé. Ce n'est pas que le débat ait disparu : il est partout, incessant, tonitruant. Mais peut-on encore appeler débat ce flux d'indignations concurrentes, de performances identitaires et de vérités tribales ? C'est à cette tension — entre la promesse d'un espace de raison partagée et la réalité d'un marché de l'attention — que l'œuvre de Jürgen Habermas nous invite à réfléchir. Non pour en déplorer nostalgiquement l'échec, mais pour en comprendre les mécanismes et, peut-être, en rouvrir les possibles.

 

 



À leur naissance, les réseaux sociaux ont été portés par une promesse démocratique séduisante. Twitter, Facebook, puis leurs successeurs se présentaient comme des espaces horizontaux où chaque voix, indépendamment de son origine sociale ou institutionnelle, pourrait prendre part à un débat public resize.jpgouvert. L'imaginaire qui les sous-tendait était celui d'une agora planétaire, d'une sphère publique reconstituée à l'ère numérique. Cette promesse résonnait, parfois explicitement, avec les intuitions de Jürgen Habermas, dont les premiers travaux avaient justement retracé l'émergence et la transformation de cet espace public (L'Espace public, 1962, rééd.). Dans cet ouvrage fondateur, Habermas décrivait comment, au XVIIIe siècle, des salons, des cafés et des sociétés de lecture avaient permis l'émergence d'un espace intermédiaire entre l'État et la société civile, où des citoyens privés formaient une opinion publique par la discussion critique. La promesse des plateformes numériques semblait prolonger cette histoire : après la sphère publique bourgeoise, après la sphère publique de masse des médias audiovisuels, l’internet ouvrait l’ère d’une sphère publique décentralisée, globale et interactive.

Pour le philosophe de Francfort, une société émancipée ne peut se construire que sur la base d'un dialogue orienté vers la compréhension mutuelle — un dialogue où les participants acceptent de soumettre leurs prétentions à la validité à l'épreuve des raisons. Sa Théorie de l'agir communicationnel (1981) constitue l'un des édifices philosophiques les plus ambitieux de la seconde moitié du XXe siècle. Mais ce rêve a rapidement rencontré la réalité des architectures algorithmiques, des logiques économiques de l'attention et des dynamiques psychologiques de la polarisation. La question que nous allons examiner ici est donc celle-ci : les plateformes numériques permettent-elles un agir communicationnel authentique, ou constituent-elles au contraire le terrain d'élection d'un agir instrumental que Habermas lui-même avait identifié comme la pathologie centrale de la modernité ? Autrement dit, l’espace public numérique est-il un lieu de formation rationnelle de l’opinion ou un marché de l’attention où triomphe la stratégie ?

Rappel d'une théorie exigeante

Pour saisir l'enjeu du problème, il convient de rappeler avec précision ce qu'entend Habermas par « agir communicationnel ». Dans sa Théorie de l'agir communicationnel, il distingue fondamentalement deux types d'action sociale.

L'agir instrumental — ou stratégique — est celui par lequel un acteur traite autrui comme un moyen en vue de ses propres fins. Il relève d'une rationalité de type téléologique : ce qui compte, c'est l'efficacité, le résultat, la maximisation d'un avantage. Le paradigme de cet agir est la négociation marchande ou la manipulation politique : l'autre y est un obstacle à contourner ou un levier à actionner. Dans la sphère publique, l’agir stratégique se manifeste par la publicité (au sens de public relations), la propagande ou toute forme de communication qui cherche à produire des effets sans se soumettre au débat argumentatif.

L'agir communicationnel, en revanche, est orienté vers l'Einverständnis — l'entente. Il mobilise une rationalité d'un type radicalement différent, que Habermas appelle « rationalité communicationnelle ». Dans ce mode d'action, les participants s'engagent à soumettre leurs affirmations à trois types de prétentions à la validité : la vérité (ce que je dis est exact), la rectitude normative (ce que je fais est légitime) et la sincérité (ce que j'exprime correspond à ce que je pense réellement). Un dialogue authentiquement communicationnel implique que chacun accepte d'être convaincu par la « force non coercitive du meilleur argument ». Cette expression célèbre désigne un processus où la persuasion ne repose ni sur la force, ni sur l’argent, ni sur l’autorité, mais uniquement sur la qualité rationnelle des arguments échangés.

Ce modèle est exigeant. Il suppose une situation idéale de parole — concept régulateur et non description empirique — dans laquelle aucun participant ne serait a priori exclu, aucune contrainte extérieure ne biaiserait la discussion, et la seule force admise serait celle de la raison elle-même. Habermas est le premier à reconnaître que cette situation n'existe pas à l'état pur : elle est un horizon normatif, une idée régulatrice au sens kantien du terme. La question est donc de savoir si les plateformes numériques s'approchent ou s'éloignent de cet horizon.

Ce que les plateformes font au langage

Pour répondre à cette question, il faut analyser ce que les plateformes font concrètement au langage et à la communication. Et le constat, à cet égard, est troublant.

La grammaire de l'attention contre la grammaire du dialogue
Les plateformes sont des industries de l'attention. Leur modèle économique repose sur la maximisation du temps passé par l'utilisateur — ce que les ingénieurs de la Silicon Valley appelaient, avec une franchise désinvolte, l'engagement. Or, ce tim-wu_crop.jpgqui capte l'attention n'est pas ce qui est vrai, ni ce qui est normatif, ni ce qui est sincère : c'est ce qui est saillant, clivant, émotionnellement chargé. Le théoricien des médias Tim Wu a montré dans The Attention Merchants (2016) comment cette logique de capture de l’attention, née dans la presse populaire du XIXe siècle, a trouvé son apogée avec les plateformes numériques.

Les recherches en sciences cognitives et en psychologie sociale ont abondamment documenté ce phénomène. Les contenus qui génèrent de l'indignation, de la peur ou du dégoût se propagent plus rapidement que ceux qui suscitent de la réflexion ou de la nuance. Comme l'ont montré Sinan Aral et ses collègues du MIT, les fausses informations circulent sur Twitter jusqu'à six fois plus vite que les vraies, précisément parce qu'elles exploitent ces biais émotionnels (The spread of true and false news online, Science, 2018). Cela signifie que l'architecture même des plateformes pénalise ce qu'Habermas appelle les « actes de langage » orientés vers la compréhension, et qu'elle récompense les actes de langage stratégiques — ceux qui visent à impressionner, à mobiliser, à polariser plutôt qu'à convaincre. L’économiste de l’attention, on le voit, n’est pas l’allié du débat rationnel.

La temporalité contre la délibération
L'agir communicationnel suppose du temps. La délibération raisonnée requiert la possibilité de formuler des arguments complexes, de les étayer, de les soumettre à l'objection, d'intégrer la réponse de l'interlocuteur. Elle est structurellement 4141099295_30bc9e13f1_k.jpgincompatible avec la temporalité des réseaux sociaux : le flux ininterrompu, la réaction immédiate, la compression du langage en 280 caractères ou en formats éphémères. Cette temporalité produit ce que le philosophe Bernard Stiegler appelait une « prolétarisation de la pensée » (La Société automatique, 2015) : non pas l'appauvrissement des individus, mais celui des processus cognitifs collectifs eux-mêmes, réduits à des réflexes pavloviens plutôt qu’à des délibérations. Le tweet n'est pas seulement court — il est structurellement conçu pour court-circuiter la réflexion. Le format « story », qui disparaît au bout de vingt-quatre heures, accentue encore cette éphémérité qui contredit l’exigence de mémoire et de reprise propre à la formation rationnelle de l’opinion.

L'identité performative contre la sincérité
La troisième prétention à la validité de l'agir communicationnel est la sincérité. Or les réseaux sociaux sont des scènes de construction identitaire permanente. Chaque publication est une mise en scène du soi, calculée pour maximiser l'approbation sociale (les « likes »), pour consolider une réputation, pour affirmer une appartenance tribale. Erving Goffman avait décrit ce phénomène dans la vie sociale ordinaire, mais les plateformes l'intensifient jusqu'à la caricature. On ne dialogue pas sur les réseaux sociaux : on performe. Et cette performance est, au sens strict habermasien, une forme d'agir stratégique — même lorsqu'elle prend l'apparence d'un argument. Le sociologue Pierre Bourdieu aurait sans doute parlé de « capital symbolique » numérique, une forme de pouvoir qui s’accumule par la visibilité et l’audience, rendant la recherche de la sincérité subordonnée à la maximisation de l’influence.

La quantification et le ranking comme méta-contrainte
Un aspect supplémentaire, souvent sous-estimé, est la quantification permanente à laquelle sont soumis les échanges : compteurs de likes, de retweets, de partages, classements, algorithmes de recommandation. Cette métrique omniprésente transforme tout acte de parole en un signal destiné à être évalué par un système. Dès lors, même un message sincère est contraint de s’ajuster à ce qu’il anticipe comme « performant » auprès de l’algorithme. Comme le souligne l’anthropologue Nick Seaver, les algorithmes de recommandation ne se contentent pas de filtrer l’information : ils orientent la production même de la parole. Nous sommes ainsi confrontés à une forme inédite de « contrainte systémique », bien plus diffuse et internalisée que les classiques asymétries d’information analysées par Habermas.

La colonisation du monde vécu par la logique des systèmes

La théorie d'Habermas offre un autre concept particulièrement pertinent pour analyser ce phénomène : celui de « colonisation du monde vécu » (Lebenswelt). Dans sa théorie sociale, Habermas distingue le monde vécu — l'ensemble des pratiques, des normes et des formes de vie partagées qui constituent le fond de l'existence sociale — des systèmes que sont l'économie marchande et l'appareil d'État. Ces systèmes fonctionnent selon leurs propres logiques (l'argent, le pouvoir), et tendent à envahir des domaines de la vie sociale qui devraient relever de la coordination communicationnelle.

Cette colonisation est précisément ce qui se produit avec les plateformes numériques. Les réseaux sociaux ont introduit la logique du marché — maximisation de l'engagement, production de valeur actionnariale — dans ce qui aurait pu être un espace de délibération publique. L'espace public numérique n'est pas un forum : c'est un marché de l'attention dont les règles sont fixées par des entreprises privées, dont les algorithmes sont opaques et dont les intérêts économiques sont structurellement antagonistes avec ceux d'un dialogue rationnel. Habermas lui-même, dans ses écrits plus récents, a analysé cette transformation avec une inquiétude croissante. Dans Un nouvel obscurantisme ? La crise de la démocratie à l'ère numérique (2022), il exprime une inquiétude profonde devant ce qu'il perçoit comme une fragmentation de l'espace public en bulles hermétiques, incapables de produire l'opinion publique rationnellement formée qu'exige une démocratie délibérative. Il y voit un phénomène de « reféodalisation » de la sphère publique : au lieu de l’échange argumenté entre citoyens, on retrouve une structure de publicité contrôlée par des acteurs puissants, comparable aux cours princières qu’il avait décrites dans L’Espace public.

La critique de la colonisation par la philosophie sociale contemporaine
Cette analyse a été reprise et approfondie par Axel Honneth, disciple d’Habermas, show-photo.jpgqui insiste sur les pathologies sociales liées à la marchandisation des sphères de reconnaissance. Dans Le Droit de la liberté (2011), Honneth montre comment les médiations systémiques (argent, pouvoir, et aujourd’hui données) déforment les relations intersubjectives. Les plateformes, en privatisant l’expression publique et en réduisant les échanges à des transactions de données, réalisent une forme extrême de cette colonisation. Le « capitalisme de surveillance » décrit par Shoshana Zuboff (The Age of Surveillance Capitalism, 2019) en est l’expression la plus aboutie : l’expérience humaine, et notamment la communication, y est transformée en matière première pour des prédictions comportementales, court-circuitant ainsi toute possibilité d’autonomie communicationnelle.

La polarisation comme pathologie communicationnelle

La polarisation politique observée dans la plupart des démocraties depuis la montée en puissance des réseaux sociaux peut être lue, à travers la grille habermasienne, comme une pathologie communicationnelle de première grandeur.

La polarisation ne signifie pas simplement que les gens sont en désaccord — le désaccord est la condition normale et saine du débat démocratique. Elle signifie que les conditions mêmes du désaccord raisonné sont détruites : les interlocuteurs ne partagent plus de prémisses communes, ne s'accordent plus sur les mêmes faits, et ne reconnaissent plus à l'adversaire la bonne foi minimale qui rend le dialogue possible. Les bulles de filtre (filter bubbles) décrites par Eli Pariser (The Filter Bubble, 2011) constituent, en ce sens, une destruction des conditions préalables de l'agir communicationnel. Lorsque chaque groupe social vit dans un écosystème informationnel distinct, hermétique aux réfutations, la situation idéale de parole devient non seulement irréalisable, mais littéralement impensable. Le désaccord ne porte plus sur des prétentions à la validité soumises à l'examen critique : il porte sur des visions du monde incompatibles et non communicantes.


Les plateformes ne se contentent pas de créer des bulles : elles favorisent activement ce que le chercheur en psychologie sociale Jonathan Haidt appelle la « headshot_264349.jpgdégradation de la conversation civique ». Les algorithmes, en optimisant l’engagement, promeuvent les contenus les plus clivants, ceux qui activent des émotions morales comme l’indignation ou le mépris. Or, comme le rappelle la philosophe Martha Nussbaum, l’indignation morale peut certes être un moteur de justice, mais elle est aussi, sur les réseaux, un puissant vecteur de déshumanisation de l’adversaire. La rationalité communicationnelle suppose la reconnaissance réciproque des participants comme des sujets capables de prendre position ; la logique algorithmique, en amplifiant le mépris, tend à transformer l’autre en un pur objet de dénonciation.


Crispin Sartwell a parlé à cet égard d'une « épistémologie tribale » : non plus la recherche collective de la vérité, mais la consolidation identitaire de récits qui ne prétendent même plus à l'universalité. C'est l'exact opposé de ce qu'Habermas entend par rationalité communicationnelle. Le phénomène de la post-vérité, qui a fait l’objet de nombreux travaux (Lee McIntyre, Post-Truth, 2018), illustre ce point : lorsque les faits deviennent interchangeables selon l’identité de groupe, la prétention à la vérité perd sa fonction critique. Or, rappelons-le, la prétention à la vérité est l’une des trois dimensions de la validité dans la théorie habermasienne. Sa suspension revient à abolir le débat rationnel.

Y a-t-il des contre-exemples ? La résistance à la thèse

Il serait intellectuellement malhonnête de ne pas examiner les contre-arguments. Plusieurs faits empiriques et plusieurs positions théoriques viennent nuancer, voire contester, le diagnostic pessimiste exposé jusqu'ici.


Les réseaux sociaux ont été des vecteurs essentiels de mobilisations politiques progressives donc objectivement utile au capitalisme en crise : du Printemps arabe aux mouvements #MeToo et Black Lives Matter. Ces mobilisations ont permis à des voix marginalisées d'accéder à la sphère publique, contournant les filtres des médias traditionnels eux-mêmes souvent oligopolistiques. En ce sens, les snap06320.jpgplateformes ont pu fonctionner comme des instruments d'élargissement de la délibération publique, permettant à des groupes exclus de faire entendre leurs prétentions normatives et conformistes. La philosophe Nancy Fraser, dans une célèbre critique de Habermas, avait souligné que l’espace public bourgeois était lui-même structuré par des exclusions (de genre, de classe, de race). Les contre-publics subalternes, qu’ils soient féministes, antiracistes ou ouvriers, ont toujours dû inventer des espaces de parole alternatifs. Les réseaux sociaux, vus sous cet angle, pourraient apparaître comme les contre-publics numériques d’aujourd’hui (Rethinking the Public Sphere, 1990).

Le plaidoyer de Yochai Benkler
Le juriste et économiste Yochai Benkler a défendu, dans The Wealth of Networks (2006), une vision optimiste de l'internet comme espace de production de biens communs informationnels, fondé sur une logique de partage et de coopération. Pour Benkler, la communication en réseau permet des formes d'action collective décentralisée qui échappent à la fois à la logique marchande et à la logique étatique — ce qui n'est pas sans rappeler l'idéal habermasien d'une délibération libérée de la colonisation systémique. Il oppose ce modèle à celui des médias de masse, qui étaient structurellement centralisés. Selon lui, la diversité des sources et la réduction des coûts de participation ouvrent des potentialités démocratiques inédites.

Les communautés délibératives en ligne
Des recherches en communication politique ont identifié des espaces numériques où quelque chose ressemblant à un dialogue rationnel semble se produire : certains forums spécialisés, certaines plateformes de délibération citoyenne (comme les assemblées citoyennes numériques utilisées dans certains processus participatifs), ou encore certaines communautés académiques en ligne. Des exemples comme Wikipedia, dont la gouvernance repose sur des principes de discussion argumentée, montrent qu’il est possible de concevoir des infrastructures numériques qui ne sont pas captives de la logique de l’attention. De même, les expériences de « démocratie délibérative assistée par algorithme » (par exemple, les assemblées citoyennes irlandaises) suggèrent que l’outil numérique peut, dans des cadres institutionnels adéquats, servir la délibération.

La nuance nécessaire
Ces contre-exemples sont réels, mais ils pointent vers une conclusion précise : l'agir communicationnel sur les plateformes n'est pas impossible en théorie, mais il est structurellement défavorisé par l'architecture économique et algorithmique ev-moz-1024x1024.jpgdes grandes plateformes commerciales. Il survit dans des niches, malgré le système, non grâce à lui. Comme le note l’analyste des technologies Evgeny Morozov dans Pour tout résoudre, cliquez ici (2013), la question n’est pas de savoir si le numérique peut être délibératif, mais quelles conditions institutionnelles, économiques et politiques doivent être réunies pour qu’il le devienne.

Vers une éthique de la conception : peut-on repenser les plateformes ?

Si le problème est structurel, la réponse doit l'être aussi. C'est ici que la théorie d'Habermas acquiert une dimension proprement normative et programmatique.

Si l'on accepte que les plateformes actuelles constituent un obstacle à la rationalité communicationnelle non pas par accident mais par design — c'est-à-dire parce qu'elles sont délibérément conçues pour maximiser l'engagement plutôt que l'entente —, alors la question politique et éthique devient : quelles architectures numériques favoriseraient au contraire l'agir communicationnel ?


Plusieurs pistes ont été explorées. La régulation par les pouvoirs publics — sur le désastreux modèle post-soviétique du Digital Services Act européen — vise à introduire des obligations de transparence et de responsabilité dans le fonctionnement des algorithmes. Des chercheurs comme Shoshana Zuboff ont plaidé pour des formes de régulation de ce qu'elle appelle le « capitalisme de surveillance », un régime économique qui, en privatisant l'expérience humaine comme matière première, détruit les conditions mêmes de l'autonomie et de la délibération démocratiques (The Age of Surveillance Capitalism, 2019). La reconnaissance d’un droit à ne pas être profilé, ou encore la mise en place d’une autorité indépendante de contrôle des algorithmes, seraient des mesures concrètes visant à décoloniser l’espace public numérique.

Les communs numériques et l’alternative des plateformes non commerciales
D'autres ont exploré l'idée de plateformes à but non lucratif, ou de protocoles décentralisés (comme ActivityPub, qui sous-tend Mastodon), qui découplent la communication en réseau de la logique de monétisation de l'attention. Le mouvement des communs numériques (par exemple, Framasoft en France) propose des services libres, éthiques et décentralisés qui redonnent aux utilisateurs la maîtrise de leurs données et de leur espace de parole. Ces architectures alternatives cherchent précisément à recréer les conditions d'un espace public numérique qui ne soit pas colonisé par la logique marchande.

Éduquer à la délibération numérique
La réflexion habermasienne invite également à penser l'éducation au numérique non pas simplement comme une formation aux usages des outils, mais comme une formation à la délibération — ce que certains appellent une « littératie démocratique numérique » : la capacité à identifier les prétentions à la validité, à distinguer l'argument de la manipulation, à reconnaître les biais algorithmiques qui structurent sa propre vision du monde. L’École, mais aussi les médias de service public, ont un rôle essentiel à jouer dans cette pédagogie de la rationalité communicationnelle.

Repenser la propriété des infrastructures
Enfin, une approche plus radicale, défendue par Nick Srnicek dans Capitalisme de téléchargement (1).pngplateforme (2016), suggère que seule une transformation structurelle de la propriété des infrastructures numériques pourrait permettre un véritable espace public délibératif. Srnicek propose de socialiser les plateformes, c’est-à-dire de les faire passer sous contrôle public ou collectif, afin de les soustraire à l’impératif de maximisation du profit et de l’engagement. Une telle orientation irait dans le sens de la critique habermasienne de la colonisation : il s’agirait de dé-systémiser l’espace public en le retirant à la logique de l’argent. Il se garde de préciser que cette logique est aussi celle pas moins dangereuse de l' État.

Un horizon normatif sous pression

La réponse à notre question initiale est donc nuancée, mais pas équivoque. L'agir communicationnel au sens habermasien n'est pas radicalement impossible sur les plateformes numériques — des îlots de délibération authentique y existent. Mais il y est structurellement contrarié par des logiques économiques, algorithmiques et psychologiques qui favorisent systématiquement l'agir stratégique. Les promesses d’une agora numérique se sont heurtées à la réalité d’un marché de l’attention privatisé, où les conditions mêmes de la délibération (temps, sincérité, prétention à la vérité) sont dégradées.

Ce que révèle l'application de la théorie habermasienne aux réseaux sociaux, c'est moins une réfutation de cette théorie qu'une confirmation de son diagnostic sur les pathologies de la modernité. La colonisation du monde vécu par la logique des systèmes que décrivait Habermas en 1981 a trouvé, avec les plateformes numériques, son expression la plus accomplie et la plus globale. Le capitalisme de surveillance représente sans doute l’une des figures les plus radicales de cette colonisation, puisqu’il transforme l’interaction communicationnelle elle-même en une source de profit par la prédiction comportementale.

Mais l'horizon normatif demeure. La situation idéale de parole n'est pas une description du monde tel qu'il est : c'est une exigence qui nous permet de mesurer l'écart entre ce qui est et ce qui devrait être, et d'orienter l'action vers la réduction de cet écart. C'est peut-être là la contribution la plus durable de la philosophie habermasienne à la critique du numérique : non pas une nostalgie de la sphère publique bourgeoise qu'il avait lui-même analysée et critiquée, mais une boussole normative à l'aune de laquelle évaluer les architectures de la communication collective et exiger leur transformation.

L’enjeu, in fine, n’est pas technique. Il est démocratique. Car comme le rappelle Habermas dans Un nouvel obscurantisme ?, une démocratie qui perd sa capacité à former une opinion publique rationnelle cesse rapidement d’être la démocratie idéalisée des manuels scolaires. Si les plateformes numériques, dans leur forme actuelle, éloignent de cet idéal, elles ne le rendent pas inaccessible quand le capitalisme n'est pas en crise. Elles appellent plutôt une réappropriation politique : celle de la conception de nos espaces de parole, de la régulation des algorithmes et de l’éducation à la délibération. L’agir communicationnel, pour exigeant qu’il soit, reste un horizon nécessaire — et, osons le dire, un combat d’aujourd’hui.

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08/05/2026

Le Rapport Alloncle ou la vision bien modérée d'un marigot

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Le 28 octobre 2025, l'Assemblée nationale crée, à l'initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR), une commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public ». Sa présidence est confiée à Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), et son rapporteur à Charles Alloncle (UDR).

Dès le départ, la Commission travaille dans une ambiance délétère. Les six mois d'auditions sont émaillés de nombreux incidents, avec des échanges houleux entre les députés et des personnalités du secteur auditionnées.

Mais c'est le 26 avril 2026 que le scandale éclate. Le journal Le Monde révèle que Lagardère News (groupe contrôlé par Vincent Bolloré) a envoyé des listes de questions à plusieurs députés, dont Charles Alloncle, afin qu'ils les posent aux personnes auditionnées. Radio France s'émeut alors de « collusions éventuellement à l'œuvre avec des acteurs directement intéressés à la déstabilisation de l'un de leurs concurrents ».

Le 2 mai, l'association AC!! Anti-Corruption dépose une plainte contre X devant le Parquet national financier pour « prise illégale d'intérêts » et « trafic d'influence », visant directement Charles Alloncle et Lagardère News. La plainte est cinglante : elle accuse Charles Alloncle « d'avoir accepté d'abuser de son influence en posant les questions suggérées par le groupe Lagardère afin d'obtenir une place significative dans les médias du groupe afin de propulser sa carrière politique ». L'avocat de l'association dénonce un système « parfaitement huilé, structuré », où la commission aurait servi de « tremplin personnel » pour le rapporteur, avec la promesse « d'être un acteur central de l'extrême droite lorsque, et c'est leur espérance, elle sera au pouvoir ».

Malgré les dénégations de Charles Alloncle (qui invoque « des accusations ridicules » et sa « stricte indépendance »), les soupçons d'instrumentalisation pèsent lourdement sur la crédibilité de ses travaux.

Lors du vote final pour l'adoption du rapport, le 27 avril, le scrutin est serré. Après plus de quatre heures d'une réunion à huis clos, 12 voix contre 10 valident la publication des travaux, avec 8 abstentions. Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, dénonce un « rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités », visant un « affaiblissement historique » du service public.

Ainsi, loin d'être une simple enquête technique, cette commission s'est déroulée sous le sceau de la controverse et de pressions extérieures, destinées à jeter une ombre troublante sur l'impartialité de ses conclusions.

 

 

 

 

Le 25 novembre 2025, l'Assemblée nationale lançait une commission d'enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public ». À première vue, une mission technique classique. En réalité, elle allait rapidement devenir le théâtre d'un affrontement politique sans précédent, où chaque audition se transformait en échange de tirs, et où le rapporteur, Charles Alloncle, député UDR, allait subir les provocations permanentes d'une caste privilégiée se voulant intouchable. 

Dès octobre 2025, avant même l'ouverture officielle des travaux, Charles Alloncle ne cachait pas ses intentions. « Est‑ce qu'il y a un agenda politique ? Est‑ce qu'il y a des collusions d'intérêts ? » s'interrogeait‑il publiquement, laissant entendre comme de plus en plus de Français que l'audiovisuel public serait un nid de dérives. 

Au fil des quatre mois d'auditions, 67 sessions et 234 personnes entendues, l'atmosphère devenait électrique. Le 2 avril 2026, l'audition du milliardaire Xavier Niel virait à la confrontation ouverte. « Vous avez transformé votre commission en cirque : merci pour votre invitation, mais je ne suis pas un clown », lançait Niel d'emblée à Charles Alloncle. La joute verbale était immédiate : « Vous vous croyez où ? » rétorquait le rapporteur, tandis que les accusations de « mensonges » et de « fake news » volaient bas. La veille, c'était Nagui qui s'était frontalement opposé au député : l'animateur l'accusait de l'avoir « jeté en pâture » et d'avoir déclenché une « campagne de haine » contre lui, après que sa rémunération avait été utilisée comme symbole des dérives du service public.

Le service public de l'audiovisuel est fondé sur un principe simple : l'information doit être traitée de manière honnête, impartiale et transparente. Or, la commission d'enquête n'a mis que quelques semaines à constater que ce miroir était fêlé. La première partie de son rapport (Rapport N°2698 T1 .PDF) , intitulée « De la neutralité : des obligations de neutralité, d'honnêteté et d'impartialité insuffisamment respectées », dresse un tableau accablant d'un service seulement public au niveau de son financement.

D'abord, un constat terminologique troublant : les contours de la neutralité, de l'honnêteté et de l'impartialité sont « flous et mal définis » au sein des rédactions. Certains dirigeants auditionnés n'ont même pas été capables de citer les chartes déontologiques qui les lient. Mais au‑delà du flou conceptuel, le rapporteur relève à l'antenne des « dérives visibles et répétées », qu'il qualifie plus loin d’« hostilité ciblée et assumée ».

Les exemples abondent. Des journalistes refusent manifestement de donner la parole à des représentants de certaines formations politiques – ou, si l'interview a lieu, la présentent de manière à en dénaturer le sens. Des biais systématiques sont relevés dans la couverture de sujets sensibles, en particulier lors des élections. La commission pointe du doigt des « engagements partisans » qui s'expriment ouvertement hors antenne, fragilisant l'exigence d'impartialité.

Un cas emblématique est celui de l'« affaire Cohen‑Legrand » . Deux journalistes de France Télévisions, respectivement présentateurs du « 20 heures » et de « C à vous », se sont livrés sur leurs réseaux sociaux à des prises de position qui, selon le rapport, sortent clairement du cadre de la neutralité attendue d'un agent public. Loin d'être des exceptions, ces comportements traduisent une culture d'entreprise où le militantisme personnel l'emporte parfois sur la mission de service public.

Plus grave encore : la cellule de fact‑checking de France Télévisions, censée lutter contre la désinformation, n'est pas épargnée. Le rapporteur l'accuse de céder à des biais idéologiques manifestes. « Au lieu de vérifier les faits de manière objective, cette cellule semble avoir internalisé un prisme politique qui la conduit à traiter de manière inégale les déclarations selon l'origine partisane de leur auteur », peut‑on lire dans le rapport. Une accusation lourde, car elle remet en cause l'un des outils de contrôle les plus médiatisés de l'antenne.

Face à ces constats, la commission s'interroge : qui surveille les surveillants ? L'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel, est pointée du doigt pour sa « réticence excessive à l'autosaisine » . Elle n'intervient que lorsqu'elle est saisie, rarement de son propre mouvement. Ses sanctions sont jugées trop faibles, trop tardives. « Une autorité souvent dépassée », conclut le rapport, qui suggère de renforcer ses pouvoirs ou de la réformer en profondeur.

La gouvernance en état de mort cérébrale

Le deuxième axe du rapport porte sur le fonctionnement de l'audiovisuel public. Et là, le diagnostic est sans concession : conflits d'intérêts structurels, défaillances graves de la gouvernance, culture de la défausse au sein des directions.

Le rapporteur s'attaque d'abord aux nominations des dirigeants. Il décrit un Hollande.jpgsystème où les présentations sont truffées d' « interférences et manipulations en cascade ». Des soupçons pèsent sur la façon dont, sous François Hollande, l'Élysée aurait exercé des pressions directes pour imposer son candidat à la présidence de France Télévisions contre les procédures officielles. La commission note que la promesse du candidat Hollande de dépolitiser la nomination des patrons de l'audiovisuel public a eu exactement l'effet inverse.

Mais le sujet le plus explosif est celui du système des animateurs‑producteurs. Derrière ce terme un peu technique se cache une réalité contestable : certains animateurs phares du service public sont à la fois employés de France Télévisions ou de Radio France et chefs d'entreprise privée produisant des émissions pour... France Télévisions ou Radio France. Conflit d'intérêts évident, dénonce le rapport. L'animateur se retrouve ainsi juge et partie, puisqu'il négocie avec sa propre société la commande d'émissions dont il est le visage.

Le rapport donne des exemples précis. Certains animateurs « historiques » ont créé des sociétés de production qui engrangent des millions d'euros de commandes publiques chaque année, sans que les cahiers des charges soient réellement concurrentiels. Le rapporteur parle même d'« une forme de consanguinité d'un certain milieu » pour décrire les allers‑retours incessants de cadres du public vers le privé (et inversement) sans aucune mesure de déontologie. Une porte tournante qui nourrit les soupçons de collusion.

Cette opacité est d'autant plus grave qu'elle concerne le financement de l'audiovisuel public. France Télévisions a externalisé massivement sa production – séries, documentaires, divertissements – auprès de sociétés privées. Le rapport est cinglant : cette externalisation est devenue un « cheval de Troie » permettant à des intérêts privés de s'immiscer dans la programmation du service public. « France Télévisions ne contrôle pas la ligne éditoriale de dizaines d'heures de programme », assène le rapport.

Les chiffres parlent d'eux‑mêmes. En cinq ans, le temps consacré aux documentaires sur les antennes de France Télévisions a chuté de 26 %. La qualité de la programmation est jugée « perfectible », avec une offre de fiction à rehausser et des émissions de divertissement à la plus‑value contestable. Combien d'heures de « prime time » sont désormais trustées par des jeux, des téléréalités ou des talk‑shows légers qui n'ont rien à envier aux chaînes privées ? La commission d'enquête dénombre que plus de 40 % de la grille des grandes chaînes publiques est désormais occupée par des programmes dont la spécificité « service public » est difficile à identifier.

La Cour des comptes impuissante, les autorités de tutelle absentes

Le troisième niveau de manquement concerne les institutions de contrôle. Le rapport relève des « défaillances graves de la gouvernance » , permises par une mise en retrait volontaire des autorités de tutelle. La Cour des comptes, pourtant censée s'assurer de la bonne gestion de l'argent public, est jugée inefficace. Elle n'a pas su anticiper les dérives financières, ni imposer de sanctions réellement dissuasives.

À l'intérieur même des chaînes, une « culture de la défausse » s'est installée. Les directeurs successifs délèguent leurs responsabilités sans que personne ne prenne de décision courageuse. Les alertes internes sont étouffées. La commission entend un lanceur d'alerte qui explique avoir signalé à plusieurs reprises des anomalies dans les marchés de production sans jamais obtenir de réponse – et avoir fini par être mis à l'écart.

Le rapport conclut sur un constat alarmant : « notre audiovisuel public est inadapté aux enjeux de notre époque ». Non parce qu'il manquerait de moyens – il en reçoit quatre milliards d'euros par an – mais parce que son organisation est devenue une machinerie à gaspillage, à conflits d'intérêts et à dérive éditoriale.

Des budgets dépensés sans contrôle

Le volet financier est tout aussi accablant. La commission a passé au crible la trajectoire budgétaire de France Télévisions sur la décennie 2015-2025. Là encore, le constat est contrasté. D'un côté, la direction martèle que le coût de l'audiovisuel public a baissé en euros constants. De l'autre, le rapporteur montre que les dotations publiques ont augmenté en valeur absolue, en partie à cause de l'inflation, et que des subventions exceptionnelles ont été accordées sans véritable justification.

« Une gabegie administrative », lâche le rapport à plusieurs reprises. Des frais de fonctionnement excessifs, des missions mal définies, des chaînes et des radios qui se chevauchent : le mille‑feuilles français de l'audiovisuel public coûte trop cher pour ce qu'il rapporte.

La commission s'attaque particulièrement aux sports : France Télévisions investit des centaines de millions d'euros par an dans l'acquisition de droits sportifs – Roland‑Garros, Tour de France, Jeux olympiques, etc. Or, selon le rapport, ces dépenses ne sont pas suffisamment évaluées au regard de leur mission de service public. Puis‑t‑on justifier que le groupe public surenchérisse face aux chaînes privées pour retransmettre des événements sportifs déjà très médiatisés ? La commission propose de réduire d'un tiers le budget des sports de France Télévisions, pour réaliser près de 50 millions d'euros d'économies annuelles.

Une offre pléthorique et mal définie

Derrière toutes ces dérives, le rapport met en lumière un problème plus fondamental : l'offre de l'audiovisuel public est pléthorique, redondante et mal positionnée. Pourquoi France 4 existe‑t‑elle, alors que ses contenus jeunesse et culturels pourraient être absorbés par France 5 ou le numérique ? Pourquoi Mouv' , la radio « jeune » de Radio France, peine‑t‑elle à trouver son public ? Pourquoi France TV Slash, supposé toucher les 18‑30 ans, a‑t‑il un coût démesuré par rapport à son influence réelle ?

Le rapporteur évoque « un empilement de structures » qui se font concurrence entre elles plutôt qu'elles ne se complètent. Résultat : des économies d'échelle manquées, des redondances coûteuses, et un éparpillement qui nuit à la lisibilité de l'offre publique. La commission d'enquête a même calculé qu'une simple fusion entre France 2 et France 5, suivie de la suppression de France 4 et de Mouv', dégagerait environ 460 millions d'euros d'économies annuelles.

2747802317.jpgAu total, sur les quatre milliards d'euros que coûte l'audiovisuel public chaque année, le rapport estime que près d'un milliard pourrait être économisé via des suppressions de canaux, des fusions et une meilleure gestion des coûts de production. De l'argent qui, selon Charles Alloncle, pourrait être réaffecté à « l'entretien du patrimoine » de l'État et au désendettement du pays.

Le verrouillage politique et les techniques d'évitement

Enfin, le dernier niveau de manquement concerne le rapport même des dirigeants du service public face à la commission d'enquête. Nombreux sont les auditionnés qui ont refusé de répondre aux questions, multipliant les ruses procédurales. Certains se sont retranchés derrière le secret des affaires, d'autres derrière une interprétation étroite de leur devoir de réserve.

La commission a été frappée par ce qu'elle appelle « une obstination à ne pas rendre de comptes ». À plusieurs reprises, des hauts responsables ont produit des documents tronqués ou des chiffres non vérifiables. Le rapporteur cite par exemple le cas de Delphine Ernotte, qui a contesté ses chiffres sur le coût du groupe public lors de la dernière audition, l'accusant d'« additionner deux rapports de la Cour des comptes sans le préciser » et de pratiquer un « procédé manipulatoire ». « Ça fait 30 ans que je manage des entreprises. Je commence à mal le prendre », s'est‑elle agacée, avant que les échanges ne dégénèrent.

Cette culture du « déni de responsabilité » est jugée « insupportable » par la commission. « On a l'impression d'interroger des sujets qui n'ont jamais entendu parler de commande publique, de concurrence, de marchés », résume un des députés membre de la commission. « Ils répondent par des lapalissades, des formules creuses, et dès qu'on gratte, ils se retranchent derrière leur conseil juridique. »

Le silence assourdissant sur les abus sexuels

Sujet le plus sensible, sans doute : la commission d'enquête s'est également eeek.pngpenchée sur la gestion des affaires de violences sexuelles au sein de France Télévisions. Lors de l'audition de Delphine Ernotte, Charles Alloncle a évoqué des « protocoles d'accord particulièrement onéreux » que la chaîne aurait signés pour « acheter le silence de victimes ou de témoins de déviances sexuelles ». La présidente de France Télévisions a immédiatement répliqué : « Vos accusations sont extrêmement graves », refusant d'admettre la moindre pratique de ce type.

Pourtant, le rapport cite des témoignages concordants, venus de plusieurs journalistes et techniciens, selon lesquels France Télévisions aurait utilisé des fonds publics pour étouffer des affaires internes. La commission demande donc la publication des protocoles conclus depuis 2015 et une enquête plus approfondie sur le sujet. « Une fois de plus, l'argent du contribuable aurait servi à couvrir des exactions plutôt qu'à les prévenir ou les sanctionner », déplore le rapporteur.

Voilà donc, balayées sur près de 400 pages, les dérives, les excès, les manquements majeurs constants et revendiqués que la Commission a cru devoir porter à la connaissance du public. Des défaillances sur la neutralité, sur l'utilisation de l'argent public, sur la gouvernance, sur la transparence – un tableau sombre qui justifie, aux yeux de Charles Alloncle, une véritable refondation de l'audiovisuel public, avec des fusions, des suppressions et un contrôle renforcé. Si les propositions finales restent très modérées et insuffisantes, la partie « constats » du rapport, étayée d'exemples précis et de citations, constitue désormais une pièce incontournable du débat sur l'avenir d'un service public sinistré et dans un total déni du réel.

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