11/09/2026
Sony A6700 : le petit boîtier qui monte, qui monte, et qui a de l’IA dans le viseur (1/2)

Le marché français de l’image traverse une mutation profonde. En 2025, les ventes d’appareils photo et de caméscopes ont reculé de 11 % pour s’établir à 823 000 unités, dans un contexte économique morose où les consommateurs diffèrent leurs achats face à des smartphones toujours plus performants. Pourtant, derrière cette contraction globale se cache une dynamique bien plus intéressante : la montée en puissance des hybrides, qui représentent désormais 85 % des ventes d’appareils à objectifs interchangeables en France, avec une croissance de 16 % par rapport à 2024. Les reflex, eux, ne pèsent plus que 15 % du marché, signe d’une bascule historique vers des boîtiers plus compacts, plus connectés et mieux adaptés à la vidéo. Dans ce paysage, Sony occupe une position dominante sur le plein format, avec une part de marché française qui fluctue autour de 35 à 36 %. Mais la marque ne se repose pas sur ses lauriers : sa gamme APS-C, portée par des boîtiers comme l’A6400 et l’A6700, continue de séduire un public à la recherche du bon compromis entre polyvalence, compacité et intelligence artificielle. C’est précisément dans ce créneau que le Sony A6700 s’impose comme une référence, un hybride APS-C qui incarne la convergence entre photographie et vidéo, entre héritage et innovation.
Il est des appareils photo qui ne paient pas de mine. Le Sony Alpha 6700 en fait partie. Quand on le sort du sac, ses proportions compactes et sa silhouette discrète ne laissent pas immédiatement deviner la petite bombe technologique que l’on tient entre les mains. Pourtant, dès la première pression sur le déclencheur, le ton change. Ce boîtier, lancé discrètement par Sony au milieu de l’été 2023, s’est imposé en quelques mois comme une référence incontournable dans le monde des hybrides APS-C, et nous sommes maintenant en 2026, avec le recul nécessaire pour juger de sa véritable place sur un marché où la concurrence ne fait jamais de cadeau.
À l’heure où les smartphones grignotent chaque année des parts de marché avec leurs algorithmes toujours plus impressionnants, on pourrait légitimement se demander pourquoi s’encombrer d’un appareil photo dédié. La réponse tient dans ce boîtier de 493 grammes, batterie comprise, qui réussit le tour de force de concentrer ce que Sony sait faire de mieux dans ses gammes professionnelles, mais dans un format taillé pour l’aventure. Nous allons passer un moment ensemble à explorer ce petit prodige, sans plan apparent ni chapitres rébarbatifs, juste en suivant le fil d’une découverte qui mérite qu’on s’y attarde.
Un ADN polyvalent au service de tous les instants
Ce qui frappe immédiatement avec cet appareil, c’est sa personnalité caméléon. Le constructeur nippon a voulu en faire un véritable couteau suisse de l’image, capable de passer d’une séance photo portrait en extérieur à une capture d’action sportive, puis à un tournage vidéo exigeant sans jamais perdre en efficacité. Cette polyvalence n’est pas un simple argument marketing, elle se vérifie dans chacune de ses caractéristiques techniques.
Le cœur de la bête est un capteur CMOS rétro-éclairé (BackSide Illuminated, ce qui signifie que la circuiterie a été placée à l’arrière du capteur pour mieux capter la lumière) de 26 mégapixels. Ce n’est pas la course au nombre de pixels que l’on voit parfois ailleurs, mais un choix délibéré de maturité technologique. Cette définition est suffisante pour réaliser des tirages de belle taille, recadrer généreusement sans pleurer, tout en conservant des fichiers qui n’asphyxient pas immédiatement les cartes mémoire et les disques durs. L’équilibre est judicieux, d’autant que la technologie rétro-éclairée permet de mieux gérer la montée en sensibilité quand la lumière baisse.
Le traitement de l’image est confié au processeur Bionz XR, que l’on retrouve dans les boîtiers experts de la marque. Il faut imaginer ce processeur comme un moteur turbo, capable d’ingurgiter les données du capteur à une vitesse impressionnante, de les traiter avec des algorithmes toujours plus fins, et de permettre à l’appareil de réagir au quart de tour. C’est lui qui rend possible cette fluidité d’utilisation qui fait tant défaut à certains concurrents, cette impression que l’appareil devance parfois vos envies avant même que vous ayez fini de les formuler.
L’un des atouts majeurs de cet ensemble réside dans sa monture E, un système qui a maintenant largement fait ses preuves. Il permet d’utiliser aussi bien les optiques conçues spécifiquement pour les capteurs APS-C, plus compactes et abordables, que les objectifs plein format de la gamme FE. C’est une flexibilité précieuse : on peut voyager léger avec un petit 18-135 mm, ou bien visser un 70-200 mm professionnel pour une séance exigeante. Cette compatibilité ascendante est une excellente nouvelle pour ceux qui envisagent d’évoluer plus tard vers du plein format, leur parc optique restant utilisable.
Une prise en main qui fait la différence
Sony a longtemps été critiqué pour l’ergonomie parfois discutable de ses boîtiers compacts. Les premiers modèles de la série 6000 donnaient parfois l’impression de tenir un savonnette, avec une zone de préhension insuffisante pour les objectifs un peu lourds. Avec l’Alpha 6700, les ingénieurs ont visiblement écouté les retours du terrain.

La poignée a été redessinée en profondeur. Elle est plus généreuse, plus profonde, offrant une prise vraiment sécurisante même avec des optiques de taille respectable . On sent que le boîtier a été pensé pour des utilisateurs qui passent des heures à photographier, et dont les doigts méritent un minimum de confort. Le revêtement caoutchouté est agréable au toucher, ni trop collant ni trop glissant, et semble promettre une certaine longévité.
Le dos de l’appareil accueille un écran tactile orientable sur trois axes. Ce "vari-angle" est un vrai bonheur pour les photographes qui aiment explorer des angles originaux. On peut le retourner complètement face à l’avant pour les autoportraits ou le vlogging, le basculer vers le haut pour photographier au-dessus d’une foule, ou encore le protéger en le rangeant contre le boîtier. La définition d’environ 1,03 million de points n’est pas la plus élevée du marché, mais elle reste parfaitement honnête pour la visualisation des images et la navigation dans les menus.
La présence d’une deuxième molette de commande à l’avant, en plus de la molette arrière classique, change radicalement l’expérience de prise de vue. On peut enfin piloter l’ouverture et la vitesse en même temps sans avoir à chercher des combinaisons de boutons improbables. Sony a également ajouté une molette dédiée pour basculer instantanément entre les modes photo, vidéo et ralenti/accéléré (S&Q). C’est un détail qui peut sembler anodin, mais quand on alterne fréquemment entre les disciplines, cette bascule instantanée est tout simplement précieuse.
Le viseur électronique, bien que de définition modeste (2,36 millions de points), fait correctement son travail. Il pèche un peu par sa taille et son confort d’utilisation, surtout quand on est habitué aux viseurs des boîtiers haut de gamme, mais il reste parfaitement fonctionnel et permet de cadrer avec précision même en pleine lumière, là où l’écran arrière peut montrer ses limites.
Le cerveau derrière l’objectif : cette IA qui change tout
Parlons maintenant de ce qui constitue sans doute la plus grande révolution de cet appareil : son autofocus. Le système embarqué dans l’Alpha 6700 est directement inspiré de ce que Sony a développé pour ses fleurons comme l’A7R V. Il repose sur 759 points de détection de phase qui couvrent environ 93 % du capteur, mais ce n’est pas tant le nombre de points qui impressionne que le processeur dédié à l’intelligence artificielle qui les pilote .
Ce processeur IA est une petite merveille de technologie. Contrairement aux systèmes traditionnels qui se contentent de reconnaître des formes et des contrastes, il a été entraîné sur des millions d’images pour comprendre ce qu’il voit. Il ne détecte pas simplement "un truc qui bouge", il reconnaît un humain, et pas seulement son visage ou ses yeux. Il comprend la morphologie complète du corps, suit la tête, le torse, et anticise les mouvements même quand le sujet tourne le dos à l’appareil. C’est fascinant à voir en action : un enfant qui court dans tous les sens, un danseur qui tournoie, un sportif en plein effort, l’appareil reste accroché comme une ombre.
Mais les capacités de reconnaissance ne s’arrêtent pas là. Le système sait également identifier les animaux, avec une efficacité redoutable sur les chiens, chats, chevaux ou animaux sauvages. Il reconnaît les oiseaux, qu’ils soient en vol ou posés, et maintient le focus sur l’œil avec une ténacité qui laisse pantois. Pour les amateurs d’aviation ou de trains, l’appareil identifie également les avions et les trains, en priorisant différentes parties selon le contexte. Enfin, et c’est plus anecdotique mais amusant, il peut même détecter les insectes, ce qui ravira les photographes macro.
Cette intelligence artificielle ne se contente pas de faire joli sur la fiche technique. Dans la pratique, elle permet de se concentrer sur la composition et le moment décisif, en laissant à la technique le soin de gérer la mise au point. On passe en mode priorité à l’œil, et on n’y pense plus. Même dans des conditions de lumière difficiles, jusqu’à -3 EV (ce qui correspond à un clair de lune correct), le système continue d’accrocher son sujet avec une fiabilité impressionnante .
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Dans les vidéos avec des mouvements très rapides et erratiques, on peut observer quelques hésitations, et la reconnaissance des animaux sous-marins, bien que fonctionnelle dans environ 60% des cas, n’est pas encore aussi fiable que pour les mammifères terrestres . Mais globalement, cet autofocus place l’Alpha 6700 au sommet de sa catégorie, un cran au-dessus de ce que proposent la plupart des concurrents directs.
Quand la photo rencontre la vidéo avec passion
Si l’Alpha 6700 est qualifié d’hybride, ce n’est pas pour rien. Là où certains boîtiers font de la vidéo un simple appendice, Sony en a fait un véritable pilier de l’appareil, en puisant dans les technologies développées pour ses caméras cinéma comme la FX30.
En mode vidéo, l’appareil est capable d’enregistrer en 4K jusqu’à 120 images par seconde. Le mode 4K à 60p bénéficie d’un suréchantillonnage depuis une définition 6K, ce qui signifie que l’appareil capture plus d’informations que nécessaire et les condense pour produire une image 4K d’une netteté et d’une richesse de détails exceptionnelles . C’est un traitement extrêmement gourmand en ressources, que le processeur Bionz XR gère sans sourciller.
La profondeur de couleur atteint 10 bits avec un échantillonnage 4:2:2 en interne. Derrière ces chiffres un peu barbares se cache une réalité simple : les vidéos contiennent beaucoup plus d’informations colorimétriques que sur les appareils grand public. Cela se traduit par des dégradés plus fins, moins de risques de voir apparaître ces vilaines bandes dans les ciels dégradés, et surtout une latitude folle en post-production pour corriger l’exposition ou modifier les couleurs sans dégrader l’image.
Sony propose également ses profils S-Log3 et S-Cinetone, directement issus du monde professionnel. Le S-Log3 est un profil "plat" qui préserve un maximum d’information dans les hautes et basses lumières, laissant au monteur le soin de restituer le contraste en étalonnage. Le S-Cinetone, lui, offre directement un rendu cinématographique très flatteur, avec des couleurs douces et des tons de peau magnifiques, sans nécessiter de compétences poussées en post-production .
Pour les amateurs de ralenti, le mode 4K à 120p est un régal, même s’il impose un recadrage (crop) d’environ 1,6x. C’est le principal reproche que l’on peut faire aux capacités vidéo : ce recadrage transforme un grand-angle en objectif standard, ce qui peut compliquer la vie dans les espaces restreints. On regrette aussi que la stabilisation sur cinq axes (IBIS) ne soit pas tout à fait à la hauteur des meilleures concurrentes pour la vidéo à main levée en marchant. Elle fait des merveilles en photo, permettant de descendre à des vitesses d’obturation incroyablement basses tout en gardant des images nettes, mais en vidéo, quelques micro-tremblements subsistent.
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14/08/2026
Audio Technica ATH-M50x: les tests (2/2)

Le casque Audio Technica ATH-M50x est un compagnon de route familier pour beaucoup d'entre nous, audiophiles comme mélomanes. Sa signature sonore, à la fois énergique et analytique, en fait un outil de référence pour le monitoring, mais aussi un casque d'écoute très gratifiant pour qui sait l'apprivoiser. Pour mettre à l'épreuve ses qualités et déceler ses éventuelles limites, j'ai sélectionné cinq albums aux identités sonores résolument différentes. Voici comment ce casque se comporte face à chacun d'eux, et comment il révèle - ou parfois masque - la quintessence de ces œuvres.
1. Andrea Motis - Febrero (2024, Jazz to Jazz)
L'album Febrero de la prodige catalane Andrea Motis est une invitation solaire, un voyage musical qui célèbre l'été chilien. Accompagnée par la Camerata Papageno et le guitariste Federico Dannemann, Motis, au chant et à la trompette, revisite des classiques latino-américains et des standards de jazz avec des arrangements d'une élégance raffinée. La voix de Motis, sensuelle et légère, est un instrument à part entière. Avec l'ATH-M50x, son timbre est restitué avec une clarté et une présence immédiates. Le casque met en avant le médium, ce qui donne à sa voix un placement parfait au centre de la scène sonore, la rendant intimiste et proche de l'auditeur. On perçoit chaque inflexion, chaque souffle, comme si elle chantait pour nous seuls. Sa trompette, chaude et ronde, bénéficie d'une attaque précise et d'une brillance naturelle, sans jamais devenir agressive. Là où le casque excelle, c'est dans sa capacité à séparer les instrumentistes. Les cordes de la Camerata Papageno, le violon et la mandoline de Christoph Mallinger, sont parfaitement distinctes, tissant un écrin délicat autour de la voix. La scène sonore, bien que n'étant pas la plus large du marché, est suffisamment aérée pour donner de l'espace à chaque pupitre. Cependant, pour un album aussi enveloppant, on pourrait regretter un manque de profondeur dans la scène sonore. Les instruments à l'arrière-plan ne sont pas toujours aussi lointains que l'enregistrement le suggère, un léger aplatissement de la perspective qui est l'un des rares compromis du M50x. Les basses, quant à elles, sont présentes et définies, comme en témoignent les lignes de contrebasse, mais elles ne sont pas mises en avant au point d'alourdir l'ensemble. C'est une écoute vivante, colorée, qui retranscrit fidèlement la joie et la sérénité que Motis a voulu capturer. Un bémol toutefois : la version CD est en 16-bit/44.1 kHz ; les audiophiles en quête de la meilleure définition se tourneront vers la version disponible en téléchargement sur Qobuz.
2. The Voodoos Soos - CS Grit & Pearls (FLAC 24-bit/44.1 kHz)
Aborder CS Grit & Pearls des Voodoos Soos est un exercice un peu plus énigmatique. Peu d'informations circulent sur ce groupe, mais le titre et la qualité du fichier (un FLAC 24-bit) laissent présager un rock teinté de blues, brut, organique, avec des sonorités roots qui pourraient évoquer le sud des États-Unis. C'est précisément dans ce type de production, où le grain des guitares et la pulpe des batteries sont rois, que l'ATH-M50x peut exprimer tout son caractère. Le casque excelle dans la restitution de l'énergie. Les guitares électriques saturées, si elles sont bien enregistrées, sonneront avec un grain délicieux, un "grit" comme le suggère le titre de l'album. L'attaque des cordes est tranchante, le sustain est bien rendu, et on peut suivre chaque riff avec une facilité déconcertante. La batterie, pilier de ce type de musique, est un terrain de jeu idéal pour le M50x. La caisse claire a du punch, les toms résonnent, et les cymbales, bien que parfois un peu en retrait par rapport au reste du spectre, ont un éclat métallique réaliste. Le véritable test réside dans la section rythmique. La basse, souvent jouée en picking, doit avoir du corps et de l'attaque. L'ATH-M50x, avec sa réponse en basses étendue mais contrôlée, ne laisse pas cet instrument s'égarer dans le mix. Il lui donne une présence charnue, qui ancre solidement le morceau, sans pour autant éclipser les guitares. C'est un équilibre qui sert parfaitement un rock puissant. Cependant, la scène sonore, plus resserrée que sur un casque ouvert, pourrait transformer un enregistrement déjà dense en un mur sonore un peu compact. Si l'album joue sur des ambiances aérées ou des jeux d'écho, le M50x ne les déploiera pas avec la même ampleur qu'un casque audiophile plus haut de gamme. On pourra aussi noter que la signature du casque, légèrement en V (basses et aigus accentués), peut, sur des enregistrements rock très compressés, exacerber la fatigue auditive. La version FLAC 24-bit/44.1 kHz est un excellent format, disponible sur des plateformes comme Qobuz ou Bandcamp, et garantit une dynamique optimale pour ce type de musique.
3. L'Art Cène - Dun & Sark (2025, Jarring Effects)
Avec Dun & Sark, le producteur L'Art Cène nous livre une œuvre qui se veut un "oxymore sonore", un manifeste personnel et introspectif naviguant entre ombre et lumière. Ce premier album sur le label Jarring Effects est décrit comme un voyage sensoriel, à la croisée des mondes, où les contrastes émotionnels deviennent matière musicale. C'est une électronique hybride, libre, qui puise ses racines dans la free party pour explorer de nouvelles textures. Pour révéler les multiples couches de Dun & Sark, le casque doit offrir une excellente séparation des fréquences et une grande transparence. L'ATH-M50x est ici un outil redoutable d'analyse. Les nappes de synthés, sombres et enveloppantes, sont restituées avec un relief saisissant. On perçoit la texture granuleuse des sons, la profondeur des réverbérations, les détails infimes des modulations. La scène sonore, bien que limitée, permet de discerner la place de chaque élément dans le mix, du kick profond aux textures ambiantes les plus éthérées. Le médium, souvent mis en avant, donne une présence particulière aux éléments mélodiques, comme un oud ou une guitare, qui percent le voile électronique. La réponse en basses est cruciale pour ce type de musique. Le M50x, avec son extension dans le grave, restitue la puissance des kicks avec autorité. On ressent physiquement l'impact, la profondeur des sub-basses, sans que cela ne devienne brouillon. C'est une écoute immersive qui colle parfaitement à l'univers sombre et contrasté de l'album. Le principal défaut pourrait apparaître dans les passages les plus complexes et denses. Le casque peut avoir tendance à légèrement "coller" les éléments entre eux, réduisant un peu l'impression d'espace et d'air qui ferait la grandeur d'un enregistrement de ce type sur un système plus haut de gamme. L'écoute, bien que très détaillée, peut manquer de cette légèreté et de cette transparence absolue qui permet de s'immerger totalement dans l'œuvre. Pour profiter de l'album dans les meilleures conditions, il est disponible en téléchargement 16-bit/44.1 kHz sur le Bandcamp du label. L'écoute en FLAC est recommandée pour apprécier toute la richesse des textures sonores.
4. Henri Salvador - Do Brasil (2010, White Collection)
Cet album d'Henri Salvador est un hommage à sa passion pour le Brésil, un pays qui a profondément marqué sa carrière. Artiste protéiforme, chanteur, humoriste et musicien, Salvador a été une influence majeure pour la bossa nova naissante. Il a su capter l'essence de la samba et de la bossa pour les infuser dans un style unique. Do Brasil est une célébration de ces rythmes, portée par sa voix chaleureuse et inimitable. L'ATH-M50x, avec sa signature directe et sa présence dans le médium, est un excellent vecteur pour la voix d'Henri Salvador. Chaque mot est restitué avec une clarté et une rondeur qui rendent hommage au phrasé unique et à l'humour du chanteur. On perçoit le grain de sa voix, sa manière de caresser les paroles. C'est un plaisir pur. Pour la musique, le casque met en lumière le travail des guitaristes, essentiel dans ce répertoire. Les accords de la guitare acoustique, le jeu précis des percussions, tout est détaillé. Le M50x n'oublie pas non plus la section rythmique. La contrebasse, pilier de la bossa nova, a une présence définie et ronde qui soutient délicatement l'ensemble. Le principal atout ici est la restitution des détails. Dans des morceaux comme "Garota d'Ipanema", on peut suivre chaque instrument, du shaker au piano, avec une aisance remarquable. C'est une écoute analytique qui permet de redécouvrir ces classiques. La scène sonore, là encore, n'est pas immense, mais elle est suffisante pour recréer l'atmosphère intime d'un club de Rio. Le casque, en rapprochant l'auditeur des musiciens, renforce le sentiment de proximité et de complicité avec l'artiste. Les amateurs de ce genre pourraient trouver que le M50x manque un peu de la "douceur" et du "moelleux" que d'autres casques offrent pour la bossa nova. Sa signature dynamique et ses aigus précis peuvent, sur certains titres aux cymbales très présentes, donner une écoute un peu plus "technique" que "chaleureuse". L'album est disponible en CD, mais une version en haute résolution sur Qobuz offrirait une définition supérieure.
5. Kirill Kondrashin - Mahler: Symphonie n°6 Tragique (SWR Klassik, 2018)
Cet enregistrement de la Symphonie n°6 de Gustav Mahler par Kirill Kondrashin à la tête de l'Orchestre symphonique de la SWR de Baden-Baden et Fribourg est un témoignage historique. Réalisé en janvier 1981, deux mois avant la mort soudaine du chef, il est salué comme l'un des plus grands, un sommet d'intensité et de fougue. C'est le test ultime pour un casque : restituer la complexité orchestrale, la dynamique extrême et la profondeur émotionnelle d'une telle œuvre. L'ATH-M50x relève le défi avec brio sur certains aspects, mais montre aussi ses limites. Points forts : la clarté et la séparation. Dans les tutti les plus denses, le casque parvient à garder une lisibilité remarquable. Les pupitres sont bien distincts : on peut suivre la ligne des violons, l'attaque des cuivres, la puissance des timbales. C'est un atout considérable pour analyser la partition et apprécier l'architecture de Kondrashin. La dynamique est également bien rendue. Les crescendos de l'orchestre, jusqu'aux coups de marteau du finale, sont restitués avec un impact saisissant. La réponse en basses permet de ressentir la profondeur des contrebasses et la puissance des grosse caisse et timbales. Le médium, très présent, donne aux cordes et aux bois une texture riche. Cependant, les limites du casque fermé apparaissent dans les moments de grande intensité. La scène sonore, trop resserrée, ne parvient pas à recréer l'immensité et la profondeur d'une salle de concert. L'orchestre semble un peu "compressé" devant l'auditeur, ce qui peut rendre l'écoute des passages les plus massifs un peu fatigante. On perd ce sentiment d'air et d'espace qui fait la grandeur de la musique symphonique. Les aigus, très présents, peuvent, sur ce type d'enregistrement très dynamique, devenir légèrement durs, accentuant un peu l'aspect "analytique" du casque au détriment de la rondeur et de la chaleur. Malgré ces réserves, l'écoute reste très engageante et révèle une multitude de détails. Pour les mélomanes, c'est un enregistrement de référence : le CD est disponible chez SWR Klassik, et une version en haute résolution est sans doute la meilleure option pour atténuer les limites du casque et profiter de la plénitude de l'orchestre.
6. Zaranka - Broken Jade (2022, Iono Music)
Broken Jade est un EP du projet Zaranka, pseudonyme du musicien russe Maksim Ivanets, sorti sur le label Iono Music. C'est un voyage ambient et électronique, conçu pour guider l'auditeur vers un lieu de paix intérieure grâce à des flûtes, des chœurs et des atmosphères synthétiques luxuriantes. Les percussions et les instruments à cordes sont travaillés avec un soin méticuleux. C'est le genre d'album qui demande une écoute attentive et un casque capable de révéler les moindres nuances. L'ATH-M50x excelle dans ce rôle d'explorateur sonore. La séparation des instruments est un atout majeur. On peut suivre chaque élément : la texture granuleuse d'une percussion, le souffle d'un chœur lointain, la résonance d'une note de flûte. Les atmosphères, qu'elles soient enveloppantes ou éthérées, sont rendues avec une grande clarté. La réponse en basses, présente et définie, donne du corps aux nappes profondes sans jamais masquer les détails. C'est une écoute très analytique, presque clinique, qui permet de décortiquer l'œuvre de Zaranka. La scène sonore, bien que modeste, est suffisante pour créer une sensation d'espace, surtout dans les passages les plus aérés. Le casque parvient à créer une bulle intimiste autour de l'auditeur, ce qui correspond parfaitement à l'ambiance de l'album. Le principal écueil de ce mariage est peut-être le manque de "magie" dans le rendu. Là où un casque plus haut de gamme, avec une scène sonore plus large et une meilleure gestion des aigus, apporterait une dimension aérienne et quasi mystique à l'album, l'ATH-M50x, avec son caractère terre-à-terre, peut le rendre un peu trop "concret". La douceur des chœurs ou l'éclat d'un synthé peuvent perdre un peu de leur potentiel onirique. Pour profiter pleinement de l'album, les versions disponibles en 24-bit/44.1 kHz sur Qobuz ou en téléchargement sur le Bandcamp du label sont à privilégier.
08:43 Publié dans Actualité, Casque Hi-fi | Lien permanent | Commentaires (0) |
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07/08/2026
Audio‑Technica ATH‑M50x : le son des vacances (1/2)
Fondée en 1962 à Tokyo par Hideo Matsushita, Audio-Technica a bâti sa réputation sur une exigence de qualité sans compromis, d’abord dans le domaine des cellules de tourne‑disques, puis très vite dans celui des microphones et des casques. Dès 1974, la marque japonaise se lance dans la conception de ses premiers casques, et en 1978, elle produit ses premiers microphones, établissant dès lors une présence incontournable dans les studios du monde entier.
Aujourd’hui, Audio-Technica est reconnue aussi bien par les professionnels que par les audiophiles exigeants pour la neutralité, la robustesse et le souci du détail de ses produits. Dans un marché où le sans‑fil et l’audio nomade ont pris une place prépondérante, la marque continue de défendre l’excellence de la connexion filaire, plébiscitée par ceux qui refusent les compromis de latence, de compression ou de coupure intempestive. Le casque de monitoring ATH-M50x, véritable référence depuis son lancement, incarne parfaitement cette philosophie : offrir une qualité sonore de studio dans un format pliable, accessible et fiable, prêt à suivre son propriétaire partout, sans jamais faillir.
Il existe dans la vie du voyageur audiophile un moment fatidique : celui où, dans la salle d'embarquement d'un aéroport quelconque, le casque sans fil rend l'âme. Batterie à plat, notification impitoyable, et douze heures de vol devant soi avec, pour seule alternative, les écouteurs en mousse offerts par la compagnie aérienne. On ne souhaite cette expérience à personne.
C'est précisément pour éviter ce genre de scénario catastrophe que le casque filaire mérite d'être reconsidéré, surtout quand il s'appelle Audio-Technica ATH-M50x. Ce casque de monitoring professionnel — oui, celui que les ingénieurs du son utilisent en studio — est depuis des années l'un des mieux notés de sa catégorie, et il se trouve que ses qualités de construction font de lui un compagnon de voyage redoutablement efficace. Pas de gimmick, pas de publicité tapageuse : juste un objet bien conçu, solide, qui fait exactement ce qu'on lui demande.
Cet article va donc examiner en détail ce que l'ATH-M50x a dans le ventre, ce qu'il peut apporter concrètement en situation nomade, et aussi ce qu'il ne fait pas — parce qu'honnêteté oblige, aucun casque n'est parfait pour tout le monde.
Audio-Technica est une entreprise japonaise fondée en 1962, initialement spécialisée dans les têtes de lecture pour platines vinyles. Avec ce genre de pedigree, on comprend que la marque a une culture de la précision sonore ancrée dans son ADN. L'ATH-M50 original est apparu en 2007 et s'est rapidement imposé comme une référence dans le monde du monitoring abordable. En 2014, la version x (pour « detachable cable ») est venue corriger l'un des seuls reproches que l'on pouvait faire au modèle : son câble non-amovible, et donc potentiellement condamnatoire en cas de casse.
Depuis lors, l'ATH-M50x a accumulé les récompenses, les mentions dans les guides d'achat, et surtout les retours d'utilisateurs satisfaits sur la durée. On parle d'un casque que certains utilisent quotidiennement depuis sept ou huit ans sans remplacement majeur. C'est suffisamment rare pour être souligné.
Ce que « filaire » veut dire en 2025
Soyons directs : dans un marché dominé par les ANC (Active Noise Cancelling) Bluetooth, choisir un casque filaire en 2025 est un acte presque délibérément rétrograde. Et pourtant.
Le câble, ce mal aimé, présente des avantages que l'on oublie trop facilement. D'abord, il n'y a pas de batterie. Cela semble trivial dit ainsi, mais concrètement : vous n'avez jamais à vous soucier de recharger votre casque, jamais à surveiller un pourcentage dans un coin de l'écran, jamais à interrompre une écoute au mauvais moment. En voyage, c'est un confort mental non négligeable. Vous avez déjà votre téléphone à surveiller, votre batterie externe à ménager, peut-être une liseuse électronique à alimenter. Le casque, lui, ne réclame rien.
Ensuite, la latence. Le signal filaire est transmis instantanément, sans encodage, sans décodage, sans compression Bluetooth. Pour écouter de la musique, la différence est souvent imperceptible. Mais dès que vous regardez une vidéo ou jouez à quelque chose sur votre smartphone, le décalage audio-vidéo d'une connexion Bluetooth — même en aptX ou en LDAC — peut se faire sentir. Avec un câble, le problème n'existe tout simplement pas.
Enfin, et c'est peut-être le plus subtil, la qualité pure du signal. Le Bluetooth impose une compression des données audio, même avec les meilleurs codecs. Le filaire transmet le signal dans son intégralité, tel quel, sans artefact. Pour des morceaux bien masterisés, cela peut faire une différence perceptible.
Bien sûr, le câble a ses inconvénients. Il s'accroche aux dossiers de sièges. Il peut se coincer dans les fermetures de sac. Il impose une certaine discipline de rangement. Mais pour un usage essentiellement sédentaire — dans un train, dans un avion, dans une chambre d'hôtel — ce sont des contraintes très gérables.
Le design : plié, emballé, embarqué
L'ATH-M50x est un casque circum-aural fermé — les oreillettes englobent entièrement le pavillon de l'oreille, sans le comprimer. Cette conception a deux conséquences directes : un meilleur confort sur la durée, et une isolation passive naturelle des bruits extérieurs.
Mais ce qui intéresse le voyageur en premier lieu, c'est la compacité. L'ATH-M50x plie. Chaque oreillette pivote à 90 degrés, ce qui permet d'aplatir le casque en un format tablet — plat, compact, ranger dans un sac sans effort. Une fois replié, il s'insère sans résistance dans la pochette de transport souple fournie avec le casque, une housse de bonne facture qui protège contre les rayures sans ajouter de volume inutile.
Ce système de pliage n'est pas une astuce de marketing. Il est fonctionnel, fluide, et solidement construit. Les charnières ne donnent aucun signe de fatigue même après des centaines de manipulations. L'arceau est renforcé par une bande métallique interne — on le sent à la prise en main, qui est rassurante sans être lourde.
Le poids total : 287 grammes sans câble, 341 grammes avec le câble court. C'est léger pour un casque de cette robustesse. À titre de comparaison, le Sony WH-1000XM5 (un concurrent sans fil populaire) pèse 250 grammes, mais avec la contrainte d'une batterie interne dont la capacité décline inévitablement avec le temps.
Les matériaux sont principalement des plastiques techniques de haute qualité — pas du plastique bon marché qui jaunit et craque, mais du plastique ingénieurement choisi pour sa résistance aux chocs, aux variations de température, et au vieillissement. Les coussinets d'oreille sont en similicuir avec mousse à mémoire de forme, suffisamment épais pour amortir la pression et suffisamment résistants pour ne pas s'effondrer après quelques mois. Ils sont remplaçables — c'est important.
Le son : parlons sérieusement
L'ATH-M50x est un casque de monitoring professionnel. Ce mot — monitoring — mérite une explication, parce qu'il dit quelque chose d'important sur la philosophie sonore du casque.
Un casque de monitoring est conçu pour être neutre. L'idée, c'est que l'ingénieur du son qui l'utilise en studio doit entendre le signal tel qu'il est, sans coloration, sans boost artificiel dans les basses pour paraître plus « fun », sans exagération des aigus pour simuler une clarté qu'il n'y a pas. Ce que vous entendez dans un casque de monitoring, c'est le son brut, honnête, non flatté.
Concrètement, qu'est-ce que ça donne à l'écoute ? Les basses de l'ATH-M50x sont présentes et percutantes, mais elles ne cherchent pas à impressionner. Elles restituent ce qui est dans l'enregistrement, ni plus ni moins. Les médiums sont naturels, ce qui est particulièrement appréciable pour les voix humaines, les instruments acoustiques, les podcasts. Les aigus sont détaillés sans être agressifs — pas de sibilance excessive, pas de fatigue auditive après une longue écoute.
La réponse en fréquence annoncée va de 15 Hz à 28 kHz. L'être humain moyen entend entre 20 Hz et 20 kHz, et moins bien les extrêmes en vieillissant. Mais cette plage étendue garantit que le casque ne coupe rien artificiellement, qu'il reproduit avec fidélité même les informations spectrales situées aux frontières de la perception.
Les transducteurs de 45 mm avec aimants en néodyme et bobines CCAW (aluminium recouvert de cuivre) sont la mécanique qui permet ce résultat. Le néodyme offre un champ magnétique intense dans un format compact. Le CCAW est plus léger que le cuivre standard, ce qui rend la bobine mobile plus réactive, donc plus précise dans les transitions rapides.
L'impédance de 38 ohms est un bon compromis : suffisamment basse pour être alimentée correctement par un smartphone ou un ordinateur portable sans amplificateur externe, suffisamment élevée pour bénéficier d'un ampli dédié si vous en possédez un. En pratique, l'ATH-M50x sonne bien directement depuis un iPhone ou un Samsung Galaxy, sans avoir besoin de pousser le volume à l'extrême.
La sensibilité de 99 dB/mW est correcte. Cela signifie que le casque génère 99 décibels pour 1 milliwatt de puissance d'entrée — une valeur raisonnable qui garantit un volume d'écoute confortable sans distorsion sur la plupart des sources portables.
Une précision importante : l'ATH-M50x est un casque fermé. Le design circum-aural fermé crée naturellement une isolation passive des bruits extérieurs, sans technologie active, sans batteries, sans traitement du signal. Cette isolation n'est pas aussi spectaculaire qu'un bon ANC, mais elle est suffisante pour atténuer les bruits de fond continus (moteur d'avion, climatisation, brouhaha de café) et vous permettre d'écouter à un volume raisonnable sans isoler complètement votre cerveau du monde. Vous entendrez toujours votre prénom si quelqu'un vous interpelle, ce qui, dans certains contextes, est une qualité plutôt qu'un défaut.
Les trois câbles : un détail qui change tout
La décision d'Audio-Technica de rendre le câble détachable sur la version x n'est pas anodine. Elle transforme un point de faiblesse potentiel — le câble, souvent premier élément à lâcher sur un casque — en élément remplaçable à moindre coût.
Trois câbles sont fournis dans la boîte. Prenons le temps de comprendre à quoi chacun sert vraiment, parce que dans la pratique, on n'utilise pas les mêmes selon les situations.
Le câble droit de 1,2 mètre est le câble nomade par excellence. C'est celui que vous voudrez utiliser dans un avion, dans un train, dans une salle d'attente : juste assez long pour connecter le casque à un téléphone dans la poche ou sur la tablette devant vous, sans excès de fil qui traîne et se prend dans tout. Si vous ne devez prendre qu'un câble en voyage, c'est lui.
Le câble spiralé, qui s'étend de 1,2 mètre à 3 mètres, est le plus polyvalent. Sa nature spiralée lui permet de s'allonger pour suivre vos mouvements et de se rétracter pour ne pas encombrer. Pratique si vous êtes du genre à bouger beaucoup : suivre une visite guidée avec votre smartphone dans la poche, faire du sport léger, ou simplement ne pas vouloir gérer un câble qui pend.
Le câble droit de 3 mètres est le câble de chambre. Si vous souhaitez brancher votre casque à un ordinateur posé sur un bureau pendant que vous vous installez confortablement sur le lit de votre hôtel, ce câble vous évitera de vous lever chaque fois que vous voulez ajuster le volume. Un peu encombrant en dehors de ce contexte, il vaut mieux le laisser dans sa pochette et ne l'embarquer que si vous en avez un usage précis en tête.
Les trois câbles se terminent côté casque par un connecteur Jack 3,5 mm verrouillable — un détail technique qui a son importance. Ce verrouillage empêche le câble de se débrancher intempestivement, ce qui est particulièrement appréciable quand le casque est dans un sac et que la prise de connexion risque de frotter contre d'autres objets. Du côté de la source, c'est un Jack 3,5 mm standard, universel. Un adaptateur 6,35 mm vissable est également fourni pour les équipements audio professionnels.
Confort et endurance : pour les longues distances
Un casque ne vaut rien si on ne peut pas le porter plus de deux heures sans avoir l'impression que son crâne est pris en étau. L'ATH-M50x a travaillé ce point.
L'arceau est réglable sur une plage suffisante pour accueillir aussi bien les petites têtes que les grandes. La pression latérale est présente — c'est inévitable pour un casque fermé qui doit maintenir une bonne étanchéité acoustique — mais elle reste dans des limites acceptables. Elle peut sembler un peu ferme les premiers jours ; comme pour une bonne paire de chaussures, il y a un temps de rodage pendant lequel le casque épouse progressivement la forme de votre tête.
Les coussinets sont doux, avec une mousse à mémoire de forme qui répartit la pression sans créer de points chauds. Sur une longue session d'écoute — disons six à huit heures dans un vol transatlantique — certains utilisateurs signalent une légère chaleur autour des oreilles, ce qui est la rançon du design fermé : l'air circule moins bien qu'avec un casque ouvert. Ce n'est pas propre à l'ATH-M50x, c'est une constante des casques fermés en général.
Pour atténuer ce phénomène, des coussinets alternatifs en velours sont disponibles chez des marques tierces (Brainwavz, notamment) et changent complètement le rapport à la chaleur, au prix d'une légère perte d'isolation. C'est une modification simple, peu coûteuse, qui transforme le confort longue durée du casque.
À 287 grammes, le casque ne pèse pas lourd sur la tête. Sur plusieurs heures, c'est un point non négligeable.
Ce que l'ATH-M50x ne fait pas
Il serait malhonnête de conclure cette présentation sans mentionner les limites du casque. L'honnêteté, c'est aussi ça, le bon conseil.
Pas d'ANC. L'ATH-M50x n'a pas de réduction active du bruit. Dans un avion très bruyant, l'isolation passive — aussi efficace soit-elle — ne rivalise pas avec un bon système ANC. Si vous prenez régulièrement des vols long-courriers et que le bruit des moteurs vous perturbe, un casque comme le Sony WH-1000XM5 ou le Bose QuietComfort 45 fera mieux sur ce point précis. C'est un choix conscient à faire.
Pas de Bluetooth. Nous en avons parlé : le filaire est une philosophie. Mais si vous êtes du genre à vous lever fréquemment, à vous déplacer dans votre chambre d'hôtel en écoutant de la musique, le câble peut devenir une contrainte. Certains utilisateurs gardent un adaptateur Bluetooth pour Jack 3,5 mm (comme le FiiO BTR3 ou le Radsone EarStudio ES100) dans leur trousse, ce qui permet d'utiliser l'ATH-M50x en sans-fil tout en conservant ses qualités sonores. C'est une combinaison interessante, mais qui ajoute un appareil à charger.
Pas de microphone intégré. Pour passer des appels, il faudra soit utiliser les câbles avec un microphone inline (vendus séparément), soit se contenter de parler dans le micro du téléphone. Pour certains, ce n'est pas un problème. Pour d'autres, c'est rédhibitoire.
Un son neutre qui peut décevoir. Si vous venez d'un casque grand public avec des basses boostées — un Beats ou un Bose en mode « consumer » — la neutralité de l'ATH-M50x peut vous sembler froide ou manquante. Ce n'est pas qu'il sonne mal, c'est qu'il sonne honnêtement. Certains aiment, d'autres moins. Il est préférable de le savoir avant l'achat.
Le rapport qualité-prix : parlons chiffres
L'ATH-M50x se trouve en France entre 124 et 169 euros selon les revendeurs et les périodes de promotion. C'est un prix qui peut sembler élevé pour quelqu'un habitué aux casques d'entrée de gamme, mais qui est en réalité très compétitif pour la qualité offerte.
Pour mettre en perspective : le Sony WH-1000XM5 coûte autour de 280-350 euros, le Bose QuietComfort 45 autour de 250-300 euros. Ces casques ont l'ANC et le Bluetooth, mais une batterie qui vieillira, un firmware qui peut buguer, et une conception interne nettement plus complexe — donc potentiellement plus de choses à casser. L'ATH-M50x, lui, n'a aucune électronique active : pas de puce Bluetooth, pas de processeur de traitement du signal, pas de circuit d'ANC. Moins de composants, moins de points de défaillance.
Sur le long terme, le coût de possession est particulièrement intéressant. Les coussinets sont remplaçables pour une vingtaine d'euros. Les câbles sont remplaçables pour quelques euros. L'arceau, en cas de casse (rare mais possible), est disponible en pièce détachée. Un casque que l'on peut entretenir et réparer, c'est un casque qui peut durer dix ans sans être remplacé.
Comparé à un casque jetable à 30 euros que vous remplacerez tous les deux ans, l'ATH-M50x est en réalité l'option économique sur la durée. C'est un investissement, pas une dépense.
Dans quelles situations brille-t-il vraiment ?
Pour répondre concrètement : l'ATH-M50x est particulièrement à son aise dans les contextes où vous restez relativement statique. Un vol long-courrier, un trajet en train de plusieurs heures, une soirée à l'hôtel après une journée chargée — autant de situations où vous n'avez pas besoin de liberté de mouvement et où la qualité sonore, le confort et l'endurance sans batterie prennent toute leur valeur.
Il est également excellent pour le travail nomade. Si vous emportez un ordinateur portable en voyage et que vous avez besoin de vous concentrer dans un environnement bruyant — un café, un coworking, un hall d'aéroport —, l'isolation passive du casque fermé vous protégera du brouhaha ambiant sans vous imposer le son artificiel d'un ANC. Vous entendez moins, mais ce que vous entendez reste naturel.
Pour les amateurs de musique qui voyagent, c'est un casque qui tient ses promesses indépendamment du genre musical. Jazz, classique, électronique, rock, hip-hop — la neutralité du monitoring signifie que chaque genre est restitué tel qu'il a été mixé, sans déformation. C'est rare dans cette gamme de prix.
Il convient aussi parfaitement à ceux qui regardent des films sur ordinateur ou tablette pendant leurs déplacements. Sans latence, sans synchronisation à gérer, sans batterie à surveiller : vous lancez votre film, vous branchez votre casque, et vous profitez.
Quelques mots sur la concurrence
Il serait réducteur de présenter l'ATH-M50x comme s'il n'avait pas de concurrents. Dans cette gamme de prix et avec ces caractéristiques, quelques casques méritent d'être mentionnés.
Le Sennheiser HD 400S (autour de 80-100 euros) est une alternative filaire avec un son agréable, mais sans la robustesse de construction ni la réputation de durabilité de l'ATH-M50x. Il se plie moins bien et n'est pas livré avec plusieurs câbles.
Le Beyerdynamic DT 770 Pro (autour de 130-160 euros) est un autre casque de monitoring fermé de qualité, avec une construction solide et un excellent son. Son principal inconvénient pour un usage nomade : il est plus volumineux et ne se plie pas, ce qui le rend moins pratique à transporter.
Le Sony MDR-7506 (autour de 80-100 euros) est un classique du monitoring professionnel, très léger et pliable, mais avec un câble non-amovible et un son plus agressif dans les aigus.
L'ATH-M50x se distingue de tous ces concurrents par sa combinaison unique de qualité sonore, robustesse, pliabilité et câbles interchangeables — une combinaison qui explique sa longévité commerciale et sa popularité constante.
Le meilleur équipement de voyage est celui qu'on oublie d'avoir dans son sac, parce qu'il ne pose jamais de problème. Dans cette optique, l'ATH-M50x est probablement le casque idéal pour une très large majorité de voyageurs audiophiles.
Il est robuste sans être encombrant. Il sonne bien sans chercher à impressionner. Il n'a pas de batterie, donc il ne tombera jamais en panne au mauvais moment. Il se plie en quelques secondes et disparaît dans sa pochette. Ses câbles peuvent être remplacés si l'un d'eux vient à fâcher. Et son prix — entre 124 et 169 euros — est parfaitement raisonnable pour la proposition de valeur offerte.
Il a ses limites : pas d'ANC, pas de Bluetooth, une chaleur légère lors des très longues sessions. Ce sont des contraintes réelles, pas des détails, et il faut les connaître avant d'acheter. Mais pour celui ou celle qui cherche avant tout un casque fiable, musical, portable et sans dépendance énergétique, l'ATH-M50x mérite sa réputation. C'est un outil sérieux dans un emballage discret, fabriqué par des gens qui fabriquent des équipements audio depuis 1962. Difficile de faire mieux comme lettre de recommandation.
Le voyage commence avant de partir : c'est quand on choisit son équipement qu'on décide de la qualité de l'expérience. L'ATH-M50x, c'est le choix de ne pas se poser de questions une fois dans l'avion.
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| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Type | Casque fermé, circum-aural |
| Transducteurs | Dynamiques, 45 mm |
| Aimants | Néodyme |
| Bobines | CCAW (aluminium recouvert de cuivre) |
| Réponse en fréquence | 15 Hz – 28 kHz |
| Impédance | 38 Ω |
| Sensibilité | 99 dB/mW |
| Puissance d'entrée maximale | 1 600 mW à 1 kHz |
| Poids (sans câble) | 287 g |
| Poids (avec câble) | 341 g |
| Connexion | Jack 3,5 mm (câble détachable) + adaptateur 6,35 mm vissable |
| Pliabilité | Oui — oreillettes pivotantes à 90° |
| Câbles fournis | 3 câbles : droit 1,2 m / droit 3 m / spiralé 1,2–3 m |
| Accessoires inclus | Pochette de transport souple, adaptateur 6,35 mm |
| Prix indicatif (France, avril 2025) | 124 € – 169 € |
| Disponibilité | Amazon France, LDLC, Materiel.net, Thomann, Univers Sons |
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30/04/2026
Beyerdynamic DT 1990 PRO version Mk2 (2/2)
Tests réalisés avec Fiio X5 (192k/24B ), ampli casque. Zen Air can et :
Magma - Wurdah Itah (1974, remaster 2017) - Seventh Record
Lorsqu'onpose le DT 1990 PRO Mk2 sur ses oreilles et qu'on lance Wurdah Itah, troisième opus du collectif de Christian Vander, on comprend immédiatement pourquoi ce casque allemand a été conçu pour le studio : il ne pardonne rien, absolument rien. Et avec Magma, cette intransigeance devient aussi fascinante qu'épuisante. Le groupe français, qui avait inventé de toutes pièces une langue (le kobaïen) et un univers musical aussi hermétique qu'ambitieux, déploie ici une architecture sonore d'une densité folle. Les percussions de Vander, véritables fondations rythmiques de cet édifice progressif, explosent avec une précision chirurgicale dans le spectre des médiums-graves du Beyerdynamic. Chaque frappe de caisse claire, chaque roulement de timbales possède un corps, une texture, une localisation spatiale qui rendent justice à l'approche quasi tribale du batteur-compositeur. Le remaster de 2017 a visiblement travaillé sur la séparation des plans sonores, et le DT 1990 PRO Mk2 s'en donne à cœur joie pour décortiquer les strates : les chœurs kobaïens (cette polyphonie masculine gutturale qui évoque autant Orff que Coltrane) se détachent avec une clarté impressionnante, chaque voix trouvant sa place dans l'espace stéréophonique sans jamais se marcher dessus. La basse de Jannick Top, élément moteur de la machine Magma, bénéficie d'un rendu particulièrement flatteur grâce à l'extension en grave du casque, qui restitue la rondeur du son tout en préservant l'attaque nerveuse des notes. Là où le HD650 aurait tendance à lisser l'ensemble dans un velouté chaleureux (agréable mais moins fidèle), le Beyerdynamic maintient une tension permanente qui colle parfaitement à l'urgence quasi mystique de cette musique.
Mais cette analytique impitoyable révèle aussi les limites de l'enregistrement d'époque : certaines saturations dans les cuivres (Klaus Blasquiz au trombone notamment), probablement dues aux contraintes techniques du studio Ferber en 1974, apparaissent crues, presque agressives dans les aigus. Le DT 1990 PRO Mk2 ne masque rien, et sur des passages comme "Troller Tanz" où tout le monde joue ensemble dans une sorte de transe cosmique, on frôle parfois la limite de la saturation auditive. C'est là qu'on comprend la pertinence du HD650 pour les écoutes prolongées : après quarante minutes de kobaïen intense, les oreilles réclament un peu de douceur. Votre combinaison FiiO X5 / Zen Air Can fait parfaitement le job pour piloter les 250 ohms du Beyerdynamic, offrant la réserve de puissance nécessaire pour maintenir la dynamique explosive de Magma sans compression. L'ampli d'iFi apporte d'ailleurs une touche de chaleur bienvenue qui tempère légèrement le caractère analytique du casque, créant un équilibre intéressant. Wurdah Itah devient ainsi une expérience d'écoute totale, presque physique : on entend littéralement le souffle des musiciens, les craquements des baguettes, les résonances des peaux de batterie. C'est magnifique, épuisant, et absolument révélateur des capacités du DT 1990 PRO Mk2 à transformer une simple séance d'écoute en séance d'analyse sonore. Pour le meilleur et, sur la durée, parfois pour le plus fatigant.
Bryan Ferry - Mamouna (Deluxe) (2023) -BMG
Quand Bryan Ferry décide en 1994 d'enregistrer Mamouna après six années de silence, il ne fait pas les choses à moitié : studios londoniens haut de gamme, musiciens de session triés sur le volet (dont le regretté Robin Trower à la guitare), et une production léchée qui confine à l'obsession du détail. Cette version deluxe de 2023, avec son remasterisation soignée et ses bonus, devient sur le DT 1990 PRO Mk2 un véritable terrain de jeu audiophile. Dès les premières notes de "Don't Want to Know", on comprend que le casque Beyerdynamic va se régaler : la production mid-90s, qui mélange élégance analogique et précision numérique naissante, offre une palette de textures que le casque allemand restitue avec une gourmandise évidente. La voix de Ferry, cette espèce de crooner désabusé et élégant, flotte au centre de la scène sonore avec une présence quasi holographique. Le DT 1990 PRO Mk2 excelle à rendre les subtilités du grain vocal, les inflexions, les respirations – tout ce qui fait qu'une voix n'est pas qu'une mélodie mais une présence physique. Sur "The Only Face", ballade magnifique où Ferry se met à nu vocalement, on perçoit chaque nuance émotionnelle, chaque micro-variation de timbre qui transforme ce qui pourrait être simplement beau en quelque chose de véritablement émouvant.
La scène sonore, parlons-en : elle est vaste, profonde, structurée comme un décor de théâtre où chaque instrument occupe sa place avec une précision millimétrique. Les guitares de Trower, travaillées en multi-couches avec effets et réverbérations subtiles, se déploient latéralement sans jamais envahir l'espace central réservé à la voix. Les synthétiseurs (très présents mais jamais envahissants dans l'esthétique Ferry) créent des nappes atmosphériques que le Beyerdynamic positionne en profondeur, donnant une vraie tridimensionnalité à l'ensemble. La section rythmique, discrète mais efficace, bénéficie de cette précision analytique : chaque coup de charleston, chaque frappe de grosse caisse possède son attaque et sa décroissance propres. Comparé au HD650 qui tendrait à fondre tout cela dans une ambiance plus homogène et chaleureuse (parfaite pour l'univers mélancolique de Ferry, d'ailleurs), le DT 1990 PRO Mk2 maintient une séparation clinique qui permet d'apprécier le travail titanesque de production. Sur "Wildcat Days" notamment, où s'entremêlent guitares acoustiques, percussions latines et arrangements de cordes synthétiques, le casque allemand jongle entre les éléments sans jamais perdre le fil.
Notre chaîne FiiO/iFi trouve ici un terrain d'expression idéal : le Zen Air Can, avec son circuit Class A, apporte juste ce qu'il faut de rondeur pour éviter que l'analytique du Beyerdynamic ne devienne clinique au point d'être froid. Car c'est là le piège avec Mamouna : l'album est déjà assez parfait, assez poli dans sa production pour frôler parfois l'aseptisation. Un casque trop neutre pourrait accentuer cette impression de distance émotionnelle. Heureusement, le DT 1990 PRO Mk2, malgré sa réputation d'outil analytique, conserve suffisamment de corps dans les médiums pour que la musique reste incarnée. Les bonus de l'édition deluxe, notamment les versions alternatives et les démos, révèlent d'ailleurs des aspects plus bruts, plus immédiats de ces chansons, et c'est là que le casque montre toute sa polyvalence : capable de décortiquer la sophistication de la version finale comme de restituer l'énergie plus spontanée des esquisses. Un régal pour les aficionados de Ferry qui veulent tout entendre, tout comprendre de ce processus créatif.
Michel Legrand - La musique au pluriel (2012) -EmArcy
Michel Legrand, ce génie polymorphe qui naviguait avec une aisance déconcertante entre jazz, chanson française, musique de film et expérimentations orchestrales, trouve dans La musique au pluriel (compilation ou réédition sortie en 2012, selon les versions) un écrin parfait pour démontrer l'étendue de son talent. Et le DT 1990 PRO Mk2 devient l'outil idéal pour apprécier cette diversité stylistique qui pourrait désarçonner un casque moins polyvalent. Prenez "Les moulins de mon cœur" dans sa version orchestrale : l'arrangement subtil, où les cordes dialoguent avec le piano de Legrand lui-même, exige une restitution à la fois précise et musicale. Le Beyerdynamic s'en tire avec les honneurs, offrant cette résolution dans les aigus qui permet de distinguer chaque pupitre de cordes sans que l'ensemble ne devienne analytique au point de perdre son âme. Le vibrato des violons, les attaques délicates du piano – tout est là, lisible, cohérent, musical.
Mais c'est peut-être sur les arrangements jazz que le casque révèle une facette parfois sous-estimée de ses capacités : sa musicalité. Car oui, malgré sa réputation d'outil de studio sans concession, le DT 1990 PRO Mk2 sait swinguer. Les big band arrangements de Legrand, avec leurs sections de cuivres puissantes et leurs rythmiques précises, bénéficient de cette capacité du casque à gérer les transitoires rapides sans compression. Chaque coup de cymbale possède son éclat naturel, chaque frappe de caisse claire son claquant, tandis que la contrebasse maintient une fondation grave à la fois précise et charnue. Sur des morceaux comme "Chanson de Maxence" (thème des Demoiselles de Rochefort), l'exubérance orchestrale explose littéralement dans le casque : les trompettes brillent sans jamais agresser, les trombones grondent dans les graves avec autorité, et la section rythmique tient tout cela ensemble avec un timing parfait que le Beyerdynamic restitue fidèlement. La scène sonore, particulièrement large sur ces enregistrements soignés, permet de visualiser mentalement la disposition de l'orchestre, presque comme si on y était.
Évidemment, tout n'est pas parfait. Sur certains enregistrements plus anciens présents dans cette compilation, les limites techniques de l'époque (compression dynamique, bande passante réduite) apparaissent crues, presque trop évidentes avec ce casque analytique. Là où le HD650 aurait tendance à arrondir les angles, à patiner gentiment ces imperfections dans un velouté nostalgique, le DT 1990 PRO Mk2 les expose sans pitié. C'est parfois frustrant, surtout quand on connaît le génie de Legrand et qu'on aimerait l'entendre dans les meilleures conditions possibles. Mais c'est aussi honnête : le casque ne ment pas, ne travestit pas, il présente la musique telle qu'elle a été enregistrée. Votre ampli Zen Air Can aide d'ailleurs à tempérer légèrement cette véracité parfois brutale, injectant une touche de chaleur qui rend l'écoute prolongée plus confortable. Car c'est bien le problème avec Legrand : on voudrait tout écouter d'une traite, se laisser porter par ce flux mélodique ininterrompu, mais la précision impitoyable du Beyerdynamic demande une attention soutenue qui peut, sur la durée, devenir fatigante. Le HD650, dans ce contexte, offrirait une alternative séduisante pour les marathons Legrand, sacrifiant un peu de détail analytique au profit d'un confort qui permet de se concentrer sur l'essentiel : la beauté des mélodies et la sophistication des harmonies. Reste que pour une écoute attentive, pour vraiment apprécier le travail d'orchestration et la richesse des arrangements, le DT 1990 PRO Mk2 n'a pas d'équivalent dans cette gamme de prix.
Leif Segerstam, Turku PO - Sibelius : Pelléas et Mélisande Suite, Musik zu einer Szene (2015) - Naxos
Sibelius en haute résolution sur un casque analytique allemand : voilà qui pourrait soit révéler des sommets de beauté orchestrale, soit transformer l'expérience en dissection anatomique d'une partition. Avec cette interprétation du chef finlandais Leif Segerstam (disparu en 2024, hélas) à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Turku, captée en 24 bits/96 kHz, on touche heureusement au premier scénario. Le DT 1990 PRO Mk2, alimenté par notre FiiO X5 capable de restituer nativement ces fichiers haute définition, se transforme en microscope sonore qui permet de pénétrer au cœur de l'univers orchestral sibélien. Dès l'ouverture de la suite Pelléas et Mélisande (musique de scène composée en 1905 pour la pièce de Maeterlinck), on est saisi par la profondeur de la prise de son : l'acoustique de la salle apparaît comme une présence tangible, presque palpable, enveloppant les instruments dans un espace tridimensionnel d'un réalisme troublant. Les cordes graves qui ouvrent "At the Castle Gate" émergent d'un silence abyssal avec une texture veloutée que le Beyerdynamic rend avec une sensualité inattendue pour un casque réputé analytique.
Segerstam, connu pour ses tempos généreux et son approche romantique du répertoire nordique, prend son temps, laisse respirer chaque phrase, et le DT 1990 PRO Mk2 capte ces micro-silences entre les notes qui font tout le sel d'une interprétation vivante. Sur "Mélisande", ce mouvement d'une tendresse déchirante, les bois (hautbois et flûte notamment) dialoguent avec une délicatesse que le casque préserve miraculeusement : les transitoires sont rapides mais jamais agressives, les timbres conservent leur richesse naturelle sans coloration excessive. C'est là qu'on mesure la différence avec le HD650 : le Sennheiser offrirait sans doute une approche plus "fondante", plus immédiatement émotive dans sa chaleur, mais au prix d'une légère perte de résolution dans les détails microcosmiques – ces bruits de clés de flûte, ces respirations des musiciens, ces frottements d'archets qui, paradoxalement, donnent vie à la musique plutôt que de la déshumaniser. Le format 24-96 révèle ici toute sa pertinence : l'extension en fréquences extrêmes (notamment dans les aigus) et la dynamique préservée permettent au casque de déployer une palette de nuances qui rend justice à l'écriture sibélienne, tout en subtilité et en clair-obscur.
Musik zu einer Szene, pièce moins connue mais tout aussi fascinante, bénéficie d'un traitement similaire. Cette musique d'ambiance, composée en 1904, joue sur des atmosphères brumeuses typiquement nordiques que Sibelius maîtrisait comme personne. Le DT 1990 PRO Mk2 excelle à rendre ces textures orchestrales complexes où tout se passe dans les demi-teintes : les tremolos de cordes qui évoquent la brume sur un lac finlandais, les interventions sporadiques des cuivres en sourdine, les timbales roulant doucement dans le lointain. La spatialisation est remarquable : on perçoit distinctement la disposition de l'orchestre, avec les contrebasses à gauche, les violons premiers à droite, les bois au centre légèrement en retrait. Votre ampli Zen Air Can, avec sa signature légèrement chaleureuse, apporte exactement le contrepoids nécessaire pour que cette précision analytique ne vire pas au froid clinique. Car c'est bien le danger avec Sibelius : trop de neutralité et on perd cette mélancolie nordique, cette nostalgie qui imprègne chaque mesure. Heureusement, le DT 1990 PRO Mk2, malgré son image d'outil de monitoring, conserve suffisamment d'âme pour transmettre l'émotion. Après une heure d'écoute concentrée, certes, les oreilles réclament une pause – le confort n'est pas le point fort du casque, surtout comparé au douillet HD650 – mais quelle heure ! Une immersion totale dans l'orchestre, une compréhension intime de la partition, une communion avec l'intention du compositeur rarement atteinte avec un simple casque. Du très, très grand art.
Ay Yola - Ural Batyr (2025) - Label Ay Yola
Voilà qui sort des sentiers battus : Ay Yola, projet du musicien bashkir Aydar Gaynullin, vient tout juste de sortir Ural Batyr, un album qui fusionne instruments traditionnels d'Asie centrale (koubyz, kuraï), électronique moderne et influences progressives. Tester ça sur un DT 1990 PRO Mk2, c'est un peu comme utiliser un microscope électronique pour observer un papillon : techniquement fascinant, potentiellement révélateur, mais avec le risque de perdre la magie globale à force de scruter les détails. Dès les premières secondes du morceau-titre, on comprend que cet album a été conçu pour l'écoute casque : la production multi-couches, avec ses field recordings de steppes bashkires mixés à des synthétiseurs modulaires et des rythmiques électroniques complexes, crée un paysage sonore d'une richesse folle que le Beyerdynamic s'empresse de décortiquer avec son zèle habituel. Le koubyz, cet instrument à cordes bashkir au son guttural et hypnotique, résonne avec une présence physique impressionnante : on entend la vibration de la caisse de résonance, le frottement de l'archet, chaque harmonique qui se déploie dans l'espace stéréophonique élargi artificiellement par la production.
Les beatmakers et producteurs qui ont travaillé sur cet album (dont certains issus de la scène électronique moscovite) ont visiblement fait un travail de fou sur le placement spatial des éléments. Sur "Aksakal's Dream", par exemple, les percussions traditionnelles (doumbek, davul) sont positionnées latéralement tandis que les nappes de synthés occupent l'arrière-plan et que la voix de Gaynullin (quand il chante, ce qui est rare, l'album étant majoritairement instrumental) flotte au centre. Le DT 1990 PRO Mk2 jongle avec ces différents plans comme un chef d'orchestre avec ses pupitres, maintenant une clarté et une séparation qui permettent d'apprécier chaque détail du mix sans jamais perdre la cohérence de l'ensemble. Les basses électroniques, très présentes et profondément ancrées dans les fréquences graves, bénéficient de l'extension du casque qui descend bas sans floculation ni bavure. Sur "Steppe Resonance", quand la grosse caisse électronique entre en dialogue avec le bourdon du koubyz, on sent physiquement la pression acoustique – pas au niveau d'un planar ou d'un fermé basshead, certes, mais avec une précision et un contrôle qui impressionnent.
Maintenant, soyons honnêtes : ce type de musique hybride, entre tradition et modernité, entre acoustique et électronique, peut parfois sonner artificiellement "construit" sur un casque aussi révélateur. Certains traitements numériques, certaines réverbérations algorithmiques apparaissent pour ce qu'elles sont : des effets ajoutés en post-production plutôt que des espaces acoustiques naturels. Le HD650, avec sa tendance à lisser et harmoniser l'ensemble, offrirait probablement une écoute plus "fondue", plus immersive au sens où on se laisserait porter par l'atmosphère sans analyser les coutures. Mais justement, l'intérêt du DT 1990 PRO Mk2 sur un album comme Ural Batyr, c'est de comprendre comment cette musique est fabriquée, assemblée, construite. C'est moins une expérience contemplative qu'une exploration technique – et c'est passionnant à sa manière. Votre chaîne FiiO/iFi gère admirablement bien la dynamique importante de l'album (des passages quasi silencieux aux explosions rythmiques brutales) et la complexité fréquentielle (des sub-bass synthétiques aux aigus cristallins du kuraï). Après quarante minutes d'écoute intensive, par contre, les limites du confort du Beyerdynamic se font sentir : là où le HD650 vous laisserait poursuivre pendant des heures, le DT 1990 PRO Mk2 demande des pauses. Mais quelle découverte ! Ce mélange étonnant de musique bashkire ancestrale et de production contemporaine trouve dans ce casque analytique un révélateur idéal, qui permet d'apprécier à la fois l'authenticité des instruments traditionnels et la sophistication de la production moderne. Un pari réussi, pour l'album comme pour le casque.
08:18 Publié dans Actualité, Casque Hi-fi | Lien permanent | Commentaires (0) |
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