19/06/2026
Guerre et effet de serre (2/2)

Tucker Carlson ou le journalisme sanitaire
Si une voix porte, avec le maximum d'efficacité rhétorique, la synthèse explosive qui réunit les affaires Epstein, la question de Gaza et la menace d'une guerre contre l'Iran, c'est bien celle de Tucker Carlson. L'ancien présentateur vedette de
Fox News, renvoyé par le groupe Murdoch en avril 2023 dans des circonstances qui demeurent partiellement obscures, a réussi depuis lors une reconversion qui illustre à merveille la recomposition du paysage médiatique américain à l'ère des réseaux sociaux.
Présent sur la plateforme X (anciennement Twitter), avec plusieurs dizaines de millions d'abonnés, Carlson a su construire une audience qui transcende les clivages partisans habituels. Son positionnement est singulier : ni droite ni gauche au sens traditionnel, mais un populisme souverainiste qui emprunte à la fois à Pat Buchanan, à Ron Paul et à une certaine tradition anti-impérialiste de la gauche américaine. Cette posture lui permet d'attirer des auditeurs aux profils très différents, unis par une méfiance commune envers ce qu'il appelle, avec une régularité obsessionnelle, « la classe dirigeante » (the ruling class).
C'est dans ce contexte qu'il faut lire une interview accordée début 2026, dans laquelle Carlson a formulé des accusations d'une portée considérable, accusant le gouvernement israélien de protéger des dizaines de pédocriminels recherchés par la justice américaine et affirmant que Jeffrey Epstein était un agent du Mossad, le service de renseignement extérieur israélien.
Ces affirmations — dont certaines circulent depuis des années sans avoir été ni prouvées ni formellement réfutées par les agences de renseignement américaines — méritent une lecture prudente, mais il est évident qu'aucune des deux thèses ne recevra une réponse officielle car trop explosive. Il faudra attendre la déclassification des archives et encore. La thèse d'une connexion entre Epstein et le
Mossad, avancée par certains journalistes d'investigation dont Seymour Hersh, repose sur des éléments fragmentaires et des témoignages non corroborés. Ce qui est en revanche documenté, c'est qu'Epstein bénéficiait de connexions extraordinairement étendues avec des milieux de renseignement de plusieurs pays, et que sa capacité à opérer impunément pendant des décennies reste inexpliquée par les seuls facteurs de corruption domestique américaine.
Le réquisitoire de Carlson contre l'engagement militaire américain au service d'Israël s'appuie sur une généalogie historique d'une logique implacable : « Nous avons fait la guerre en Irak, et c'était pour Israël », a-t-il affirmé, reprenant une thèse que l'on trouve aussi bien chez des analystes néo-réalistes sérieux, comme John Mearsheimer et Stephen Walt (The Israel Lobby, 2007), que dans les marges les plus conspirationnistes de l'internet. Pour lui, Benyamin Netanyahou exercerait sur l'administration américaine une pression constante pour un « changement de régime en Iran ».
La force rhétorique de Carlson réside précisément dans son mélange de faits vérifiables, d'inférences tellement vraisemblables que seuls insultes et anathèmes tentent de les réfuter. Ce mélange, caractéristique du journalisme indépendant à l'ancienne et soutenu par des spectateurs de moins en moins dupes, est particulièrement difficile à contrer par le système politique, médiatique et marchand en place, incapable de réfutations factuelles classiques, parce que trop d'éléments factuels véritables lui donnent tort.
« La guerre Epstein » : anatomie d'une formule
L'expression a été lancée par Tara Reade, ex-collaboratrice du sénateur puis vice-
président Joe Biden, dont elle avait accusé ce dernier d'agression sexuelle en 2020. Reade, devenue une voix de la dissidence anti-establishment aux États-Unis, a déclaré lors d'une émission en ligne diffusée au moment des premières frappes sur Téhéran que la guerre n'était pas une guerre iranienne mais ce qu'elle a appelé une guerre Epstein — une tentative de cacher ce que cette classe dirigeante est en train de faire.
La formule a immédiatement fait le tour d'Internet, amplifiée par des dizaines de comptes à forte audience. Sa puissance tient à sa compacité : elle réduit une situation géopolitique complexe à une causalité simple et mémorable, reliant deux objets médiatiques déjà présents dans l'espace mental du public.
Dans la même intervention, Reade a avancé qu'environ 9 500 individus constitueraient la véritable « classe décisionnaire » mondiale : un réseau d'intérêts interconnectés, circulant entre les grandes banques, les fonds d'investissement souverains, les agences de renseignement, les cercles politiques et les médias dominants, que la révélation de complicités dans des scandales sexuels d'ampleur pourrait déstabiliser de façon irréversible. Ce chiffre est invérifiable en tant que tel. Mais il renvoie à un débat académique réel sur la concentration du pouvoir dans les sociétés contemporaines. Les travaux du sociologue C. Wright Mills, qui dès 1956 décrivait dans The Power Elite l'existence d'une élite américaine
relativement restreinte contrôlant les grandes décisions militaires, économiques et politiques, ou ceux de Thomas Piketty sur la reconcentration des richesses dans un nombre de mains de plus en plus limité, donnent à cette intuition populiste une assise théorique plus sérieuse qu'il n'y paraît à première lecture.
La thèse de la guerre comme « balai médiatique » n'est pas, dans sa structure logique, absurde. Elle repose sur une observation banale : les guerres saturent l'espace informationnel. Elles imposent un récit dominant — le choc des civilisations, la sécurité nationale, le patriotisme — qui rend difficile le maintien de l'attention sur d'autres sujets. Elles créent une pression à l'union sacrée qui marginalise les voix dissidentes. Elles donnent aux gouvernants un rôle noble qui renforce leur autorité symbolique face à une opinion qui les contestait.
L'histoire offre des précédents qui alimentent cette suspicion. La théorie classique de la « queue qui remue le chien » (Wag the Dog) — popularisée par le film homonyme de Barry Levinson (1997), sorti quelques mois avant le scandale
Monica Lewinsky — repose sur l'idée que les dirigeants politiques peuvent utiliser les crises militaires pour détourner l'attention de leurs difficultés intérieures. Des travaux académiques sérieux — notamment ceux du politologue Jack Levy sur la théorie de la « diversion de conflits » (diversionary conflict theory) — montrent que, si la causalité directe est difficile à établir, il existe une corrélation statistique entre les difficultés intérieures des dirigeants et leur propension à recourir à la force militaire à l'étranger.
La boucle fermée : élites, impunité et guerre
Revenons à l'observation centrale qui donne à ce dossier sa cohérence analytique. Nous avons vu comment des élites de droite et de gauche, d'ordinaire irréconciliables sur presque tous les sujets de politique intérieure, peuvent partager une même vulnérabilité face aux révélations des « fichiers Epstein ». Elles s'entredéchirent sur le budget, l'avortement, l'immigration, le changement climatique — mais elles ont un intérêt vital commun à ce que les projecteurs s'éteignent sur les listes de noms et les îles privées.
Cette observation n'implique pas l'existence d'une conspiration coordonnée — la notion même de conspiration coordonnée entre des acteurs politiques aussi disparates et concurrents est peu vraisemblable. Elle implique quelque chose de plus subtil et de plus systémique : la convergence spontanée d'intérêts similaires, sans nécessité de concertation explicite. Dans un système politique où les élites des deux camps ont un intérêt partagé à préserver certaines opacités, les mécanismes institutionnels qui devraient garantir la transparence tendent à être collectivement affaiblis, non pas par un complot mais par l'action combinée d'acteurs multiples poursuivant leurs intérêts propres.
Il faut ici lever toute ambiguïté sur ce que cette analyse implique et ce qu'elle n'implique pas. Affirmer que la guerre contre l'Iran arrive « à point nommé » pour offrir à une élite transnationale compromise une forme de répit médiatique, ce n'est pas affirmer que cette guerre a été déclenchée à cette seule fin. Les causes d'une guerre sont toujours multiples, enchevêtrées, et rarement réductibles à un seul facteur.
Ce qui est en revanche analytiquement pertinent, c'est d'observer que la guerre — toute guerre — produit un effet de saturation de l'espace médiatique et de l'indignation publique. Dans un monde où la capacité d'attention est une ressource rare et disputée, le passage en mode « crise militaire majeure » remodèle inévitablement les hiérarchies de l'information. Les rédactions déplacent leurs ressources, les journalistes d'investigation se trouvent soudain secondaires par rapport aux correspondants de guerre, les sujets de politique intérieure passent au second plan. Ce n'est pas une théorie de la conspiration : c'est une description de la sociologie des médias d'information.
L'auteur américain Glenn Greenwald a écrit à ce propos : « La fonction de la guerre dans l'architecture médiatique moderne n'est pas seulement de tuer des gens à l'étranger, c'est de tuer des sujets à l'intérieur. » La formule est provocatrice, mais elle désigne un mécanisme réel.
Ce qui distingue le moment actuel des crises précédentes, c'est l'intersection d'une opinion publique d'une méfiance historiquement inédite et d'une guerre qui intervient au pire moment pour ceux qui doivent la justifier. Jamais, dans l'histoire récente des démocraties occidentales, les opinions publiques n'ont été aussi méfiantes envers leurs gouvernements sur plusieurs dimensions simultanées. Selon l'édition 2025 du Edelman Trust Barometer, la confiance dans les gouvernements nationaux a atteint un plancher historique dans seize des vingt-huit pays étudiés. En France, 73 % des personnes interrogées estiment que « les dirigeants leur mentent délibérément ». En Grande-Bretagne, ce chiffre est de 67 %.
Dans ce contexte, la gauche regarde Gaza et conclut que ses gouvernements sont complices d'une politique qu'elle considère comme criminelle. La droite populiste regarde les fichiers Epstein et conclut que ses gouvernements protègent une élite corrompue. Les deux partent de prémisses différentes mais arrivent à la même conclusion amère : on nous ment, et ceux qui nous gouvernent ne sont pas ce qu'ils prétendent être.
Le risque du retournement
Le danger ultime de la logique que nous avons décrite — la guerre comme balai médiatique, la crise géopolitique comme diversion — est précisément qu'elle risque de se retourner contre ceux qui en attendraient un bénéfice. Car si la saturation médiatique produite par la guerre réduit temporairement l'espace disponible pour d'autres scandales, elle n'en détruit pas les causes profondes. Et lorsque la crise militaire elle-même génère ses propres scandales — ses propres morts civiles, ses propres images insoutenables, ses propres révélations sur les motivations réelles de ceux qui l'ont déclenchée ou soutenue —, elle ne sert plus de diversion : elle devient un amplificateur de la colère populaire.
C'est précisément ce que la guerre à Gaza a démontré. Conçue, du moins en partie, comme une guerre visant à restaurer la dissuasion et le prestige d'Israël après le traumatisme du 7 octobre, elle a produit, en termes d'image internationale d'Israël et de légitimité de ses alliés occidentaux, un effet désastreux. L'onde de choc de cette désintégration de la légitimité internationale est encore loin d'être mesurable dans toutes ses conséquences.
Si la population finit par croire — et les sondages indiquent qu'une partie significative est déjà en train d'y croire — que des guerres sont menées, même partiellement, pour couvrir des crimes commis par des élites ou pour servir des intérêts que l'on ne peut pas dire à voix haute, alors ce n'est plus seulement la politique étrangère américaine ou européenne qui sera discréditée. C'est le principe même de l'autorité morale de l'Occident.
Cette autorité morale, déjà gravement entamée par l'Irak, par les révélations de la
NSA publiées par Edward Snowden, par les photographies d'Abou Ghraib, par des décennies de soutien à des régimes autoritaires au nom de la Realpolitik, reposait sur un postulat minimal : que les démocraties occidentales, malgré leurs contradictions et leurs hypocrisies, demeuraient fondamentalement différentes des autocraties parce qu'elles étaient capables de se réformer, d'établir la vérité sur leurs propres fautes, et de sanctionner ceux qui les commettaient. C'est ce postulat minimal que les affaires Epstein et Jeffries, dans leur impunité persistante, mettent en question.
La démocratie et ses propres anticorps
Il serait cependant réducteur, et intellectuellement malhonnête, de conclure ce tableau sur une seule note. Les démocraties libérales ont montré, dans leur histoire, une capacité réelle à produire leurs propres anticorps, hélas avec beaucoup de retard, quand le mal est fait. C'est le Congrès américain — institution représentative — qui a mis fin à la guerre du Vietnam, pas les militaires. C'est la presse libre — malgré ses imperfections et ses compromissions — qui a révélé le Watergate, Abu Ghraib, les fichiers du Pentagone. C'est la société civile — mouvements citoyens, ONG, lanceurs d'alerte — qui a forcé les premières condamnations dans l'affaire Epstein.
Le politologue très militant Francis Fukuyama, dans son ouvrage Political Order and Political Decay (2014), a tenté de théoriser la différence entre « repatrimonialisation » du politique — le processus par lequel des intérêts privés capturent progressivement les institutions publiques — et les contre-forces qui, périodiquement, inversent ce processus. Selon lui, les démocraties libérales ont une capacité intrinsèque à se réformer que les autocraties n'ont pas, précisément parce qu'elles disposent d'institutions indépendantes — judiciaires, médiatiques, académiques — qui peuvent agir comme correctifs, même imparfaitement. C'est une vision optimiste, naïve ou plus certainement engagée, fort peu étayée par les faits. Aux dernières nouvelles, Fauci est un homme libre, P.Diddy juste condamné à 50 mois d'emprisonnement et on ne doit plus parler de l'affaire Epstein car les indices boursiers sont bons (Pam Bondi).
Vers une écologie de la méfiance
La méfiance généralisée que nous avons décrite n'est pas seulement un état d'esprit négatif à dissiper par de meilleures communications gouvernementales. Elle est aussi, dans une certaine mesure, un signe de santé démocratique : les sociétés où les citoyens croient aveuglément ce que leurs gouvernants leur disent ne sont pas des démocraties, ce sont des autocraties. La méfiance est le moteur de la demande de transparence, de la vigilance citoyenne, de la résistance aux abus du pouvoir.
Le philosophe politique Onora O'Neill, dans une série de conférences BBC diffusées en 2002 (publiées sous le titre A Question of Trust), a attiré l'attention sur une distinction cruciale : il ne faut pas confondre méfiance généralisée et méfiance sélective. Une démocratie saine n'est pas une démocratie où tout le monde fait confiance à tout le monde — elle est une démocratie où les citoyens disposent des outils pour distinguer les institutions et les acteurs qui méritent leur confiance de ceux qui ne la méritent pas.
Le problème actuel n'est donc pas la méfiance en soi, c'est l'effondrement de ces outils de discernement. Quand la presse est elle-même perçue comme partiale et complice, quand la justice est perçue comme sélective, quand les experts sont soupçonnés de servir les intérêts de ceux qui les financent, il ne reste plus que la méfiance indifférenciée — celle qui ne distingue plus entre la vérité et le mensonge, entre la vraie révélation et la théorie fabriquée.
C'est pourquoi la responsabilité première dans la crise actuelle incombe non pas aux théoriciens dits du complot, aux populistes médiatiques ou aux citoyens méfiants — mais aux élites qui ont rendu cette méfiance rationnelle et surtout civique. Jeffrey Epstein a pu opérer pendant des décennies non pas parce que les institutions américaines étaient structurellement incapables de le stopper, mais parce que des individus, à chaque niveau de ces institutions, ont choisi de ne pas le stopper. Abercrombie & Fitch a pu couvrir son ancien dirigeant non pas parce que la loi le permettait incontestablement, mais parce que des avocats, des juges et des actionnaires ont choisi de laisser faire.
Les gouvernements occidentaux ont soutenu la politique militaire israélienne à Gaza non pas parce qu'ils ne comprenaient pas les conséquences sur leur propre opinion publique, mais parce que d'autres considérations — diplomatiques, stratégiques, électorales — ont primé. Et maintenant que les frappes pleuvent sur l'Iran, ils présentent à leurs opinions des justifications géopolitiques dont la crédibilité est inversement proportionnelle à la profondeur de la défiance qu'ils ont eux-mêmes contribué à installer.
La conclusion est sombre, mais elle est logique : ce sont les élites qui ont créé les conditions de leur propre délégitimation. Et si elles ne prennent pas la mesure de ce qu'elles ont ainsi construit, elles découvriront que la guerre — y compris la guerre réelle, avec ses morts et ses destructions — ne constitue pas une sortie de crise, mais une escalade dans une crise dont elles ne voient peut-être pas encore le fond.
Notre titre est emprunté à la physique climatique. Dans un effet de serre, les rayonnements qui devraient s'échapper dans l'atmosphère restent piégés dans les couches basses, produisant un réchauffement cumulatif qui finit par modifier l'ensemble du système. C'est précisément ce qui se passe dans le corps politique occidental.
Les scandales qui devraient être traités, jugés, sanctionnés et finalement intégrés dans la mémoire collective comme des leçons institutionnelles, restent piégés dans des procédures interminables, des demi-vérités calculées, des transparences simulées. Ils ne se dissipent pas : ils s'accumulent. Ils chauffent. Et la chaleur qu'ils produisent — sous la forme d'une méfiance populaire croissante et légitime, d'une colère diffuse qui cherche des objets de projection, d'une vulnérabilité croissante aux récits simplificateurs et aux démagogues de toute nature — finit par affecter l'ensemble du système politique déjà bien mal en point.
La guerre contre l'Iran, si elle se poursuit, produira ses propres images, ses propres scandales, ses propres victimes civiles dont les photos circuleront sur les mêmes réseaux sociaux. Celles des écolières iraniennes bombardées n'est qu'un début. La capture de TikTok autorisant une censure intense et toxique ne changera rien. Elle ne refroidira pas le système. Elle le chauffera davantage.
Ce que cette analyse demande, en fin de compte, n'est pas de croire que toutes les théories alternatives (certaines sont même fabriquées par les pouvoirs politique et marchands en place pour nuire aux analyses dérangeantes par amalgame) sont vraies, ni que les gouvernements sont uniformément corrompus et criminels. Elle demande quelque chose de plus modeste et de plus exigeant : que les institutions agissent comme elles ont été conçues pour agir. Que les enquêtes soient menées jusqu'au bout, indépendamment de l'identité des suspects. Que les guerres soient justifiées avec des arguments qui résistent à l'épreuve du doute raisonnable. Que la transparence soit le principe, et l'opacité l'exception strictement justifiée — non l'inverse. Mais ce souhait se heurte à la mémoire, il demande de croire au Père Noël.
Faute de quoi, l'effet de serre continuera de s'intensifier. Et dans un système surchauffé, les orages sont inévitables, ils ne sont pas toujours inutiles.
11:11 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |
|
Facebook | | |







