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08/05/2026

Le Rapport Alloncle ou la vision bien modérée d'un marigot

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Le 28 octobre 2025, l'Assemblée nationale crée, à l'initiative du groupe Union des droites pour la République (UDR), une commission d'enquête sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public ». Sa présidence est confiée à Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), et son rapporteur à Charles Alloncle (UDR).

Dès le départ, la Commission travaille dans une ambiance délétère. Les six mois d'auditions sont émaillés de nombreux incidents, avec des échanges houleux entre les députés et des personnalités du secteur auditionnées.

Mais c'est le 26 avril 2026 que le scandale éclate. Le journal Le Monde révèle que Lagardère News (groupe contrôlé par Vincent Bolloré) a envoyé des listes de questions à plusieurs députés, dont Charles Alloncle, afin qu'ils les posent aux personnes auditionnées. Radio France s'émeut alors de « collusions éventuellement à l'œuvre avec des acteurs directement intéressés à la déstabilisation de l'un de leurs concurrents ».

Le 2 mai, l'association AC!! Anti-Corruption dépose une plainte contre X devant le Parquet national financier pour « prise illégale d'intérêts » et « trafic d'influence », visant directement Charles Alloncle et Lagardère News. La plainte est cinglante : elle accuse Charles Alloncle « d'avoir accepté d'abuser de son influence en posant les questions suggérées par le groupe Lagardère afin d'obtenir une place significative dans les médias du groupe afin de propulser sa carrière politique ». L'avocat de l'association dénonce un système « parfaitement huilé, structuré », où la commission aurait servi de « tremplin personnel » pour le rapporteur, avec la promesse « d'être un acteur central de l'extrême droite lorsque, et c'est leur espérance, elle sera au pouvoir ».

Malgré les dénégations de Charles Alloncle (qui invoque « des accusations ridicules » et sa « stricte indépendance »), les soupçons d'instrumentalisation pèsent lourdement sur la crédibilité de ses travaux.

Lors du vote final pour l'adoption du rapport, le 27 avril, le scrutin est serré. Après plus de quatre heures d'une réunion à huis clos, 12 voix contre 10 valident la publication des travaux, avec 8 abstentions. Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, dénonce un « rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités », visant un « affaiblissement historique » du service public.

Ainsi, loin d'être une simple enquête technique, cette commission s'est déroulée sous le sceau de la controverse et de pressions extérieures, destinées à jeter une ombre troublante sur l'impartialité de ses conclusions.

 

 

 

 

Le 25 novembre 2025, l'Assemblée nationale lançait une commission d'enquête parlementaire sur « la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public ». À première vue, une mission technique classique. En réalité, elle allait rapidement devenir le théâtre d'un affrontement politique sans précédent, où chaque audition se transformait en échange de tirs, et où le rapporteur, Charles Alloncle, député UDR, allait subir les provocations permanentes d'une caste privilégiée se voulant intouchable. 

Dès octobre 2025, avant même l'ouverture officielle des travaux, Charles Alloncle ne cachait pas ses intentions. « Est‑ce qu'il y a un agenda politique ? Est‑ce qu'il y a des collusions d'intérêts ? » s'interrogeait‑il publiquement, laissant entendre comme de plus en plus de Français que l'audiovisuel public serait un nid de dérives. 

Au fil des quatre mois d'auditions, 67 sessions et 234 personnes entendues, l'atmosphère devenait électrique. Le 2 avril 2026, l'audition du milliardaire Xavier Niel virait à la confrontation ouverte. « Vous avez transformé votre commission en cirque : merci pour votre invitation, mais je ne suis pas un clown », lançait Niel d'emblée à Charles Alloncle. La joute verbale était immédiate : « Vous vous croyez où ? » rétorquait le rapporteur, tandis que les accusations de « mensonges » et de « fake news » volaient bas. La veille, c'était Nagui qui s'était frontalement opposé au député : l'animateur l'accusait de l'avoir « jeté en pâture » et d'avoir déclenché une « campagne de haine » contre lui, après que sa rémunération avait été utilisée comme symbole des dérives du service public.

Le service public de l'audiovisuel est fondé sur un principe simple : l'information doit être traitée de manière honnête, impartiale et transparente. Or, la commission d'enquête n'a mis que quelques semaines à constater que ce miroir était fêlé. La première partie de son rapport (Rapport N°2698 T1 .PDF) , intitulée « De la neutralité : des obligations de neutralité, d'honnêteté et d'impartialité insuffisamment respectées », dresse un tableau accablant d'un service seulement public au niveau de son financement.

D'abord, un constat terminologique troublant : les contours de la neutralité, de l'honnêteté et de l'impartialité sont « flous et mal définis » au sein des rédactions. Certains dirigeants auditionnés n'ont même pas été capables de citer les chartes déontologiques qui les lient. Mais au‑delà du flou conceptuel, le rapporteur relève à l'antenne des « dérives visibles et répétées », qu'il qualifie plus loin d’« hostilité ciblée et assumée ».

Les exemples abondent. Des journalistes refusent manifestement de donner la parole à des représentants de certaines formations politiques – ou, si l'interview a lieu, la présentent de manière à en dénaturer le sens. Des biais systématiques sont relevés dans la couverture de sujets sensibles, en particulier lors des élections. La commission pointe du doigt des « engagements partisans » qui s'expriment ouvertement hors antenne, fragilisant l'exigence d'impartialité.

Un cas emblématique est celui de l'« affaire Cohen‑Legrand » . Deux journalistes de France Télévisions, respectivement présentateurs du « 20 heures » et de « C à vous », se sont livrés sur leurs réseaux sociaux à des prises de position qui, selon le rapport, sortent clairement du cadre de la neutralité attendue d'un agent public. Loin d'être des exceptions, ces comportements traduisent une culture d'entreprise où le militantisme personnel l'emporte parfois sur la mission de service public.

Plus grave encore : la cellule de fact‑checking de France Télévisions, censée lutter contre la désinformation, n'est pas épargnée. Le rapporteur l'accuse de céder à des biais idéologiques manifestes. « Au lieu de vérifier les faits de manière objective, cette cellule semble avoir internalisé un prisme politique qui la conduit à traiter de manière inégale les déclarations selon l'origine partisane de leur auteur », peut‑on lire dans le rapport. Une accusation lourde, car elle remet en cause l'un des outils de contrôle les plus médiatisés de l'antenne.

Face à ces constats, la commission s'interroge : qui surveille les surveillants ? L'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel, est pointée du doigt pour sa « réticence excessive à l'autosaisine » . Elle n'intervient que lorsqu'elle est saisie, rarement de son propre mouvement. Ses sanctions sont jugées trop faibles, trop tardives. « Une autorité souvent dépassée », conclut le rapport, qui suggère de renforcer ses pouvoirs ou de la réformer en profondeur.

La gouvernance en état de mort cérébrale

Le deuxième axe du rapport porte sur le fonctionnement de l'audiovisuel public. Et là, le diagnostic est sans concession : conflits d'intérêts structurels, défaillances graves de la gouvernance, culture de la défausse au sein des directions.

Le rapporteur s'attaque d'abord aux nominations des dirigeants. Il décrit un Hollande.jpgsystème où les présentations sont truffées d' « interférences et manipulations en cascade ». Des soupçons pèsent sur la façon dont, sous François Hollande, l'Élysée aurait exercé des pressions directes pour imposer son candidat à la présidence de France Télévisions contre les procédures officielles. La commission note que la promesse du candidat Hollande de dépolitiser la nomination des patrons de l'audiovisuel public a eu exactement l'effet inverse.

Mais le sujet le plus explosif est celui du système des animateurs‑producteurs. Derrière ce terme un peu technique se cache une réalité contestable : certains animateurs phares du service public sont à la fois employés de France Télévisions ou de Radio France et chefs d'entreprise privée produisant des émissions pour... France Télévisions ou Radio France. Conflit d'intérêts évident, dénonce le rapport. L'animateur se retrouve ainsi juge et partie, puisqu'il négocie avec sa propre société la commande d'émissions dont il est le visage.

Le rapport donne des exemples précis. Certains animateurs « historiques » ont créé des sociétés de production qui engrangent des millions d'euros de commandes publiques chaque année, sans que les cahiers des charges soient réellement concurrentiels. Le rapporteur parle même d'« une forme de consanguinité d'un certain milieu » pour décrire les allers‑retours incessants de cadres du public vers le privé (et inversement) sans aucune mesure de déontologie. Une porte tournante qui nourrit les soupçons de collusion.

Cette opacité est d'autant plus grave qu'elle concerne le financement de l'audiovisuel public. France Télévisions a externalisé massivement sa production – séries, documentaires, divertissements – auprès de sociétés privées. Le rapport est cinglant : cette externalisation est devenue un « cheval de Troie » permettant à des intérêts privés de s'immiscer dans la programmation du service public. « France Télévisions ne contrôle pas la ligne éditoriale de dizaines d'heures de programme », assène le rapport.

Les chiffres parlent d'eux‑mêmes. En cinq ans, le temps consacré aux documentaires sur les antennes de France Télévisions a chuté de 26 %. La qualité de la programmation est jugée « perfectible », avec une offre de fiction à rehausser et des émissions de divertissement à la plus‑value contestable. Combien d'heures de « prime time » sont désormais trustées par des jeux, des téléréalités ou des talk‑shows légers qui n'ont rien à envier aux chaînes privées ? La commission d'enquête dénombre que plus de 40 % de la grille des grandes chaînes publiques est désormais occupée par des programmes dont la spécificité « service public » est difficile à identifier.

La Cour des comptes impuissante, les autorités de tutelle absentes

Le troisième niveau de manquement concerne les institutions de contrôle. Le rapport relève des « défaillances graves de la gouvernance » , permises par une mise en retrait volontaire des autorités de tutelle. La Cour des comptes, pourtant censée s'assurer de la bonne gestion de l'argent public, est jugée inefficace. Elle n'a pas su anticiper les dérives financières, ni imposer de sanctions réellement dissuasives.

À l'intérieur même des chaînes, une « culture de la défausse » s'est installée. Les directeurs successifs délèguent leurs responsabilités sans que personne ne prenne de décision courageuse. Les alertes internes sont étouffées. La commission entend un lanceur d'alerte qui explique avoir signalé à plusieurs reprises des anomalies dans les marchés de production sans jamais obtenir de réponse – et avoir fini par être mis à l'écart.

Le rapport conclut sur un constat alarmant : « notre audiovisuel public est inadapté aux enjeux de notre époque ». Non parce qu'il manquerait de moyens – il en reçoit quatre milliards d'euros par an – mais parce que son organisation est devenue une machinerie à gaspillage, à conflits d'intérêts et à dérive éditoriale.

Des budgets dépensés sans contrôle

Le volet financier est tout aussi accablant. La commission a passé au crible la trajectoire budgétaire de France Télévisions sur la décennie 2015-2025. Là encore, le constat est contrasté. D'un côté, la direction martèle que le coût de l'audiovisuel public a baissé en euros constants. De l'autre, le rapporteur montre que les dotations publiques ont augmenté en valeur absolue, en partie à cause de l'inflation, et que des subventions exceptionnelles ont été accordées sans véritable justification.

« Une gabegie administrative », lâche le rapport à plusieurs reprises. Des frais de fonctionnement excessifs, des missions mal définies, des chaînes et des radios qui se chevauchent : le mille‑feuilles français de l'audiovisuel public coûte trop cher pour ce qu'il rapporte.

La commission s'attaque particulièrement aux sports : France Télévisions investit des centaines de millions d'euros par an dans l'acquisition de droits sportifs – Roland‑Garros, Tour de France, Jeux olympiques, etc. Or, selon le rapport, ces dépenses ne sont pas suffisamment évaluées au regard de leur mission de service public. Puis‑t‑on justifier que le groupe public surenchérisse face aux chaînes privées pour retransmettre des événements sportifs déjà très médiatisés ? La commission propose de réduire d'un tiers le budget des sports de France Télévisions, pour réaliser près de 50 millions d'euros d'économies annuelles.

Une offre pléthorique et mal définie

Derrière toutes ces dérives, le rapport met en lumière un problème plus fondamental : l'offre de l'audiovisuel public est pléthorique, redondante et mal positionnée. Pourquoi France 4 existe‑t‑elle, alors que ses contenus jeunesse et culturels pourraient être absorbés par France 5 ou le numérique ? Pourquoi Mouv' , la radio « jeune » de Radio France, peine‑t‑elle à trouver son public ? Pourquoi France TV Slash, supposé toucher les 18‑30 ans, a‑t‑il un coût démesuré par rapport à son influence réelle ?

Le rapporteur évoque « un empilement de structures » qui se font concurrence entre elles plutôt qu'elles ne se complètent. Résultat : des économies d'échelle manquées, des redondances coûteuses, et un éparpillement qui nuit à la lisibilité de l'offre publique. La commission d'enquête a même calculé qu'une simple fusion entre France 2 et France 5, suivie de la suppression de France 4 et de Mouv', dégagerait environ 460 millions d'euros d'économies annuelles.

image (64).jpgAu total, sur les quatre milliards d'euros que coûte l'audiovisuel public chaque année, le rapport estime que près d'un milliard pourrait être économisé via des suppressions de canaux, des fusions et une meilleure gestion des coûts de production. De l'argent qui, selon Charles Alloncle, pourrait être réaffecté à « l'entretien du patrimoine » de l'État et au désendettement du pays.

Le verrouillage politique et les techniques d'évitement

Enfin, le dernier niveau de manquement concerne le rapport même des dirigeants du service public face à la commission d'enquête. Nombreux sont les auditionnés qui ont refusé de répondre aux questions, multipliant les ruses procédurales. Certains se sont retranchés derrière le secret des affaires, d'autres derrière une interprétation étroite de leur devoir de réserve.

La commission a été frappée par ce qu'elle appelle « une obstination à ne pas rendre de comptes ». À plusieurs reprises, des hauts responsables ont produit des documents tronqués ou des chiffres non vérifiables. Le rapporteur cite par exemple le cas de Delphine Ernotte, qui a contesté ses chiffres sur le coût du groupe public lors de la dernière audition, l'accusant d'« additionner deux rapports de la Cour des comptes sans le préciser » et de pratiquer un « procédé manipulatoire ». « Ça fait 30 ans que je manage des entreprises. Je commence à mal le prendre », s'est‑elle agacée, avant que les échanges ne dégénèrent.

Cette culture du « déni de responsabilité » est jugée « insupportable » par la commission. « On a l'impression d'interroger des sujets qui n'ont jamais entendu parler de commande publique, de concurrence, de marchés », résume un des députés membre de la commission. « Ils répondent par des lapalissades, des formules creuses, et dès qu'on gratte, ils se retranchent derrière leur conseil juridique. »

Le silence assourdissant sur les abus sexuels

Sujet le plus sensible, sans doute : la commission d'enquête s'est également eeek.pngpenchée sur la gestion des affaires de violences sexuelles au sein de France Télévisions. Lors de l'audition de Delphine Ernotte, Charles Alloncle a évoqué des « protocoles d'accord particulièrement onéreux » que la chaîne aurait signés pour « acheter le silence de victimes ou de témoins de déviances sexuelles ». La présidente de France Télévisions a immédiatement répliqué : « Vos accusations sont extrêmement graves », refusant d'admettre la moindre pratique de ce type.

Pourtant, le rapport cite des témoignages concordants, venus de plusieurs journalistes et techniciens, selon lesquels France Télévisions aurait utilisé des fonds publics pour étouffer des affaires internes. La commission demande donc la publication des protocoles conclus depuis 2015 et une enquête plus approfondie sur le sujet. « Une fois de plus, l'argent du contribuable aurait servi à couvrir des exactions plutôt qu'à les prévenir ou les sanctionner », déplore le rapporteur.

Voilà donc, balayées sur près de 400 pages, les dérives, les excès, les manquements majeurs constants et revendiqués que la Commission a cru devoir porter à la connaissance du public. Des défaillances sur la neutralité, sur l'utilisation de l'argent public, sur la gouvernance, sur la transparence – un tableau sombre qui justifie, aux yeux de Charles Alloncle, une véritable refondation de l'audiovisuel public, avec des fusions, des suppressions et un contrôle renforcé. Si les propositions finales restent très modérées et insuffisantes, la partie « constats » du rapport, étayée d'exemples précis et de citations, constitue désormais une pièce incontournable du débat sur l'avenir d'un service public sinistré et dans un total déni du réel.

09:11 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it!

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