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31/07/2026

Au sujet de la censure

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La censure n'est pas une menace lointaine, un spectre qui hanterait seulement les régimes autoritaires d'ailleurs. Elle est là, sous nos yeux, dans le débat français, à quelques mois d'une élection présidentielle qui devrait être le moment par excellence de la confrontation des idées. Elle emprunte des chemins détournés, parfois insoupçonnés : le monde du spectacle, que l'on croyait réfractaire à toute orthodoxie, devient le théâtre d'une véritable chasse aux sorcières. L'humoriste Blanche Gardin en a fait l'amer constat : pour avoir critiqué la politique du gouvernement israélien lors d'un sketch, elle a été écartée des plateaux, privée de contrats, contrainte de quitter son appartement faute de revenus. La DJ Barbara Butch, pour avoir signé une tribune en faveur de la loi Yadan, a vu son concert à Grenoble interrompu par une centaine de militants. D'un côté comme de l'autre, des artistes sont pris pour cible, sommés de choisir leur camp sous peine d'être réduits au silence.

 

 

L'instrumentalisation du monde culturel n'est qu'un symptôme. La censure, hélas, n'est pas nouvelle. Elle est même le réflexe le plus ancien du pouvoir, celui qui consiste à museler ceux qui dérangent plutôt qu'à leur répondre. Qu'elle vienne de la loi ou de la rue, qu'elle soit portée par des élus ou par des militants, qu'elle prenne la forme d'une proposition de loi qualifiée de « machine à censure » ou d'une interruption musclée d'un concert, elle est toujours inacceptable. La censure est la négation même de la démocratie, car elle interdit le débat, elle impose une vérité unique, elle réduit au silence ceux qui pensent autrement. Elle ne connaît pas de bord, pas de camp, pas de bonne cause : elle est, par essence, l'ennemie de la liberté.

Il est donc urgent, alors que la campagne présidentielle s'installe, de rappeler quelques évidences trop souvent oubliées. La liberté d'expression n'est pas un privilège accordé par le pouvoir, c'est un droit fondamental, base de tous les autres. Elle n'est pas un saucisson dont on pourrait découper des tranches au gré des convenances : elle est ou elle n'est pas. La censure, sous quelque forme qu'elle se présente, crée l'inégalité, protège les intérêts privés contre la parole publique et prépare le terrain à toutes les tyrannies. Voilà ce qu'il faut dire, voilà ce qu'il faut redire sans relâche, alors que les chasseurs de sorcières, quel que soit leur camp, s'activent à éteindre les lumières de la raison.

 

La liberté d'expression ou le dernier rempart contre la tyrannie

Il est une confusion dangereuse qui gagne du terrain dans nos sociétés occidentales, une confusion qui transforme les mots en armes et les idées en agressions. Cette confusion, c'est l'assimilation de la parole à la violence. Comme l'a si justement rappelé le militant chrétien conservateur et défenseur de la liberté d'expression Charlie Kirk : *« When people stop talking, that's when you get violence. That's when civil war happens, because you start to think the other side is so evil, and they lose their humanity »*. Kirk, assassiné alors qu'il s'exprimait sur un campus universitaire en 2025, a payé de sa vie cette conviction que le dialogue est ce qui nous sépare de la barbarie.

Les mots ne sont pas la violence – la violence est la violence. Cette affirmation, qui semble d'une évidence première, est pourtant devenue une position minoritaire. Un sondage réalisé après l'assassinat de Kirk a révélé que 90 % des étudiants américains estiment que « les mots peuvent être une violence ». Cette statistique vertigineuse révèle l'ampleur du naufrage intellectuel dans lequel nous sommes engagés. Lorsque l'on commence à qualifier des mots de « violents », on prépare le terrain à la justification de la violence réelle comme réponse légitime. Comme l'ont écrit Jonathan Haidt et Greg Lukianoff dès 2017 : *« Of all the ideas percolating on college campuses these days, the most dangerous one might be that speech is sometimes violence »*.

La liberté d'expression n'est pas un acte de violence, elle est *ce que nous faisons à la place de la violence*. Nico Perrino, de la Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE), l'a rappelé avec force : *« Free speech is what we do instead of violence »*. Une société qui renonce à la parole pour régler ses différends est une société qui se prépare à la guerre civile. Kirk l'avait compris mieux que quiconque : *« When you stop having a human connection with someone you disagree with it becomes a lot easier to commit violence »*.

La censure, en revanche, est bien une violence – la pire des violences, pourrait-on dire, car elle ne s'attaque pas à un corps, mais à l'esprit ; elle ne frappe pas un individu, mais l'humanité tout entière. La censure est une violence car elle s'en prend à ce qui fait de nous des êtres politiques, des êtres capables de délibérer, de convaincre et d'être convaincus. Elle est une violence car elle prive l'homme de sa dignité première : celle de penser et de dire ce qu'il pense. La censure est violence parce qu'elle refuse le débat et impose, par la force ou la menace, une vérité unique. Or, comme le rappelle l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, la liberté d'opinion et d'expression est un droit fondamental, inaliénable. L'attaquer, c'est attaquer le fondement même de toute vie en société.

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La censure, fabrique de privilèges et inégalité

La censure n'est jamais neutre. Elle n'est pas l'expression d'une morale supérieure, d'un souci désintéressé du bien commun. Derrière chaque acte de censure se cache un intérêt, et cet intérêt est presque toujours privé. La censure crée des privilèges : elle protège une minorité contre la majorité, elle impose l'inégalité entre les hommes.

Ce constat peut sembler paradoxal à une époque où la censure se présente volontiers comme le rempart des opprimés, comme l'arme des faibles contre les puissants. La réalité est tout autre. Comme le montre une étude menée par des chercheurs de l'Université Victoria, *« within countries, individuals with lower income and lower education levels benefit most from free speech »*. Ce sont les plus vulnérables qui ont le plus besoin de la liberté d'expression, car ils ne disposent d'aucun autre moyen de se faire entendre. La censure, en muselant les voix dissidentes, ne protège pas les faibles ; elle protège ceux qui ont déjà tout – le pouvoir, l'argent, l'accès aux médias. *« Free speech is not the tool of the elite but the marginalised, who have not money nor power to set the agenda, but simply their voice »*.

Qui censure ? Ceux qui ont quelque chose à cacher ou à préserver. Les grandes plateformes numériques, qui se présentent comme des bastions libertaires de la libre expression, ne défendent en réalité que des intérêts privés. Comme l'a souligné Sue Curry Jansen dans son histoire provocatrice de la censure, *« censorship, an embodiment of the relationship between power and knowledge, is as much a feature of liberal, market societies as it is of totalitarianisms »*. La censure n'est pas l'apanage des régimes autoritaires ; elle prospère aussi dans nos démocraties libérales, sous des formes plus insidieuses. Le concept de *« market censorship »* désigne précisément cette forme de censure qui s'exerce non par la loi, mais par la concentration des médias, la standardisation des contenus et la mainmise des intérêts privés sur l'espace public.

La censure est donc un instrument de pouvoir. Elle ne vise pas à protéger la vérité, mais à imposer une version des faits qui sert des intérêts particuliers. En Europe, les obligations de *« must-carry »* imposées aux plateformes en ligne ont été analysées comme *« special treatment rules that privilege particular speakers »*. La censure n'est jamais l'expression d'une volonté générale ; elle est toujours l'expression d'une volonté particulière qui s'érige en généralité.

 

La liberté d'expression n'est pas un saucisson

On entend parfois dire que la liberté d'expression est un droit, certes, mais un droit qui admet des exceptions. On nous parle de « discours de haine » qu'il faudrait interdire, de « fausses informations » qu'il faudrait censurer, de propos « dangereux » qu'il faudrait réprimer. Cette conception est une erreur fondamentale. La liberté d'expression n'est pas un saucisson dont on pourrait découper des tranches : un peu de liberté ici, un peu de censure là. Elle est ou elle n'est pas.

La liberté d'expression est un droit indivisible. On ne peut pas être « un peu libre » de s'exprimer, pas plus qu'on ne peut être « un peu enceinte ». Comme le rappelle la Déclaration universelle des droits de l'homme, la liberté d'expression est un droit universel, qui ne souffre pas d'exceptions. Les exceptions, lorsqu'elles sont introduites, ne tardent pas à devenir la règle. Une fois que l'on a accepté que certains discours peuvent être interdits, on ouvre la porte à l'interdiction de tous les discours qui déplaisent au pouvoir du moment.

Cette conception « saucissonnière » de la liberté d'expression a des conséquences désastreuses. Elle permet à ceux qui détiennent le pouvoir de décider ce qui est « acceptable » et ce qui ne l'est pas. Or, comme l'a montré l'histoire, ceux qui détiennent le pouvoir ont tendance à considérer comme « inacceptables » tous les discours qui les critiquent. La liberté d'expression, c'est précisément le droit de dire ce qui déplaît au pouvoir. Comme l'a écrit le philosophe John Stuart Mill dans *De la liberté* (1859), une opinion qui nous déplaît n'en est pas moins digne d'être exprimée, car c'est dans la confrontation des idées que la vérité émerge.

Le mouvement de *« cancel culture »* qui sévit dans nos sociétés est l'illustration parfaite de cette dérive. On ne se contente plus de désapprouver les idées des autres ; on cherche à les faire taire, à les priver de leur tribune, à les exclure de l'espace public. Comme l'a rappelé Charlie Kirk, *« There's ugly speech. There's gross speech »*. Mais ce n'est pas une raison pour l'interdire. La solution au discours que l'on désapprouve n'est pas la censure, mais plus de discours. C'est ce qu'on appelle le principe du *« counterspeech »* : répondre aux mauvaises idées par de meilleures idées, non par le silence imposé.

 

Le débat impossible et la démocratie en danger

Lorsque la liberté d'expression est découpée en tranches, lorsque certains discours sont autorisés et d'autres interdits, le débat démocratique devient impossible. Comment discuter si l'on ne peut pas dire ce que l'on pense ? Comment confronter les idées si certaines sont d'avance exclues du débat ? Comment choisir entre des options politiques si l'on ne peut pas les présenter honnêtement ?

La démocratie repose sur le débat. Elle suppose que les citoyens puissent confronter leurs idées, s'informer, se convaincre mutuellement. Elle suppose que l'opinion publique puisse se former librement, sans contrainte ni intimidation. Elle suppose enfin que le vote soit l'expression d'une volonté éclairée, et non le résultat d'une manipulation ou d'une pression. Comme l'a rappelé un article de CNN, *« a functioning democracy depends on resolving differences with words, not weapons »*. La liberté d'expression est le fondement de la démocratie, *« the cornerstone of democracy »*.

Si la liberté d'expression est entravée, si certains discours sont interdits, si certains sujets sont tabous, alors le débat démocratique est faussé. Les citoyens ne peuvent plus s'informer correctement ; ils ne peuvent plus se faire une opinion éclairée ; ils ne peuvent plus choisir en connaissance de cause. Le vote, dès lors, perd toute légitimité. Que vaut un scrutin où l'on n'a pas pu débattre librement des enjeux ? Que vaut une élection où l'on a été privé de la possibilité d'entendre tous les arguments ?

Cette question est d'autant plus pressante que nous vivons à une époque où la défiance envers les institutions démocratiques ne cesse de croître. Les citoyens ont le sentiment que le débat est truqué, que les véritables enjeux sont cachés, que les décisions sont prises ailleurs, dans des cercles où la parole est libre parce qu'elle est protégée du regard du public. La censure, en privant le débat public de sa substance, alimente cette défiance. Elle donne raison à ceux qui pensent que la démocratie n'est qu'une façade, que les véritables décisions sont prises dans l'ombre, loin des regards.

La Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE) a montré que *« one in three students believe violence is justified to stop a speaker in at least some cases »*, un chiffre en augmentation de près de 80 % depuis 2020. Ce chiffre est terrifiant. Il signifie qu'une part croissante de la jeunesse ne croit plus au débat, ne croit plus à la force des arguments, ne croit plus qu'il est possible de convaincre l'autre par la parole. Cette jeunesse est prête à en venir aux mains, ou plutôt aux armes, pour faire taire ceux qui ne pensent pas comme elle. C'est le renoncement à la démocratie. C'est le retour à la loi du plus fort.

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Crise économique, mensonges vitaux et censure

En temps de crise économique, la censure devient un instrument essentiel pour le capitalisme. Elle permet d'imposer des mensonges vitaux, de masquer la réalité des faits, de maintenir l'illusion que tout va bien alors que tout s'effondre. Comme l'a montré une étude publiée dans la revue *Index on Censorship*, *« the economic crisis has posed new threats to free expression, from restrictions on reporting and demonstrations to the rise of extremism »*.

Pourquoi le capitalisme a-t-il besoin de la censure en temps de crise ? Parce que la crise révèle ses contradictions. Elle montre que le système ne fonctionne pas comme prévu, qu'il produit des inégalités, des destructions, des souffrances. Elle montre que les promesses de prospérité pour tous sont des illusions. Face à cette réalité, le capitalisme a besoin de mensonges : il faut dire que la crise est passagère, qu'elle est due à des circonstances extérieures, qu'il suffit d'attendre et de serrer les dents pour que tout rentre dans l'ordre. Il faut surtout empêcher que des voix dissidentes s'élèvent pour proposer d'autres modèles, d'autres solutions.

La censure économique, ou *« market censorship »*, est particulièrement redoutable parce qu'elle est diffuse, presque invisible. Elle ne prend pas la forme d'une loi qui interdirait tel ou tel discours, mais celle d'une concentration des médias qui réduit la diversité des opinions, d'une standardisation des contenus qui exclut les idées trop radicales, d'une pression publicitaire qui incite à l'autocensure. Comme l'a écrit Sue Curry Jansen, *« communications markets restrict freedom of communication by generating barriers to entry, monopoly and restrictions upon choice, and by shifting the prevailing definition of information from that of a public good to that of a privately appropriable commodity »*.

En temps de crise, cette censure économique s'intensifie. Les médias, fragilisés par la baisse des recettes publicitaires, deviennent plus dépendants des annonceurs et des pouvoirs publics. Ils n'osent plus critiquer le système, de peur de perdre leurs financements. Les journalistes, précarisés, s'autocensurent. Les think tanks et les universités, de plus en plus dépendants des financements privés, orientent leurs recherches vers des sujets « acceptables ». L'espace public se réduit à un champ de mines où seule une parole conforme est autorisée.

Pendant ce temps, les véritables enjeux – les inégalités croissantes, la destruction de l'emploi, la précarisation des travailleurs, la mainmise des multinationales sur l'économie – sont escamotés du débat public. On nous parle d'autre chose : de l'identité, de la moralité, des « valeurs ». On détourne notre attention des vrais problèmes pour nous faire combattre des chimères. La censure, en privant le débat public de sa substance, permet au capitalisme de survivre à ses propres contradictions.

 

Pour une liberté d'expression sans entraves

Face à cette situation, que faire ? La réponse est simple, mais exigeante : défendre la liberté d'expression sans entraves, sans conditions, sans exceptions. Cela ne signifie pas qu'il faut accepter tous les discours, bien sûr. On peut et on doit combattre les idées que l'on juge mauvaises – par le débat, par l'argumentation, par la persuasion. Mais on ne doit pas les interdire. La différence est cruciale.

Comme l'a rappelé Charlie Kirk, *« You should be allowed to say outrageous things »*. C'est précisément parce qu'elles sont « choquantes » que ces idées méritent d'être défendues. Les idées consensuelles n'ont pas besoin de protection ; ce sont les idées dissidentes, les idées qui dérangent, les idées qui menacent le pouvoir établi qui ont besoin de la liberté d'expression. Sans cette liberté, il n'y a pas de progrès, pas d'innovation, pas de découverte. Il n'y a que la reproduction à l'infini des mêmes idées, des mêmes dogmes, des mêmes erreurs.

La liberté d'expression est un droit fondamental, le plus fondamental de tous, car il est la condition de tous les autres. Sans liberté d'expression, pas de liberté de conscience, pas de liberté de réunion, pas de liberté de la presse, pas de liberté tout court. C'est pourquoi il faut la défendre, non pas comme un privilège accordé par le pouvoir, mais comme un droit inaliénable, antérieur et supérieur à tout pouvoir.

Les attaques contre la liberté d'expression sont de plus en plus nombreuses en Europe, comme en témoigne la multiplication des discours haineux et censeurs contre ceux qui refusent de se conformer aux orthodoxies du moment. Ceux qui osent critiquer la politique sanitaire, le discours climatique, la position sur l'Ukraine, ou simplement exprimer un avis différent sont systématiquement stigmatisés, censurés, parfois criminalisés. Cette tendance est profondément inquiétante. Elle signe la fin de la démocratie et l'avènement d'une nouvelle forme de totalitarisme, plus insidieux que les précédents parce qu'il se pare des habits de la vertu.

Il est temps de réagir. Il est temps de dire non à la censure, sous toutes ses formes. Il est temps de rappeler que la liberté d'expression n'est pas un saucisson, qu'elle est indivisible, qu'elle est ou n'est pas. Il est temps de défendre le droit de dire ce que l'on pense, même si cela déplaît, même si cela choque, même si cela menace les intérêts établis. Car c'est à ce prix que nous resterons libres.

Comme l'a écrit Charlie Kirk, dans un message qui résonne aujourd'hui comme un testament : *« When people stop talking, that's when you get violence »*. Gardons la parole vive. Continuons à parler, à débattre, à nous disputer même, mais avec des mots, non avec des armes. C'est la seule façon de rester humains. C'est la seule façon de rester libres.

09:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | Pin it!

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