30/04/2026
Beyerdynamic DT 1990 PRO version Mk2 (2/2)
Tests réalisés avec Fiio X5 (192k/24B ), ampli casque. Zen Air can et :
Magma - Wurdah Itah (1974, remaster 2017) - Seventh Record
Lorsqu'onpose le DT 1990 PRO Mk2 sur ses oreilles et qu'on lance Wurdah Itah, troisième opus du collectif de Christian Vander, on comprend immédiatement pourquoi ce casque allemand a été conçu pour le studio : il ne pardonne rien, absolument rien. Et avec Magma, cette intransigeance devient aussi fascinante qu'épuisante. Le groupe français, qui avait inventé de toutes pièces une langue (le kobaïen) et un univers musical aussi hermétique qu'ambitieux, déploie ici une architecture sonore d'une densité folle. Les percussions de Vander, véritables fondations rythmiques de cet édifice progressif, explosent avec une précision chirurgicale dans le spectre des médiums-graves du Beyerdynamic. Chaque frappe de caisse claire, chaque roulement de timbales possède un corps, une texture, une localisation spatiale qui rendent justice à l'approche quasi tribale du batteur-compositeur. Le remaster de 2017 a visiblement travaillé sur la séparation des plans sonores, et le DT 1990 PRO Mk2 s'en donne à cœur joie pour décortiquer les strates : les chœurs kobaïens (cette polyphonie masculine gutturale qui évoque autant Orff que Coltrane) se détachent avec une clarté impressionnante, chaque voix trouvant sa place dans l'espace stéréophonique sans jamais se marcher dessus. La basse de Jannick Top, élément moteur de la machine Magma, bénéficie d'un rendu particulièrement flatteur grâce à l'extension en grave du casque, qui restitue la rondeur du son tout en préservant l'attaque nerveuse des notes. Là où le HD650 aurait tendance à lisser l'ensemble dans un velouté chaleureux (agréable mais moins fidèle), le Beyerdynamic maintient une tension permanente qui colle parfaitement à l'urgence quasi mystique de cette musique.
Mais cette analytique impitoyable révèle aussi les limites de l'enregistrement d'époque : certaines saturations dans les cuivres (Klaus Blasquiz au trombone notamment), probablement dues aux contraintes techniques du studio Ferber en 1974, apparaissent crues, presque agressives dans les aigus. Le DT 1990 PRO Mk2 ne masque rien, et sur des passages comme "Troller Tanz" où tout le monde joue ensemble dans une sorte de transe cosmique, on frôle parfois la limite de la saturation auditive. C'est là qu'on comprend la pertinence du HD650 pour les écoutes prolongées : après quarante minutes de kobaïen intense, les oreilles réclament un peu de douceur. Votre combinaison FiiO X5 / Zen Air Can fait parfaitement le job pour piloter les 250 ohms du Beyerdynamic, offrant la réserve de puissance nécessaire pour maintenir la dynamique explosive de Magma sans compression. L'ampli d'iFi apporte d'ailleurs une touche de chaleur bienvenue qui tempère légèrement le caractère analytique du casque, créant un équilibre intéressant. Wurdah Itah devient ainsi une expérience d'écoute totale, presque physique : on entend littéralement le souffle des musiciens, les craquements des baguettes, les résonances des peaux de batterie. C'est magnifique, épuisant, et absolument révélateur des capacités du DT 1990 PRO Mk2 à transformer une simple séance d'écoute en séance d'analyse sonore. Pour le meilleur et, sur la durée, parfois pour le plus fatigant.
Bryan Ferry - Mamouna (Deluxe) (2023) -BMG
Quand Bryan Ferry décide en 1994 d'enregistrer Mamouna après six années de silence, il ne fait pas les choses à moitié : studios londoniens haut de gamme, musiciens de session triés sur le volet (dont le regretté Robin Trower à la guitare), et une production léchée qui confine à l'obsession du détail. Cette version deluxe de 2023, avec son remasterisation soignée et ses bonus, devient sur le DT 1990 PRO Mk2 un véritable terrain de jeu audiophile. Dès les premières notes de "Don't Want to Know", on comprend que le casque Beyerdynamic va se régaler : la production mid-90s, qui mélange élégance analogique et précision numérique naissante, offre une palette de textures que le casque allemand restitue avec une gourmandise évidente. La voix de Ferry, cette espèce de crooner désabusé et élégant, flotte au centre de la scène sonore avec une présence quasi holographique. Le DT 1990 PRO Mk2 excelle à rendre les subtilités du grain vocal, les inflexions, les respirations – tout ce qui fait qu'une voix n'est pas qu'une mélodie mais une présence physique. Sur "The Only Face", ballade magnifique où Ferry se met à nu vocalement, on perçoit chaque nuance émotionnelle, chaque micro-variation de timbre qui transforme ce qui pourrait être simplement beau en quelque chose de véritablement émouvant.
La scène sonore, parlons-en : elle est vaste, profonde, structurée comme un décor de théâtre où chaque instrument occupe sa place avec une précision millimétrique. Les guitares de Trower, travaillées en multi-couches avec effets et réverbérations subtiles, se déploient latéralement sans jamais envahir l'espace central réservé à la voix. Les synthétiseurs (très présents mais jamais envahissants dans l'esthétique Ferry) créent des nappes atmosphériques que le Beyerdynamic positionne en profondeur, donnant une vraie tridimensionnalité à l'ensemble. La section rythmique, discrète mais efficace, bénéficie de cette précision analytique : chaque coup de charleston, chaque frappe de grosse caisse possède son attaque et sa décroissance propres. Comparé au HD650 qui tendrait à fondre tout cela dans une ambiance plus homogène et chaleureuse (parfaite pour l'univers mélancolique de Ferry, d'ailleurs), le DT 1990 PRO Mk2 maintient une séparation clinique qui permet d'apprécier le travail titanesque de production. Sur "Wildcat Days" notamment, où s'entremêlent guitares acoustiques, percussions latines et arrangements de cordes synthétiques, le casque allemand jongle entre les éléments sans jamais perdre le fil.
Notre chaîne FiiO/iFi trouve ici un terrain d'expression idéal : le Zen Air Can, avec son circuit Class A, apporte juste ce qu'il faut de rondeur pour éviter que l'analytique du Beyerdynamic ne devienne clinique au point d'être froid. Car c'est là le piège avec Mamouna : l'album est déjà assez parfait, assez poli dans sa production pour frôler parfois l'aseptisation. Un casque trop neutre pourrait accentuer cette impression de distance émotionnelle. Heureusement, le DT 1990 PRO Mk2, malgré sa réputation d'outil analytique, conserve suffisamment de corps dans les médiums pour que la musique reste incarnée. Les bonus de l'édition deluxe, notamment les versions alternatives et les démos, révèlent d'ailleurs des aspects plus bruts, plus immédiats de ces chansons, et c'est là que le casque montre toute sa polyvalence : capable de décortiquer la sophistication de la version finale comme de restituer l'énergie plus spontanée des esquisses. Un régal pour les aficionados de Ferry qui veulent tout entendre, tout comprendre de ce processus créatif.
Michel Legrand - La musique au pluriel (2012) -EmArcy
Michel Legrand, ce génie polymorphe qui naviguait avec une aisance déconcertante entre jazz, chanson française, musique de film et expérimentations orchestrales, trouve dans La musique au pluriel (compilation ou réédition sortie en 2012, selon les versions) un écrin parfait pour démontrer l'étendue de son talent. Et le DT 1990 PRO Mk2 devient l'outil idéal pour apprécier cette diversité stylistique qui pourrait désarçonner un casque moins polyvalent. Prenez "Les moulins de mon cœur" dans sa version orchestrale : l'arrangement subtil, où les cordes dialoguent avec le piano de Legrand lui-même, exige une restitution à la fois précise et musicale. Le Beyerdynamic s'en tire avec les honneurs, offrant cette résolution dans les aigus qui permet de distinguer chaque pupitre de cordes sans que l'ensemble ne devienne analytique au point de perdre son âme. Le vibrato des violons, les attaques délicates du piano – tout est là, lisible, cohérent, musical.
Mais c'est peut-être sur les arrangements jazz que le casque révèle une facette parfois sous-estimée de ses capacités : sa musicalité. Car oui, malgré sa réputation d'outil de studio sans concession, le DT 1990 PRO Mk2 sait swinguer. Les big band arrangements de Legrand, avec leurs sections de cuivres puissantes et leurs rythmiques précises, bénéficient de cette capacité du casque à gérer les transitoires rapides sans compression. Chaque coup de cymbale possède son éclat naturel, chaque frappe de caisse claire son claquant, tandis que la contrebasse maintient une fondation grave à la fois précise et charnue. Sur des morceaux comme "Chanson de Maxence" (thème des Demoiselles de Rochefort), l'exubérance orchestrale explose littéralement dans le casque : les trompettes brillent sans jamais agresser, les trombones grondent dans les graves avec autorité, et la section rythmique tient tout cela ensemble avec un timing parfait que le Beyerdynamic restitue fidèlement. La scène sonore, particulièrement large sur ces enregistrements soignés, permet de visualiser mentalement la disposition de l'orchestre, presque comme si on y était.
Évidemment, tout n'est pas parfait. Sur certains enregistrements plus anciens présents dans cette compilation, les limites techniques de l'époque (compression dynamique, bande passante réduite) apparaissent crues, presque trop évidentes avec ce casque analytique. Là où le HD650 aurait tendance à arrondir les angles, à patiner gentiment ces imperfections dans un velouté nostalgique, le DT 1990 PRO Mk2 les expose sans pitié. C'est parfois frustrant, surtout quand on connaît le génie de Legrand et qu'on aimerait l'entendre dans les meilleures conditions possibles. Mais c'est aussi honnête : le casque ne ment pas, ne travestit pas, il présente la musique telle qu'elle a été enregistrée. Votre ampli Zen Air Can aide d'ailleurs à tempérer légèrement cette véracité parfois brutale, injectant une touche de chaleur qui rend l'écoute prolongée plus confortable. Car c'est bien le problème avec Legrand : on voudrait tout écouter d'une traite, se laisser porter par ce flux mélodique ininterrompu, mais la précision impitoyable du Beyerdynamic demande une attention soutenue qui peut, sur la durée, devenir fatigante. Le HD650, dans ce contexte, offrirait une alternative séduisante pour les marathons Legrand, sacrifiant un peu de détail analytique au profit d'un confort qui permet de se concentrer sur l'essentiel : la beauté des mélodies et la sophistication des harmonies. Reste que pour une écoute attentive, pour vraiment apprécier le travail d'orchestration et la richesse des arrangements, le DT 1990 PRO Mk2 n'a pas d'équivalent dans cette gamme de prix.
Leif Segerstam, Turku PO - Sibelius : Pelléas et Mélisande Suite, Musik zu einer Szene (2015) - Naxos
Sibelius en haute résolution sur un casque analytique allemand : voilà qui pourrait soit révéler des sommets de beauté orchestrale, soit transformer l'expérience en dissection anatomique d'une partition. Avec cette interprétation du chef finlandais Leif Segerstam (disparu en 2024, hélas) à la tête de l'Orchestre Philharmonique de Turku, captée en 24 bits/96 kHz, on touche heureusement au premier scénario. Le DT 1990 PRO Mk2, alimenté par notre FiiO X5 capable de restituer nativement ces fichiers haute définition, se transforme en microscope sonore qui permet de pénétrer au cœur de l'univers orchestral sibélien. Dès l'ouverture de la suite Pelléas et Mélisande (musique de scène composée en 1905 pour la pièce de Maeterlinck), on est saisi par la profondeur de la prise de son : l'acoustique de la salle apparaît comme une présence tangible, presque palpable, enveloppant les instruments dans un espace tridimensionnel d'un réalisme troublant. Les cordes graves qui ouvrent "At the Castle Gate" émergent d'un silence abyssal avec une texture veloutée que le Beyerdynamic rend avec une sensualité inattendue pour un casque réputé analytique.
Segerstam, connu pour ses tempos généreux et son approche romantique du répertoire nordique, prend son temps, laisse respirer chaque phrase, et le DT 1990 PRO Mk2 capte ces micro-silences entre les notes qui font tout le sel d'une interprétation vivante. Sur "Mélisande", ce mouvement d'une tendresse déchirante, les bois (hautbois et flûte notamment) dialoguent avec une délicatesse que le casque préserve miraculeusement : les transitoires sont rapides mais jamais agressives, les timbres conservent leur richesse naturelle sans coloration excessive. C'est là qu'on mesure la différence avec le HD650 : le Sennheiser offrirait sans doute une approche plus "fondante", plus immédiatement émotive dans sa chaleur, mais au prix d'une légère perte de résolution dans les détails microcosmiques – ces bruits de clés de flûte, ces respirations des musiciens, ces frottements d'archets qui, paradoxalement, donnent vie à la musique plutôt que de la déshumaniser. Le format 24-96 révèle ici toute sa pertinence : l'extension en fréquences extrêmes (notamment dans les aigus) et la dynamique préservée permettent au casque de déployer une palette de nuances qui rend justice à l'écriture sibélienne, tout en subtilité et en clair-obscur.
Musik zu einer Szene, pièce moins connue mais tout aussi fascinante, bénéficie d'un traitement similaire. Cette musique d'ambiance, composée en 1904, joue sur des atmosphères brumeuses typiquement nordiques que Sibelius maîtrisait comme personne. Le DT 1990 PRO Mk2 excelle à rendre ces textures orchestrales complexes où tout se passe dans les demi-teintes : les tremolos de cordes qui évoquent la brume sur un lac finlandais, les interventions sporadiques des cuivres en sourdine, les timbales roulant doucement dans le lointain. La spatialisation est remarquable : on perçoit distinctement la disposition de l'orchestre, avec les contrebasses à gauche, les violons premiers à droite, les bois au centre légèrement en retrait. Votre ampli Zen Air Can, avec sa signature légèrement chaleureuse, apporte exactement le contrepoids nécessaire pour que cette précision analytique ne vire pas au froid clinique. Car c'est bien le danger avec Sibelius : trop de neutralité et on perd cette mélancolie nordique, cette nostalgie qui imprègne chaque mesure. Heureusement, le DT 1990 PRO Mk2, malgré son image d'outil de monitoring, conserve suffisamment d'âme pour transmettre l'émotion. Après une heure d'écoute concentrée, certes, les oreilles réclament une pause – le confort n'est pas le point fort du casque, surtout comparé au douillet HD650 – mais quelle heure ! Une immersion totale dans l'orchestre, une compréhension intime de la partition, une communion avec l'intention du compositeur rarement atteinte avec un simple casque. Du très, très grand art.
Ay Yola - Ural Batyr (2025) - Label Ay Yola
Voilà qui sort des sentiers battus : Ay Yola, projet du musicien bashkir Aydar Gaynullin, vient tout juste de sortir Ural Batyr, un album qui fusionne instruments traditionnels d'Asie centrale (koubyz, kuraï), électronique moderne et influences progressives. Tester ça sur un DT 1990 PRO Mk2, c'est un peu comme utiliser un microscope électronique pour observer un papillon : techniquement fascinant, potentiellement révélateur, mais avec le risque de perdre la magie globale à force de scruter les détails. Dès les premières secondes du morceau-titre, on comprend que cet album a été conçu pour l'écoute casque : la production multi-couches, avec ses field recordings de steppes bashkires mixés à des synthétiseurs modulaires et des rythmiques électroniques complexes, crée un paysage sonore d'une richesse folle que le Beyerdynamic s'empresse de décortiquer avec son zèle habituel. Le koubyz, cet instrument à cordes bashkir au son guttural et hypnotique, résonne avec une présence physique impressionnante : on entend la vibration de la caisse de résonance, le frottement de l'archet, chaque harmonique qui se déploie dans l'espace stéréophonique élargi artificiellement par la production.
Les beatmakers et producteurs qui ont travaillé sur cet album (dont certains issus de la scène électronique moscovite) ont visiblement fait un travail de fou sur le placement spatial des éléments. Sur "Aksakal's Dream", par exemple, les percussions traditionnelles (doumbek, davul) sont positionnées latéralement tandis que les nappes de synthés occupent l'arrière-plan et que la voix de Gaynullin (quand il chante, ce qui est rare, l'album étant majoritairement instrumental) flotte au centre. Le DT 1990 PRO Mk2 jongle avec ces différents plans comme un chef d'orchestre avec ses pupitres, maintenant une clarté et une séparation qui permettent d'apprécier chaque détail du mix sans jamais perdre la cohérence de l'ensemble. Les basses électroniques, très présentes et profondément ancrées dans les fréquences graves, bénéficient de l'extension du casque qui descend bas sans floculation ni bavure. Sur "Steppe Resonance", quand la grosse caisse électronique entre en dialogue avec le bourdon du koubyz, on sent physiquement la pression acoustique – pas au niveau d'un planar ou d'un fermé basshead, certes, mais avec une précision et un contrôle qui impressionnent.
Maintenant, soyons honnêtes : ce type de musique hybride, entre tradition et modernité, entre acoustique et électronique, peut parfois sonner artificiellement "construit" sur un casque aussi révélateur. Certains traitements numériques, certaines réverbérations algorithmiques apparaissent pour ce qu'elles sont : des effets ajoutés en post-production plutôt que des espaces acoustiques naturels. Le HD650, avec sa tendance à lisser et harmoniser l'ensemble, offrirait probablement une écoute plus "fondue", plus immersive au sens où on se laisserait porter par l'atmosphère sans analyser les coutures. Mais justement, l'intérêt du DT 1990 PRO Mk2 sur un album comme Ural Batyr, c'est de comprendre comment cette musique est fabriquée, assemblée, construite. C'est moins une expérience contemplative qu'une exploration technique – et c'est passionnant à sa manière. Votre chaîne FiiO/iFi gère admirablement bien la dynamique importante de l'album (des passages quasi silencieux aux explosions rythmiques brutales) et la complexité fréquentielle (des sub-bass synthétiques aux aigus cristallins du kuraï). Après quarante minutes d'écoute intensive, par contre, les limites du confort du Beyerdynamic se font sentir : là où le HD650 vous laisserait poursuivre pendant des heures, le DT 1990 PRO Mk2 demande des pauses. Mais quelle découverte ! Ce mélange étonnant de musique bashkire ancestrale et de production contemporaine trouve dans ce casque analytique un révélateur idéal, qui permet d'apprécier à la fois l'authenticité des instruments traditionnels et la sophistication de la production moderne. Un pari réussi, pour l'album comme pour le casque.
08:18 Publié dans Actualité, Casque Hi-fi | Lien permanent | Commentaires (0) |
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