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13/03/2026

L’âge d’or de l’Amérique appartient définitivement au passé (2/2)

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Est-ce que quelqu'un croit réellement que le port d'un masque pseudo-sanitaire, des injections expérimentales imposées par le mensonge et la peur ou des cheveux bleus ou verts donc l'accès aux joies de la société démocratique encore plus marchande vont émanciper la femme iranienne sous le régime des mollahs mis en place hier par Washington ? Notre analyse qui n'est ni sur la ligne Trump ni sur celle politique de la gauche anti Trump est fondé sur des sources publiques vérifiables, notamment les retranscriptions officielles du discours de Trump publiées par PBS NewsHour et NPR, les comptes rendus des auditions parlementaires publiés par CNN, NBC News, The Hill, CNBC et UPI, les données de la dette nationale publiées par le Joint Economic Committee du Congrès et la Treasury, les analyses du Congressional Budget Office, la chronologie de la crise Iran-États-Unis de 2026 publiée sur Wikipedia et des sources académiques sur l'histoire des relations anglo-américaines avec l'Iran.

 

 

Ces Guerres que le Discours Efface

Dans son discours, Trump a brossé le tableau d'une Amérique qui a apporté la paix au monde, ou du moins qui oeuvre en ce sens. Les guerres héritées seraient en voie de résolution. L'Amérique serait de retour comme puissance de stabilisation.

La réalité de 2026 invite à plus de prudence.

2465QF.jpgAu moment où Trump prononçait son discours, Gaza était toujours sous les bombes. Le conflit entre Israël et le Hamas, qui a commencé le 7 octobre 2023, n'a connu aucune résolution durable. Les estimations du nombre de morts palestiniens civils dépassent désormais les chiffres les plus dramatiques de la guerre précédente. Les Nations Unies ont documenté la destruction de plus de 60 % des infrastructures de la bande de Gaza. Des hôpitaux, des écoles, des mosquées, des marchés ont été réduits en ruines. L'aide humanitaire a été, à plusieurs reprises, bloquée.

Le représentant iranien Esmaeil Baqaei a répondu au discours de Trump en l'accusant de « gros mensonges » contre l'Iran. Cette réponse s'inscrit dans un contexte où les États-Unis ont assisté leur allié israélien sans condition, défendant systématiquement les opérations militaires israéliennes à l'ONU et continué à livrer des armements. Dire que les guerres ont « disparu » ou que l'Amérique a apporté la paix, c'est soit nier Gaza, soit considérer que les Palestiniens ne comptent pas dans la comptabilité de la paix mondiale.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky continue d'exercer ses fonctions. La guerre russo-ukrainienne se poursuit, avec ses destructions, ses déplacements de population, ses pertes humaines. Certes, des négociations ont repris sous impulsion américaine, et Trump s'est attribué le mérite de toute avancée diplomatique dans ce dossier. Mais une paix durable en Ukraine n'est pas réalisée. Le pays est encore en guerre.

Le discours de Trump sur l'état de l'Union, en minimisant la complexité de ces dossiers, révèle une géopolitique de la communication : s'attribuer les succès potentiels, minimiser ou taire les échecs, et présenter des processus en cours comme des victoires déjà acquises. C'est une politique du récit bien davantage qu'une politique du réel.

Les menaces américaines de « capturer » le Groenland, territoire autonome appartenant au Danemark, membre de l'OTAN, ont constitué l'une des lignes de rupture les plus troublantes de la première année du second mandat de Trump. Ces déclarations, répétées sans être rétractées, posent une question constitutionnelle et stratégique sérieuse : comment un pays qui se présente comme champion de la liberté et de la souveraineté nationale peut-il menacer d'annexer un territoire démocratique appartenant à un allié ?

Trump, dans son discours, a mentionné que l'Amérique était « plus forte que jamais » et capable de défendre ses intérêts. Il n'a pas évoqué le Groenland directement, mais la politique de menaces d'annexion fait partie du contexte dans lequel son discours doit être lu. La doctrine qui sous-tend ces ambitions n'est pas l'isolationnisme — c'est une forme de néo-impérialisme assumé, qui revendique le droit des États-Unis à étendre leur emprise territoriale et géopolitique sur ce qu'ils considèrent comme leur zone naturelle d'influence.

Parmi les moments les plus spectaculaires du discours figurait la remise de la Médaille d'honneur au Warrant Officer Eric Slover, blessé lors de ce que Trump a appelé la « capture » du président Nicolas Maduro. L'opération militaire américaine au Venezuela, qui a conduit à l'arrestation et à la détention d'un chef d'État souverain sur son propre territoire, constitue un précédent géopolitique d'une gravité extraordinaire.

f0020739.jpgQuelle que soit l'opinion que l'on peut avoir de Maduro et de son régime — dont les violations des droits humains sont documentées et condamnées, comme le sont celles américaine à Guantanamo —, la capture armée d'un président en exercice d'une démocratie par les forces militaires d'une puissance étrangère sur le sol de son propre pays constitue une violation flagrante du droit international, de la Charte des Nations Unies et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures des États. En la présentant comme un acte héroïque digne de la Médaille d'honneur, Trump normalise une doctrine qui, si elle était appliquée réciproquement, pourrait légitimer n'importe quelle agression militaire étrangère contre n'importe quel gouvernement.

Ce qui frappe dans la mise en scène de ce moment — la nièce de l'opposant libéré, les larmes, l'ovation —, c'est la maestria rhétorique du geste, qui transforme une violation du droit international en épisode d'une série télévisée patriotique.

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L'Iran : La Guerre comme Diversion

Au moment du discours de Trump, la tension entre les États-Unis et l'Iran avait atteint un niveau critique. Depuis le 13 janvier 2026, le président avait déclaré à plusieurs reprises que les États-Unis étaient prêts à frapper militairement l'Iran. Des groupes de combat navals, des sous-marins et des avions avaient été déployés dans le Golfe Persique. Le 3 février, six canonnières des gardiens de la révolution islamique avaient tenté d'intercepter un pétrolier américain dans le détroit d'Ormuz. Le 5 février, l'Iran avait saisi deux pétroliers dans le Golfe. Le 17 février, lors de la deuxième ronde de négociations à Genève, Khamenei avait menacé de couler des navires de guerre américains.

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Si aucun pays n'est parfait, l'Iran vu par la propagande militante du grand média occidental est loin du réel, en fait on voudrait nous faire croire à un état Daesh alors que l'Iran comme la Palestine en ont été les cibles. Puissance moyenne sous sanctions depuis des dizaines d'années, l'Iran est une société de consommation parfaitement inscrite dans le capitalisme globalisé le plus caractéristique. Le régime de smollahs a été mis en place par Washington pour briser le partenariat nucléaire entre la France et le Shah élaboré avec le général de Gaulle. On y écoute la même musique de rap et techno qu'en Occident, on y consomme dans le fast food KFC en portant des tenues branchées, le niveau de vie n'a rien à envier à celui de la Grèce ou de la Roumanie; la liberté d'expression n'est pas inférieure à celle de la France. On peut même parler climat, sanitaire, Ukraine, Gaza ou affaire Epstein sans risque. À Paris, c'est plus difficile !

 

Dans ce contexte d'escalade délibérée, Trump a déclaré dans son discours que l'Iran « n'aura jamais d'arme nucléaire ». Les généraux américains, dont le président de l'état-major Dan Caine, ont certes exprimé en coulisses des réserves sur les risques d'une opération militaire de grande envergure contre l'Iran. Mais les signaux publics envoyés par la Maison Blanche suggèrent que les frappes sont envisagées comme option concrète, voire imminente.

Des analystes et observateurs de nombreux horizons politiques ont avancé une hypothèse troublante : la montée en tension avec l'Iran serait au moins partiellement motivée par une logique de diversion. En particulier, la diversion par rapport à l'affaire Epstein et aux questions sur la justice que l'administration ne veut pas traiter.

La corrélation temporelle est en tout cas frappante. Chaque escalade majeure dans le dossier iranien a coïncidé avec une semaine difficile pour l'administration sur le front judiciaire. L'annonce d'une « armada massive » dirigée vers l'Iran est intervenue le 28 janvier, soit dans les jours suivant les premières publications chaotiques des fichiers Epstein. L'intensification de la rhétorique guerrière en février a coïncidé avec les auditions parlementaires sur la gestion de ces mêmes fichiers.

Une guerre contre l'Iran présenterait des risques électoraux considérables. Les sondages montrent constamment que les Américains ne soutiennent pas une nouvelle aventure militaire au Moyen-Orient. La leçon de l'Irak, de l'Afghanistan et de la Libye est gravée dans la conscience collective. Et la perspective d'une fermeture du détroit d'Ormuz, avec ses conséquences sur les prix du carburant et sur une économie déjà fragile, dix mois avant les midterms, constituerait une catastrophe politique potentielle pour le Parti républicain.

Pour comprendre pourquoi la rhétorique guerrière américaine contre l'Iran rencontre une telle résistance dans l'opinion mondiale et suscite une telle méfiance même parmi les alliés les plus proches, il faut remonter à l'histoire — une histoire que les discours présidentiels américains ne racontent jamais.

Tout commence avec le pétrole. En 1901, William Knox D'Arcy obtient du Shah Qajar une concession lui accordant les droits d'exploitation des ressources pétrolières iraniennes. En 1908, du pétrole est découvert dans le Khuzestan, et l'Anglo-Persian Oil Company (APOC, qui deviendra l'Anglo-Iranian Oil Company puis BP) est constituée. Dès lors, la souveraineté iranienne sur ses propres ressources naturelles devient une fiction. La compagnie britannique verse à l'Iran des redevances ridiculement faibles — parfois aussi peu que 16 % de ses bénéfices — tout en payant des impôts substantiels au Trésor britannique. En 1949, l'Iran a reçu 13,5 millions de livres sterling tandis que le gouvernement britannique en percevait 22,8 millions.

5055176.jpgEn mars 1951, Mohammad Mossadegh devient Premier ministre de l'Iran sur la promesse de nationaliser l'industrie pétrolière. C'est une promesse populaire : les foules scandent son nom dans les rues de Téhéran. La nationalisation est votée par le Parlement en mai 1951. La réaction britannique est immédiate : embargo mondial sur le pétrole iranien, gel des avoirs, pression diplomatique intense. Mais Mossadegh tient bon.

C'est alors que les opérations de déstabilisation commencent. Le 19 août 1953, une combinaison de la CIA (Opération Ajax, budget de 20 millions de dollars) et du MI6 britannique (Opération Boot) renverse le gouvernement démocratiquement élu de Mossadegh. Des manifestants payés, de la propagande, des menaces contre des chefs religieux, des pots-de-vin versés à l'entourage du Shah : environ 300 personnes meurent dans les rues de Téhéran. Mossadegh est emprisonné, puis assigné à résidence jusqu'à sa mort. Le Shah Mohammad Reza Pahlavi, installé par les Occidentaux, signe peu après un accord accordant aux compagnies américaines 40 % du consortium qui contrôlera le pétrole iranien pendant les vingt années suivantes.

« En une décision décisive, un dirigeant démocratiquement élu a été renversé dans une opération anglo-américaine clandestine, les puissances étrangères ont réaffirmé leur contrôle sur le pétrole iranien, et l'autocratie du Shah a été restaurée. » — Explaining History, analyse du coup d'État de 1953

Cette opération constitue l'archétype de l'interventionnisme impérial occidental dans le monde arabo-musulman. Elle sera répétée au Guatemala, en Indonésie, au Chili. Pour les Iraniens, elle reste une blessure nationale non cicatrisée, un traumatisme fondateur qui explique en grande partie l'hostilité profonde de la révolution islamique de 1979 envers les États-Unis.

Les interventions ne s'arrêtent pas là. Pendant la guerre Iran-Irak des années 1980, les États-Unis apportent un soutien militaire et logistique à Saddam Hussein, y compris lorsque ce dernier utilise des armes chimiques contre les soldats iraniens et les populations civiles kurdes. En 1988, la frégate américaine USS Vincennes abat par erreur le vol Iran Air 655, tuant 290 passagers civils. Plutôt qu'une véritable reconnaissance de responsabilité, les États-Unis versent une indemnisation financière sans exprimer d'excuses formelles.

En 2015, l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) offre une fenêtre de désescalade. Trump le dénonce unilatéralement lors de son premier mandat en 2018, réimposant des sanctions sévères. En janvier 2020, une frappe de drone américain assassine le général Qassem Soleimani, chef des forces Al-Qods des Gardiens de la révolution islamique, à l'aéroport de Bagdad. L'Iran riposte en bombardant des bases militaires américaines en Irak.

Cette histoire longue et douloureuse explique pourquoi les menaces de Trump contre l'Iran ne peuvent être comprises dans leur seul contexte du moment. Elles s'inscrivent dans un continuum d'une intensité particulière, où le pétrole, la souveraineté et la mémoire des humiliations se mêlent pour former un combustible politique explosif. Et elle révèle ce que les discours officiels américains ne disent jamais : que l'histoire des relations américano-iraniennes est d'abord une histoire de prédation économique habillée en croisade pour la liberté.

Pour l'administration Trump, la question iranienne concentre tous les risques. Une guerre contre l'Iran serait la première grande conflagration militaire directe entre les deux pays. L'Iran n'est pas l'Irak de 2003 : c'est un pays de 90 millions d'habitants, doté d'une armée structurée, de capacités balistiques, d'un réseau de proxies à travers le Moyen-Orient (Hezbollah, Houthis, milices irakiennes) et d'une capacité à paralyser le détroit d'Ormuz qui ferait exploser les prix du pétrole mondiaux.

snap06244.jpgLes généraux américains eux-mêmes, y compris le président de l'état-major Dan Caine, ont exprimé en privé de sérieuses réserves sur la faisabilité et les conséquences d'une opération militaire d'envergure contre l'Iran. Ces réserves ne semblent pas avoir tempéré la rhétorique présidentielle.

Du point de vue des midterms de novembre 2026, une guerre contre l'Iran serait une catastrophe potentielle. Non seulement parce que l'opinion publique américaine n'y est pas favorable, mais parce que les conséquences économiques — flambée des prix du pétrole, inflation, perturbation des marchés — viendraient contredire brutalement le récit de l'âge d'or que Trump a mis cent huit minutes à construire le 24 février.

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La Liberté Étouffée : Les Universités et la Question Palestinienne

L'un des aspects les moins couverts du bilan de la première année du second mandat de Trump est la restriction systématique de la liberté d'expression sur les campus universitaires américains, en particulier sur la question palestinienne. Ce phénomène, souvent désigné sous le terme de « Palestine exception to free speech », désigne la tendance des institutions universitaires à appliquer des standards d'expulsion, de suspension et de surveillance bien plus sévères aux expressions de solidarité avec la cause palestinienne qu'à d'autres formes d'activisme politique.

Depuis le 7 octobre 2023 et plus encore depuis l'arrivée de Trump au pouvoir en janvier 2025, cette exception s'est institutionnalisée. Selon une enquête de l'organisation Palestine Legal, des milliers de cas de censure, de suspension, d'expulsion et de menaces de déportation ont été documentés dans les universités américaines à l'encontre d'étudiants et de professeurs qui exprimaient leur opposition à l'offensive militaire israélienne à Gaza.

snap06245.jpgEn juillet 2025, l'Université Columbia — sous pression de l'administration Trump qui avait suspendu 400 millions de dollars de subventions fédérales — a adopté la définition IHRA de l'antisémitisme, définition controversée car elle assimile certaines critiques politiques de l'État d'Israël à l'antisémitisme. La décision a provoqué la démission du professeur Rashid Khalidi, titulaire de la chaire Edward Said d'études arabes modernes, qui a dénoncé l'université pour avoir accepté d'« opérer comme un bras de l'État pour censurer et punir les paroles que l'administration Trump n'aime pas ».

En Floride, le gouverneur DeSantis avait ordonné la dissolution des chapitres de Students for Justice in Palestine sur les campus publics de l'État, une décision que l'ACLU a contestée en justice comme contraire au Premier Amendement. À l'Université du Michigan, une enquête du journal The Guardian a révélé en juin 2025 que l'université avait dépensé plus de 800 000 dollars pour engager une société de sécurité privée chargée de surveiller en sous-main des groupes d'étudiants pro-palestiniens, y compris en dehors du campus.

Ces politiques posent une question constitutionnelle fondamentale. Le Premier Amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d'expression et la liberté de réunion pacifique, est l'une des libertés les plus fréquemment citées par Trump lui-même lorsqu'il défend ses propres droits face aux poursuites judiciaires. Mais cette même liberté ne semble pas devoir s'appliquer aux étudiants qui expriment leur opposition à une politique étrangère américaine ou à une opération militaire soutenue par les États-Unis.

Selon une enquête de la Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE), près de 70 % des étudiants américains déclaraient en 2025 s'autocensurer sur les questions liées à la guerre à Gaza. Plus de 76 % des chercheurs spécialisés sur le Moyen-Orient indiquaient ressentir une pression accrue à l'autocensure depuis le début de la guerre. Cette proportion surpasse même celle constatée pendant le maccarthysme, ce qui représente un recul historique pour les libertés académiques américaines.

Les Nations Unies ont pris position. En octobre 2025, un groupe d'experts des droits humains de l'ONU a adressé des lettres aux présidents de Columbia, Cornell, Georgetown, Minnesota State et Tufts, exprimant leur « vive inquiétude face aux rapports faisant état d'étudiants arrêtés, suspendus et expulsés » et avertissant que « cette pression et ces attaques publiques contre des chercheurs et des institutions peuvent provoquer une répression de la liberté d'expression et une auto-censure, endommageant ainsi la liberté académique ».

Au-delà des questions de droits constitutionnels, la censure des débats sur la politique au Proche-Orient dans les universités soulève une question d'intérêt national. Les universités sont le lieu où se forment les futurs diplomates, soldats, analystes et décideurs de la politique étrangère américaine. Réduire au silence toute voix critique sur une politique régionale qui engage des dizaines de milliards de dollars d'aide militaire et diplomatique, c'est s'assurer une génération de professionnels incapables de remettre en question les fondements de cette politique.

Des empires ont décliné pour avoir étranglé leur pensée critique. Les États-Unis, dans leur histoire, ont souvent su puiser leur force dans la liberté de débattre même des sujets les plus controversés. Que cette tradition soit aujourd'hui mise à l'index sur certains campus, non par une loi explicite mais par la pression financière de l'exécutif sur des institutions dépendantes des subventions fédérales, représente une forme insidieuse d'autoritarisme qui mérite d'être nommée pour ce qu'elle est.

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L'Isolationnisme Partiel et le Discours des Héros : la Logique du Déclin

L'un des paradoxes les plus frappants de la politique de Trump est la contradiction entre sa rhétorique isolationniste — l'Amérique d'abord, retrait des engagements internationaux, critique de l'OTAN, refus des accords multilatéraux — et ses actions réelles, qui révèlent un interventionnisme sélectif mais spectaculaire : saisie du président vénézuélien, menaces d'annexion du Groenland, escalade militaire contre l'Iran, maintien d'une présence militaire massive au Moyen-Orient.

L'isolationnisme de Trump n'est pas un retrait du monde. C'est une redéfinition des conditions d'engagement : les États-Unis n'interviennent plus pour défendre des principes abstraits comme la démocratie ou les droits humains, mais pour des intérêts concrets — économiques, géostratégiques, énergétiques. C'est une forme de réalisme impérial qui abandonne le masque idéologique mais conserve les pratiques de domination.

Ce n'est pas sans précédent dans l'histoire américaine. Ce qui est nouveau, c'est l'audace de l'aveu implicite : quand un président américain décore d'une Médaille d'honneur le pilote qui a livré les commandos chargés de capturer un chef d'État souverain, il assume publiquement ce que ses prédécesseurs faisaient discrètement. La CIA a financé des coups d'État, l'administration Trump envoie des Chinooks.

Il est une autre dimension du discours de Trump qui mérite attention : sa structure narrative profonde. Cent huit minutes d'évocation des héros, des vétérans, des martyrs, des champions, des libérés des geôles étrangères. Un vieillard de cent ans présent dans la galerie. Un soldat blessé au Venezuela. Un père en larmes pour sa fille libérée. Une équipe olympique de hockey sous les vivats.

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Cette mobilisation systématique des figures héroïques et des récits émotionnels rappelle une autre tradition rhétorique. Dans les heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les armées soviétiques reculaient face à l'avancée allemande, Staline et la propagande soviétique ont opéré un tournant radical. On a cessé de parler de lutte des classes, d'internationalisme prolétarien, de révolution. On a commencé à parler de mères russes, de héros de la guerre de 1812, de saints et de tsars. Alexandre Nevski est apparu dans les films de propagande. Le patriarche orthodoxe a été sorti de sa semi-clandestinité. Ce n'était pas parce que les choses allaient bien. C'était parce que les choses allaient très mal, et que le récit idéologique ordinaire ne suffisait plus à mobiliser un peuple dont les fils mouraient par millions.

Le Trump du 24 février 2026 ne convoque pas Staline. Il convoque Roosevelt, MacArthur, les héros de la Guerre de Corée, un aviateur centenaire qui a survécu à la Battle of Manila. Il appelle la révolution de 1776, le « flamme de la liberté ». Il dit : « La révolution qui a commencé en 1776 n'est pas terminée. » Ce n'est pas le langage d'un pays qui va trop bien. C'est le langage d'un pays qui a besoin de se rappeler d'où il vient parce qu'il est incertain de savoir où il va.

Cette analogie n'est pas une condamnation morale. Les grandes nations traversent des crises. L'Amérique a connu des moments bien plus durs. Mais reconnaître la crise est la condition pour la surmonter. L'nier, la couvrir de discours triomphaux, la diluer dans cent huit minutes de rhétorique patriotique, c'est peut-être la façon la plus efficace de l'aggraver.

Les États-Unis d'aujourd'hui sont encore, très majoritairement, dans une logique de guerre économique et non de conflit armé traditionnel. Les tarifs douaniers, les sanctions, les restrictions technologiques, les contrôles sur les investissements étrangers : ce sont les armes du conflit contemporain. La Chine, la Russie, l'Union européenne : les adversaires ou partenaires des États-Unis se mesurent d'abord en termes de flux commerciaux et financiers, de maîtrise des chaînes d'approvisionnement, de domination technologique.

Mais cette guerre économique a ses limites. Et quand elle les atteint — quand la pression ne suffit plus à obtenir ce qu'on veut —, la tentation de la canonnière revient. Contre le Venezuela, pays dont les capacités militaires ne constituent pas un défi sérieux pour la première puissance mondiale. Contre l'Iran, dont le pétrole et la position géographique sont des enjeux cruciaux. Dans ces deux cas, la violence ne fait pas appel à l'argument : elle fait appel à la force brute.

Le risque, pour l'administration Trump, est que cette logique de force soit perçue — en interne comme à l'étranger — non comme un signe de puissance mais comme un signe de faiblesse. Les empires n'ont jamais été plus brutaux que quand ils commençaient à décliner. La brutalité n'est pas toujours de la force : c'est parfois l'aveu que les arguments ont cessé de fonctionner.

L'histoire, si elle est honnête, retiendra de ce discours plusieurs choses qui ne s'y trouvaient pas : l'absence de tout compte rendu sérieux sur la dette colossale qui croît de 8 milliards de dollars par jour ; l'absence de toute mention de Gaza et de ses dizaines de milliers de morts ; l'absence de tout aveu sur les fichiers Epstein et les promesses de justice non tenues ; l'absence de toute reconnaissance des restrictions à la liberté académique qui représentent un recul de la démocratie américaine.

Et elle retiendra aussi ce qui s'y trouvait, et qui n'aurait pas dû s'y trouver : la présentation triomphale d'une opération militaire illégale au Venezuela comme un acte de bravoure nationale ; la répétition incantatoire d'un âge d'or que les données économiques ne confirment pas ; une rhétorique guerrière contre l'Iran qui fait craindre une escalade dont les conséquences pourraient s'avérer catastrophiques pour l'Amérique elle-même.

Les midterms de novembre 2026 constitueront la première réponse des électeurs à ce discours et à la réalité qui le sous-tend. La gouverneure Spanberger, en choisissant Williamsburg pour délivrer la réponse démocrate — la ville où les fondateurs américains ont délibéré —, n'a pas choisi ce symbole au hasard. Elle rappelait que la grandeur de l'Amérique n'est pas un titre héréditaire qu'on peut simplement proclamer : c'est un engagement renouvelé chaque jour, dans chaque décision, dans chaque vérité dite ou tue.

Il est peut-être trop tôt pour dire si l'Amérique de 2026 est en déclin. Les nations ont une résilience que les analyses conjoncturelles sous-estiment souvent. Mais il n'est pas trop tôt pour dire que le discours du 24 février était plus un cri de ralliement face à l'inquiétude qu'un rapport de situation serein face à la victoire. Et que la différence entre les deux, même habillée en cent huit minutes de fanfare patriotique, ne trompe pas indéfiniment ceux qui vivent la réalité que ce discours s'employait à couvrir.

 

 

Petit bilan historique de l'ingérence anglo-américaine visant à soumettre et piller l'Iran mais aussi à en chasser la France.

Il démontre en passant que la question religieuse pointée comme source de tous les problèmes est une pure fable construite par une propagande au budget illimité.

 

L'emprise britannique (1901-1921)

  • 1901 : Concession D'Arcy. Un Britannique obtient l'exclusivité de la recherche pétrolière pour 60 ans sur 80% de l'Iran via des pots-de-vin à des officiels Qajar, en échange de 16% des "bénéfices nets" fantômes .
  • 1907 : Traité anglo-russe. La Grande-Bretagne et la Russie se partagent l'Iran en sphères d'influence (sud aux Britanniques, nord aux Russes), ignorant la souveraineté iranienne fraîchement dotée d'un parlement .
  • 1908 : Découverte du pétrole. Une équipe britannique frappe le premier grand puits de Moyen-Orient à Masjed Soleyman. Création de l'Anglo-Persian Oil Company (APOC, future BP) .
  • 1914 : Contrôle étatique britannique. Le gouvernement britannique (Winston Churchill) achète 51% des parts de l'APOC pour sécuriser son carburant naval, faisant de la compagnie un instrument officiel de l'Empire .
  • 1916 : Occupation militaire. L'armée britannique envahit une large partie du sud de l'Iran pendant la Grande Guerre pour protéger ses installations pétrolières .
  • 1919 : Projet de protectorat. L'Angleterre impose l'Accord anglo-persan au Shah, qui aurait transformé l'Iran en protectorat. L'accord est massivement rejeté par la population et finalement annulé par le parlement en 1921 .

Verrouillage et résistance (1921-1941)

  • 1921 : Coup d'État britannique. La Grande-Bretagne orchestre le coup d'État du général Reza Khan (futur Reza Shah), officiellement pour stabiliser le pays, en réalité pour écraser les oppositions populaires et garantir la sécurité pétrolière .
  • 1921 : Blocage des Américains. La tentative d'accorder une concession pétrolière dans le nord à une compagnie américaine (Standard Oil) échoue sous la pression conjointe de Londres et Moscou .
  • 1932-1933 : Nouvel accord léonin. Reza Shah annule la concession D'Arcy. Réponse : Londres envoie des navires de guerre. Sous cette pression, un nouvel accord est signé (jusqu'en 1993) mais les comptes restent truqués au désavantage de l'Iran .

L'apogée de l'ingérence et le début du relais américain (1941-1953)

  • 1941 : Invasion anglo-soviétique. Londres et Moscou envahissent l'Iran, renversent Reza Shah et le remplacent par son fils Mohammad Reza pour ouvrir un corridor de ravitaillement vers l'URSS .
  • 1944-1947 : Pressions sur le nord. Les tentatives soviétiques pour obtenir du pétrole dans le nord (et l'appui à des républiques autonomes) sont contrecarrées par des pressions américano-britanniques, amorçant le remplacement de Londres par Washington .
  • 1951 : Nationalisation. Sous Mohammad Mossadegh, le parlement vote la nationalisation du pétrole. Londres réplique par des sanctions, le gel des avoirs et un blocus naval de facto .
  • Août 1953 : Coup d'État CIA/MI6. Les services secrets britanniques (MI6) et américains (CIA) renversent Mossadegh. Retour du Shah et création d'un consortium international (40% aux firmes américaines) qui reprend le contrôle du pétrole .

La mainmise américaine (1953-1979)

  • 1954-1979 : L'Iran comme "gendarme". Les États-Unis installent un régime dictatorial. En échange d'un soutien sans faille, ils obtiennent des parts du pétrole et font de l'Iran le "gendarme" du Golfe. L'Iran devient une plateforme d'écoute et une base arrière pour les guerres américaines (Vietnam) .

La confrontation permanente (1979-2026)

  • 1979 : Rupture révolutionnaire. La révolution islamique chasse le Shah. Les États-Unis perdent leur principal allié et ses avoirs sont gelés. C'est le début de quatre décennies d'hostilité ouverte .
  • 1980-1988 : Soutien occidental à Saddam. Washington et Londres fournissent un soutien militaire, logistique et diplomatique crucial à Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak .
  • 1987-1988 : Guerre navale. L'US Navy attaque des plates-formes pétrolières iraniennes (opérations Nimble Archer et Praying Mantis) et abat un avion civil iranien (290 morts) .
  • 2002-2015 : Sanctions et cyber-sabotage. L'Iran est qualifié d'"Axe du mal". Sanctions multilatérales paralysantes. Les États-Unis et Israël lancent le ver Stuxnet pour saboter le programme nucléaire .
  • 2018-2026 : "Pression maximale". Retrait unilatéral de l'accord nucléaire (JCPOA) par Trump. Réimposition de sanctions totales. Assassinat du général Soleimani (2020). En 2025-2026, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne accentuent la pression et menacent de frappes militaires directes pour réduire à zéro les exportations pétrolières iraniennes .

 

 

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