10/04/2026
Tump ou l'illusion de la rupture (1/2)
Dans les semaines qui ont suivi son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump s’est présenté devant ses partisans comme le sauveur d’une nation mise à genoux par l’incurie démocrate. « Nous allons reconstruire l’Amérique », répétait-il en campagne. « Plus de guerres. Plus de mensonges. La prospérité par l’Amérique d’abord. » Mais aujourd’hui, en ce début d’année 2026, un constat s’impose avec la brutalité d’une évidence : la politique trumpienne ne marque aucune rupture avec l’ère Biden, si ce n’est pour accélérer — plus que jamais — le déclin de l’empire américain. Les promesses du programme MAGA, piétinées les unes après les autres, laissent derrière elles un pays appauvri, divisé, dont les alliés s’éloignent et dont la devise vacille. Ce que Trump a fait du rêve qu’il incarnait est peut-être l’une des plus grandes trahisons politiques de l’histoire récente.
Commençons par le premier signe d’une continuité que personne ne peut plus nier. La dette publique américaine, cette bombe à retardement que Trump dénonçait avec véhémence lorsqu’elle grossissait sous Barack Obama puis sous Joe Biden, a poursuivi sa folle escalade sous son second mandat. Elle a officiellement atteint le chiffre astronomique de 38 500 milliards de dollars en janvier 2026. L’emprunt fédéral s’accélère à un rythme de huit milliards de dollars par jour, dépassant largement les prévisions économiques antérieures. Les cinq premiers mois de l’exercice budgétaire 2026 ont vu un déficit de mille milliards de dollars s’ajouter aux comptes publics. Le Congressional Budget Office a revu ses prévisions à la hausse : le déficit devrait atteindre 1 853 milliards de dollars pour l’année fiscale 2026, soit 5,8 % du PIB, tandis que le déficit cumulé sur la décennie est désormais évalué à 22 700 milliards. Ces chiffres pourraient paraître abstraits s’ils ne signaient pas la faillite d’une promesse centrale du MAGA : celle d’une gestion budgétaire responsable.
Sous Joe Biden, la dette avait déjà connu une progression inédite, dopée par les plans de relance post-COVID et les investissements massifs. Sous Trump, le rythme ne faiblit pas — il s’amplifie. La différence, c’est que la rhétorique trumpienne ne peut plus invoquer la pandémie comme excuse. La guerre d’Iran, engagée fin février 2025, engloutit chaque jour des milliards supplémentaires, tandis que les baisses d’impôts — éternel remède de cheval — ne produisent aucune croissance digne de ce nom. Le CRFB, organisme indépendant de suivi budgétaire, a souligné que « la situation financière de la nation s’est détériorée depuis l’arrivée de Trump au pouvoir ». Dans le même temps, la croissance démographique américaine a ralenti à seulement 0,4 % en 2025, soit son plus faible rythme depuis la pandémie. Le taux de fécondité, estimé à 1,58 enfant par femme en 2026, devrait encore tomber à 1,53 en 2036. Ce déclin démographique, conjugué à la chute de l’immigration nette, prive le pays de la seule force qui permettait encore d’amortir ses excès budgétaires : un marché du travail en expansion. L’Amérique vieillit avant même d’avoir remboursé ses dettes.
Le dollar, cette monnaie d’un empire qui vacille
Plus inquiétant encore pour la puissance américaine : le dollar, pilier de l’hégémonie financière des États-Unis, a connu en 2025 sa plus forte chute annuelle depuis huit ans. L’indice DXY a plongé de quelque 9,5 %, oscillant autour de 98 points en fin d’année avant de passer sous le seuil symbolique de 97 en janvier 2026. Les prévisions des grandes banques d’affaires vont dans le même sens : Morgan Stanley anticipe un DXY à 89 d’ici fin 2026. Cet affaiblissement n’est pas le fruit du hasard. Il traduit la défiance croissante des investisseurs internationaux face à une politique budgétaire jugée incontrôlée, à des droits de douane qui étouffent le commerce mondial et à un climat d’incertitude politique que la Maison-Blanche cultive plus qu’elle ne l’apaise.
Un dollar faible, c’est une inflation importée, un coût de la vie qui monte, des ménages américains qui s’appauvrissent. C’est aussi, plus profondément, la fin d’une exception. Pendant des décennies, le billet vert a bénéficié du privilège exorbitant d’être la monnaie de réserve mondiale. Aujourd’hui, la Chine, la Russie, les pays du Golfe multiplient les accords bilatéraux en yuan. Les banques centrales étrangères réduisent leurs réserves de dollars. Ce n’est pas encore la fin du règne, mais c’en est le crépuscule. Et ce crépuscule, Trump l’a accéléré en croyant mener une guerre commerciale victorieuse.
Car la guerre commerciale est un échec retentissant. Les chiffres sont implacables : en 2025, le déficit commercial total des États-Unis s’est établi à 901,5 milliards de dollars. Surtout, le déficit des biens — le vrai, celui que Trump avait juré de réduire — a atteint un niveau historique de 1 240 milliards de dollars, en hausse de 2,1 % par rapport à 2024. Les droits de douane censés protéger l’industrie nationale n’ont fait qu’alourdir la facture des importateurs américains, tandis que les partenaires commerciaux répondaient par des mesures de rétorsion qui ont pénalisé les exportateurs. En décembre 2025, le déficit des biens s’est brutalement creusé à 98,5 milliards, soit une hausse de 19 % sur un mois, bien au-delà des attentes des analystes. Le commerce avec le Canada, pourtant allié historique, a chuté de plus de 18 % en janvier 2026 par rapport à l’année précédente.
Le rêve MAGA d’une réindustrialisation par le protectionnisme s’est heurté à une réalité têtue : l’Amérique ne produit plus assez pour se passer du reste du monde. La fermeture des frontières commerciales n’a pas ranimé les usines de l’Ohio ou de Pennsylvanie. Elle a simplement renchéri le coût des matières premières et des biens de consommation, alimentant une inflation persistante que la politique monétaire peinait à juguler.
Le marché du travail en chute libre
La conséquence la plus immédiate et la plus douloureuse pour les Américains se lit dans les statistiques de l’emploi. L’année 2025 a été catastrophique : 1 206 374 suppressions de postes ont été annoncées, soit le niveau annuel le plus élevé depuis 2020 et le septième plus élevé depuis 1989. Rien qu’en octobre 2025, plus de 150 000 licenciements ont été annoncés, un record pour ce mois depuis plus de deux décennies. Amazon a supprimé environ 14 000 emplois cadres, Intel, Microsoft, UPS ont massivement taillé dans leurs effectifs. La tendance ne s’est pas inversée en 2026 : en janvier, les licenciements ont bondi de 118 % par rapport au même mois de l’année précédente, atteignant leur plus haut niveau depuis 2009. Le secteur technologique, jadis moteur de l’économie américaine, a perdu 52 050 emplois au premier trimestre 2026, contre 37 097 pour la même période de 2025.
Derrière ces chiffres se cache une réalité sociale en train de se désagréger. Les créations nettes d’emplois, principale mesure de la santé du marché du travail, ont chuté à leur plus faible moyenne mensuelle depuis 2003, hors récession. Les annonces de suppression de postes en 2025 ont augmenté de 58 % par rapport à 2024. Chaque semaine, les rubriques économiques des journaux s’emplissent de plans sociaux, de fermetures d’usines, de restructurations. La promesse trumpienne d’un « emploi pour chaque Américain qui veut travailler » s’est muée en une lugubre réalité : celle de la précarité qui gagne, des dettes qui s’accumulent, des rêves brisés.
Cette détresse se traduit déjà dans les registres de faillite. Au premier trimestre 2026, les tribunaux américains ont enregistré 150 009 dépôts de bilan, contre 132 094 sur la même période de l’année précédente. Les faillites d’entreprises
commerciales ont augmenté de 14 % en glissement annuel. Mais c’est du côté des particuliers que la situation est la plus alarmante : les faillites individuelles ont progressé de 17 % en mars 2026 par rapport à mars 2025, atteignant 55 381 cas. Une chaîne de pizzas vieille de cinquante ans, Gina Maria’s, a dû déposer le bilan, ses actifs ne couvrant que 64 000 dollars pour 2,9 millions de dettes. Une micro-brasserie texane, 3rd Level Brewing, a connu le même sort .
Ces faillites sont les canaris dans la mine de charbon de l’économie américaine. Les taux d’intérêt élevés, héritage de la politique monétaire destinée à juguler l’inflation, frappent de plein fouet les ménages surendettés et les petites entreprises dont la trésorerie était déjà fragile. Mais là encore, aucune rupture avec l’ère Biden : l’inflation et les taux avaient commencé à grimper bien avant. Trump n’a fait que poursuivre une politique monétaire contrainte, sans jamais proposer d’alternative crédible.
La confiance des ménages en miettes
Les indicateurs de confiance des consommateurs, ces baromètres de l’humeur nationale, racontent la même histoire. L’indice du Conference Board est passé de 97,4 en août 2025 à 84,5 en janvier 2026, effondrement brutal qui témoigne d’un profond désenchantement. La consommation des ménages — moteur traditionnel de la croissance américaine — n’a progressé que de 1,8 % en moyenne sur la période 2025‑2026, contre 2,8 % en 2024. La croissance de la population américaine elle-même ralentit, passant de 1,0 % en 2024 à 0,5 % en 2025, selon le Census Bureau. Cette contraction démographique, couplée à la baisse de l’immigration, menace directement la base fiscale et le potentiel économique à long terme.
On pourrait presque y voir une métaphore : l’Amérique de Trump vieillit, s’endette, se replie sur elle-même. Elle ressemble à ces empires de la fin du XIXe siècle qui, convaincus de leur supériorité, ont préféré construire des murs plutôt que des ponts, jusqu’à ce que le monde leur échappe définitivement.
Mais la crise n’est pas seulement économique. Elle est aussi institutionnelle, sociale, et même morale. L’un des signes les plus troublants du glissement autoritaire du second mandat trumpien réside dans l’explosion des détentions administratives liées à l’immigration. Entre 2025 et 2026, le nombre de personnes
détenues par l’ICE à un moment donné a augmenté de 58 %, selon un rapport publié en mars 2026. À la mi-janvier 2026, l’ICE détenait environ 73 000 personnes, un record absolu depuis la création de l’agence. Le nombre de personnes sans aucun casier judiciaire placées en détention par l’ICE a explosé de 2 500 % en un an. Les trois quarts des détenus de l’ICE n’avaient jamais été condamnés pour aucun délit. La croissance carcérale américaine, ces dernières années, repose quasi exclusivement sur l’enfermement migratoire.
Ce tournant répressif, présenté comme une simple politique de contrôle des frontières, relève en réalité d’une logique d’enfermement de masse qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire pénitentiaire américaine. L’administration Trump a fait voter un programme d’enforcement migratoire de 45 milliards de dollars, qui a massivement étendu les infrastructures de détention. Dans le même temps, le nombre de détenus pour crimes fédéraux a diminué, signe que l’enfermement s’est déplacé d’une logique judiciaire vers une logique purement administrative, privant des milliers de personnes de toute procédure régulière.
La restriction des libertés ne s’arrête pas aux seuls immigrés. Les manifestants pacifiques — étudiants, militants pour la paix, opposants à la guerre contre l’Iran — ont été régulièrement arrêtés, parfois déportés, sous des motifs souvent fallacieux. Plusieurs cas d’étudiants étrangers ayant exprimé des opinions critiques sur les réseaux sociaux ont été signalés, victimes d’une chasse aux sorcières numérique qui aurait été impensable il y a encore une décennie. Les menaces contre la liberté d’expression se multiplient, et les critiques les plus virulentes de la politique trumpienne — nous y reviendrons — se voient désormais ouvertement menacées.
L’affaiblissement des capacités militaires, souvent occulté par les fanfaronnades guerrières de l’administration, est un autre indicateur saisissant du déclin en cours. En mars 2026, l’armée de terre américaine a été contrainte de relever l’âge maximum d’enrôlement de 35 à 42 ans, tout en assouplissant les critères concernant la consommation de cannabis — une mesure désespérée pour élargir son bassin de recrutement. L’âge moyen des recrues a déjà grimpé à 22,7 ans, contre 21,1 ans dans les années 2010. Le message est clair : l’Américain moyen ne souhaite plus s’engager sous les drapeaux. Les jeunes se détournent d’une institution qu’ils perçoivent comme corrompue, instrumentalisée, ou simplement trop dangereuse. Cette désaffection n’est pas conjoncturelle — elle est structurelle — et elle sonne le glas d’une puissance qui ne peut plus compter sur ses propres enfants pour se défendre.
L’image internationale en lambeaux : tourisme et soft power en chute
L’image des États-Unis à l’étranger, ce fameux soft power qui a longtemps compensé les faiblesses militaires par une puissance d’attraction culturelle et économique, n’a jamais été aussi dégradée. Le tourisme international en est le symptôme le plus immédiat. En 2025, le nombre de visiteurs étrangers aux États-Unis a diminué de 4,2 %.
Ce recul est d’autant plus frappant que le tourisme mondial a progressé d’environ 4 % sur la même période. Les États-Unis sont le seul grand pays au monde à avoir enregistré une baisse de fréquentation touristique. La World Travel and Tourism Council a estimé que le pays avait perdu 125 milliards de dollars de dépenses touristiques en 2025. Le nombre de visiteurs canadiens, traditionnellement les plus nombreux, a plongé de 28 % en janvier 2026.
Les causes de ce désamour sont multiples : les politiques d’immigration agressives, les contrôles aux frontières tatillons, l’atmosphère d’hostilité générale dégagée par l’administration, les menaces de déportation qui pèsent même sur les touristes les plus anodins. Les médias étrangers ont baptisé ce phénomène le « Trump slump » — « la dépression Trump ». La part des États-Unis dans les arrivées touristiques mondiales est tombée de 8,4 % en 1996 à 4,9 % en 2024, et devrait encore chuter à 4,8 % en 2025. Un pays qui n’attire plus les touristes, c’est un pays qui ne séduit plus — ni ses alliés, ni ses partenaires économiques, ni les élites étrangères qui faisaient jadis le voyage pour étudier, investir ou simplement admirer.
La guerre d’Iran, engagée en février 2025, a scellé ce divorce avec l’opinion mondiale. L’image des États-Unis comme garants de la stabilité internationale, déjà fragilisée par l’intervention chaotique en Afghanistan, s’est encore dégradée. Les alliés traditionnels — l’Europe, le Japon, la Corée du Sud — ont pris leurs distances, refusant pour la plupart de s’associer à une aventure guerrière sans mandat de l’ONU et sans objectif clair.
C’est sans doute sur ce terrain que la rupture entre Trump et sa propre base est la plus flagrante. Le président avait promis pendant sa campagne de ne pas engager de nouvelles guerres. « Nous allons mettre fin à ces conflits interminables », clamait-il. « Pas de guerre avec l’Iran. » Et pourtant, le 28 février 2025, les bombardements américains ont commencé. Le prétexte officiel ? La menace imminente d’une attaque iranienne, prétexte jamais vraiment étayé par des preuves tangibles. Les coûts directs de la guerre, estimés entre 60 et 100 milliards de dollars, viennent s’ajouter à une dette déjà exorbitante. Mais surtout, cette guerre n’a aucun objectif stratégique cohérent. Les analystes le disent ouvertement : « il n’y a pas de plan clair », « les conditions de la victoire sont indéfinies » . L’Iran, loin de s’effondrer, a habilement joué la carte de la patience, frappant les bases américaines par procuration via ses alliés régionaux. Comme l’écrit The Guardian, les États-Unis se sont « enfoncés dans un échec stratégique définitif ». L’influence américaine au Moyen-Orient, déjà déclinante, a subi un coup peut-être fatal.
Plus profondément, cette guerre révèle la nature même du pouvoir trumpien : une fuite en avant perpétuelle. Incapable de résoudre les contradictions internes — dette, chômage, défiance, déclin — l’administration cherche à les projeter à l’extérieur, dans une confrontation guerrière qui fait diversion. La guerre comme opium du peuple, comme ciment d’une nation qui se désagrège. Mais l’astuce ne fonctionne plus. Les guerres du XXIe siècle ne suscitent plus l’union sacrée ; elles divisent, épuisent, appauvrissent. La guerre d’Iran n’a pas dopé la popularité de Trump. Elle a au contraire élargi les fractures au sein même du camp MAGA.
La trahison du programme MAGA : paix extérieure, justice intérieure
C’est là que se niche la plus grande déception pour les partisans de la première heure. Le programme MAGA reposait sur quelques piliers simples : pas de nouvelles guerres, justice pour les « élites corrompues », restauration de la probité morale. Sur ces trois fronts, Trump a non seulement failli, mais il a activement trahi.
Prenons la guerre d’Iran. Dès les premiers bombardements, des voix conservatrices influentes se sont élevées contre cette décision. Tucker Carlson, ancienne star de Fox News devenue l’un des podcasteurs les plus écoutés d’Amérique, n’a pas mâché ses mots. Il a accusé Trump d’avoir fait un « virage à 180 degrés » par rapport à ses engagements de campagne, affirmant que les États-Unis « privilégiaient les intérêts d’Israël aux leurs ». L’attaque, a-t-il déclaré, était « absolument dégoûtante et maléfique ». Sur ABC News, il a dénoncé une guerre qui sert les intérêts de l’establishment militaro-industriel plutôt que ceux du peuple américain. Le journaliste Glenn Greenwald a salué les « efforts herculéens » de Carlson pour empêcher le déclenchement des hostilités, au prix de sa relation avec le président.
Megyn Kelly, autre figure du conservatisme médiatique, a elle aussi rompu avec la ligne officielle. Elle a fustigé ce qu’elle appelle « la guerre d’Israël », soulignant que l’opération conjointe américano-israélienne servait avant tout les intérêts de
l’allié moyen-oriental. Les critiques se sont multipliées dans la sphère MAGA, de Matt Walsh à d’autres influenceurs de la droite alternative. La guerre contre l’Iran a fissuré le bloc conservateur comme jamais. Pour ces partisans de la première heure, la promesse d’une politique étrangère non interventionniste était l’une des rares choses qui distinguaient encore Trump de l’establishment républicain traditionnel. En l’abandonnant, il a perdu son âme.
Mais la trahison la plus emblématique concerne peut-être l’absence totale de « justice » pour les grandes affaires de corruption et d’abus sexuels qui ont émaillé la vie politique américaine. La base MAGA attendait des comptes. Elle n’a rien eu.
L’affaire P. Diddy, par exemple, a suscité un immense espoir chez ceux qui croyaient que l’heure des élites prédateuses avait sonné. Le rappeur a bien été jugé en juillet 2025, reconnu coupable de deux chefs de transport de personnes à des fins prostitutionnelles. Mais la sentence a été accueillie avec consternation par ceux qui attendaient des poursuites exemplaires : il a été acquitté des chefs les plus graves — trafic sexuel et complot en vue d’extorsion — et n’a écopé que de 50 mois de prison, soit quatre ans, assortis d’une amende de 500 000 dollars. Les procureurs fédéraux ont eux-mêmes souligné qu’il n’était « pas un producteur de films pour adultes » . Pour une base qui réclamait une « chasse aux sorcières » contre les élites corrompues, ce dénouement a été perçu comme une mascarade. Beaucoup y ont vu une forme de classement discret de l’affaire, un signal envoyé aux puissants que la justice ne les atteindrait jamais vraiment.
L’affaire Jeffrey Epstein est encore plus emblématique de ce double discours. Trump avait promis la transparence totale sur les fichiers Epstein, ces documents qui doivent révéler l’ampleur du réseau de l’ancien financier et les noms de ses complices haut placés. La loi Epstein Files Transparency Act a été votée en novembre 2025 pour imposer la divulgation intégrale des six millions de pages de documents détenus par le ministère de la Justice. Mais la publication a été émaillée de « pertes » de documents, de retards, de versions tronquées. En janvier 2026, un nouveau lot de 30 000 pages a été publié, contenant des allégations non corroborées contre Trump lui-même. Un mois plus tard, le département de la Justice a dû admettre que des dizaines de milliers de pages avaient « disparu »
d’un versement antérieur. Le Sénateur Sheldon Whitehouse a exigé que le DOJ suive la loi et préserve tous les documents liés à Epstein. Mais au final, seuls environ la moitié des fichiers ont été rendus publics. Les noms les plus compromettants — les hommes politiques, les financiers, les célébrités — sont restés dans l’ombre. La base MAGA, qui attendait des révélations explosives, a dû se contenter de bribes et de déceptions.
L’affaire Anthony Fauci, enfin, cristallise toutes les frustrations. Pendant la campagne, Trump avait laissé entendre que son administration poursuivrait l’ancien conseiller médical en chef pour ses mensonges présumés devant le Congrès concernant la gestion de la pandémie. Le sénateur Rand Paul, qui avait déposé plusieurs plaintes pénales contre Fauci, a dû se rendre à l’évidence : le ministère de la Justice trumpien ne poursuivrait pas Fauci. En janvier 2026, Paul
a publiquement exprimé sa colère sur le podcast de Joe Rogan, affirmant que l’administration « ne ferait rien » et que Fauci s’en tirerait sans conséquences. Les partisans les plus radicaux, comme Marjorie Taylor Greene, ont appelé à des poursuites pour « crimes contre l’humanité » . En vain. Pour des millions d’Américains qui croyaient que Trump nettoierait les écuries d’Augias de Washington, cette impunité a été vécue comme une trahison.
Ce triple échec judiciaire — Diddy, Epstein, Fauci — n’est pas une anomalie. Il révèle la nature profonde de l’État profond que Trump prétendait combattre. L’appareil répresso-judiciaire, avec ses accommodements, ses arrangements, ses immunités de fait, protège les puissants, quels que soient leurs crimes. Trump, en refusant de s’y attaquer frontalement, a montré qu’il en faisait partie. Il a préféré déclencher une guerre lointaine, fabriquer un ennemi extérieur, plutôt que de s’attaquer aux corruptions intérieures qui rongent la démocratie américaine. La guerre contre l’Iran a ainsi servi de diversion parfaite : pendant que les bombes tombaient sur Téhéran, les scandales s’évanouissaient dans les oubliettes.
Tucker Carlson n’est pas un commentateur ordinaire. Il est l’une des voix les plus influentes du journalisme américain depuis plus de deux décennies. Formé à la rigueur du Weekly Standard, il a traversé les grandes chaînes — CNN, MSNBC — avant de devenir, pendant sept ans, la star absolue de Fox News avec Tucker Carlson Tonight, l’émission d’information la plus regardée de l’histoire du câble. Son indépendance d’esprit, sa capacité à interroger les récits officiels et son refus obstiné de suivre les consignes partisanes lui ont valu une confiance immense auprès de millions d’Américains, bien au-delà du seul camp conservateur. Aujourd’hui, il poursuit son travail sur les réseaux sociaux et sa plateforme indépendante, où son intégrité journalistique continue de s’exercer sans compromis.
C’est pourquoi les attaques actuelles contre lui sont si choquantes — et si profondément injustifiées. Carlson a simplement fait son métier : il a interrogé la décision de déclencher une guerre contre l’Iran, rappelant que Donald Trump l’avait promise « non pas une fois, mais d’innombrables fois ». Il a eu le courage de dire à l’antenne que les États-Unis « plaçaient les intérêts d’Israël avant les nôtres ». Il a souligné que la menace iranienne présentée comme « imminente » ne reposait sur aucune preuve tangible. Pour cet acte de journalisme ordinaire — questionner, vérifier, informer — il a été traité de traître, menacé d’enquête criminelle par l’appareil d’État, et publiquement insulté par ceux-là mêmes qui l’acclamaient hier. Ce n’est pas de la polémique. C’est de la répression. Et Carlson, en refusant de se taire, incarne aujourd’hui la résistance d’une presse libre contre un pouvoir qui ne tolère plus la contradiction.
Dans ce contexte, le sort réservé aux voix critiques au sein même du mouvement conservateur est particulièrement édifiant. Tucker Carlson, qui avait été l’une des principales caisses de résonance de Trump lors de ses premières campagnes, est devenu persona non grata. Ses prises de position contre la guerre d’Iran lui ont valu des menaces, des attaques personnelles et même des soupçons d’enquête. En mars 2026, des rumeurs persistantes ont circulé selon lesquelles la CIA enquêterait sur Carlson pour ses contacts avec des responsables iraniens. Il avait pourtant simplement interviewé le président iranien Masoud Pezeshkian en juillet 2025, comme tout journaliste digne de ce nom. Pour ce « crime », il a été traité comme un traître potentiel. Le camp MAGA, jadis chantre de la liberté d’expression, s’est mué en machine à réduire au silence quiconque s’écarte de la ligne officielle.
Megyn Kelly a subi un sort comparable. Ses critiques répétées de la politique étrangère trumpienne lui ont valu des attaques virulentes de la part des partisans les plus zélés du président. « Megyn Kelly n’est pas MAGA », ont répété les réseaux sociaux pro-Trump. Une véritable « guerre civile MAGA » s’est ouverte, opposant les « guerriers » favorables au conflit iranien aux « isolationnistes » qui dénoncent une dérive. Kelly a osé dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : cette guerre n’est pas celle des Américains, c’est celle des lobbyistes israéliens et des marchands d’armes.
La persécution des figures religieuses conservatrices
La rupture avec la base chrétienne conservatrice n’est pas moins spectaculaire. Joe
Kent, ancien directeur du National Counterterrorism Center nommé par Trump en février 2025, a été la cible d’attaques incessantes pour ses positions jugées trop critiques envers Israël. Kent, catholique pratiquant, a vu sa foi et sa loyauté mises en doute par les néoconservateurs de l’administration. Il a fini par démissionner en mars 2026, après avoir été qualifié d’antisémite par une partie de la presse. Pourtant, Kent n’avait fait que défendre ce que le catholicisme traditionnel enseigne : la justice pour tous, y compris pour les Palestiniens.
L’organisation « Catholics for Catholics », qui a organisé plusieurs événements en soutien à Kent et à d’autres personnalités religieuses « dissidentes », a été elle-même attaquée. Candace Owens, autre figure conservatrice convertie au catholicisme, a subi des campagnes de dénigrement systématiques pour ses positions sur la guerre et la morale politique. Le paradoxe est saisissant : une administration qui se réclame des valeurs chrétiennes traditionnelles persécute ceux-là mêmes qui incarnent le plus authentiquement ces valeurs. Le catholicisme connaît pourtant un regain d’intérêt inattendu — les conversions d’adultes ont bondi de 38 % lors du week-end de Pâques 2026, avec une affluence particulièrement marquée de jeunes hommes dans la vingtaine. Certains diocèses, comme celui de Newark, attendent une hausse de 60 % des converts par rapport à 2019. Mais cette renaissance religieuse se fait largement en dehors du soutien politique à Trump, parfois même contre lui.
Tucker Carlson, encore lui, a été traité avec la même hostilité. Ses positions sur l’immigration, la guerre, l’économie, pourtant parfaitement alignées sur la doctrine MAGA originelle, lui ont valu d’être radié des circuits médiatiques conservateurs officiels. « Tu n’es plus des nôtres », lui a-t-on signifié. En réalité, Carlson était trop fidèle au programme — pas de guerre, frontières fermées mais justice sociale, lutte contre les élites — pour être toléré par un pouvoir qui a renoncé à tout cela. Il a payé pour avoir pris Trump au mot.
La suite la semaine prochaine...
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